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LE TIMBRE-POSTE FRANÇAIS si

Les États-Unis, formés de deux ballons attachés, partirent de la Villette le 29 septembre, avec MM. Louis Godard et Courtin, et tombèrent à 3 kilomètres de Mantes.

La place Saint-Pierre, à Montmartre, en 1870.

Le Céleste, monté par M. Gaston Tissandier seul, s'éleva de l'usine de Vaugirard, emportant plusieurs kilogrammes de lettres et de cartes postales. Après avoir essuyé le feu des Prussiens au delà de Versailles, il tomba à Dreux à 11 heures du malin.

Ces quatre ascensions réussies, encouragèrent l'administration

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des postes à organiser un service de ballons. Seulement il n’y en avait plus un seul à Paris. Heureusement MM. Eugène Godard, . Yon et Camille d'Artois s'engagèrent à en faire construire rapidement, et l'administration des postes leur fit la commande d'aérostats cubant deux mille mètres. Deux ateliers furent ins- (allés, l'un à la gare d'Orléans, dirigé par Eugène Godard; l'autre à la gare du Nord, sous la surveillance de MM. Yon et d'Artois.

Des marins s’employèrent pour les cordages et l'arrimage, et

la construction avança rapidement.

L'Armand-Barbès parlit avec Gambetta et Spuller, le 7 Den) |

emportant les premiers pigeons voyageurs, dont nous dirons quel-

ques mots plus loin. Le ballon essuya quelques balles, mais des-

cendit à terre sans accident.

Le George-Sand s'éleva le même jour, emportant quatre personnes.

Le Washington, daseil à Cambrai, etle Louis-Blanc, dans le Hainaut, partirent le 12 octobre.

Le 14 octobre, M. de Kératry el deux voyageurs s orne dns le Godefroy-Cavaignac, conduit par Godard père ; le même jour, Ranc partait sur le Jean-Bart, conduit par Albert Tissandier.

Puis successivement s’élevèrent :

Le 16 octobre, le Jules-Favre, descendu à Foin-Chapelle (Belgique) ;

Le 16 octobre, le La Fayette, alterri à Dinant (Belgique).

Le 18 octobre, le Victor-Huyo emporte 400 kilos de dépêches el 6 pigeons; il finit son voyage à Bar-le-Duc.

Le 19 octobre, le Jean-Bart tombe dans la forêt des Ardennes, où il est mis en pièces.

Le 22 octobre, le Garibaldi va s'échouer en Hollande.

Le 25 octobre, le Montgolfier tombe dans la même contrée. Le 27 octobre, partent le Vauban et la Bretagne ; ce dernier aérostet ouvrit la série des accidents. Il s’éleva à midi de la Villette, et, pensant qu'il montait trop vite, un des passagers,

- M. Cuzon, eut la malheureuse idée de tirer la soupape. Le ballon

descendit rapidement, et bientôt il était au milieu d'un camp prussien, à l'ouest de Paris. Au moment où il allait toucher le sol,

un autre passager, M. Weærth, un Anglais, se dévoua et, enjambant

la nacelle, se lança dans le vide. Il fut immédiatement appréhendé et fait prisonnier; mais pendant ce temps le ballon repartait et

s'élevait rapidement; pas pour longtemps, car ilne tardait pas à revenir vers la surface terrestre. Cette fois deux autres aéronautes, voulant imiter M. Weærth, saulèrent à terre, abandonnant d’une façon bien maladroite leur quatrième compagnon, M. Manceau, qui faillit périr par suffocation, par suite de l'élan prodigieux que subit l’aérostat, subitement délesté d’un poids considérable. M. Manceau tomba aux environs de Metz, se cassa la jambe dans l'atterrissement et fut recueilli par des soldats allemands, qui, malgré sa blessure, le conduisirent à coups de crosse

‘jusqu'au poste voisin. Il put, heureusement, établir son identité

de négociant français et ne fut pas fusillé !

Le 29 octobre, le Colonel-Charras arrive à Montigny (Haute- Marne).

Le 2 novembre, le Fwlton finit son voyage à Angers.

Le 4 novembre partent le Ferdinand-Flocon et le Galilée; ce

dernier, monté par deux passagers, atterrit près de Chartres et

est capturé par les Prussiens, qui s'emparent de l’aéronaute el des dépêches.

Le 6novembre, la Vi//e-de-Chäteaudun, montée par un amateur, essuie le feu des Prussiens et arrive à bon port près de Voives.

Le 9 novembre, la Gironde s'échoue à Granville (Manche).

Le 12 novembre, le Daguerre descendit à Ferrières, au milieu d'un camp prussien, et fut capturé.

Le Niepce, parti en même temps, échappa à l'ennemi.

A la suite de l'accident du Daguerre, l'administration avait décidé que l'on ferait partir les ballons la nuit, afin qu'ils échappassent plus facilement à l'ennemi. Si la précaution était sage, elle n'était pas sans danger, car la navigation, la nuit, est pleine de péril et d'incertitude. Le premier ballon qui partit après celle décision, le Général-Ulrich, à 11 h. 15 du soir, de la gare du Nord, resta dans les airs toute la nuit. L'aéronaule pensait avoir fait un chemin assez important, el quand, au petit jour, il descendit, qu'on juge de sa stupéfaction : il se trouvait à Luzarches, dans Seine-et-Oise.

Mais combien plus étrange fut l'aventure du second ballon, parti le 24 novembre ! Cela tient presque du prodige.

La Ville-d'Orléans s'éleva à 11 h. 45 du soir, de la gare du Nord, ù 4

emportant 250 kilos de dépêches et 6 pigeons; elle avait comme aéronaute M. Rolier, ingénieur ; comme Pet M. L. Rés franc-lireur.

Bientôt l'aérostat atteignit une hauteur de deux le mèlres, et, au lieu de se diriger sur Tours, comme l’espéraient les voyageurs, le ballon prit la direction du nord. Il ne tarda pas à entrer dans un épais brouillard, et dès lors les passagers ne purent savoir où la destinée les conduisait. Un moment ils crurent entendre un bruit qui ressemblait à des locomotives; ils crurent qu'ils élaient au-dessus d'une grande cité; ce ne fut qu’à l'aurore qu'ils s'aperçurent qu'ils planaient sur la mer! Cependant le ballon descendait el ne lardait pas à eMeurer le sommet des vagues, menaçant d’engloutir les passagers. M. Rolier, qui a fail preuve,

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L'atelier des ballons de la gare d'Orléans en 1870,

dans ces dangereuses positions, d'un sang-froid et d'un courage peu ordinaires, se décida alors à abandonner une partie de ses sacs, el il coupa la corde qui retenait un sac de dépêches de 125 kilos'. Le ballon en dix minutes atteint une altitude de 5,200 mètres; il se dirige vers l’est. D'épais brouillards entourent le ballon, et, durant plusieurs heures, les aéronautes sont perdus dans l’espace, transis, en proie à toutes les affres du désespoir, et de plus le ballon recommence sa descente; impossible de savoir où l’on va. On ne voit pas à un mètre devant oi. Soudain le guide-rope ondule et tressaille : serait-on près de lerre? La têle d’un sapin se montre au-dessous de la nacelle. M. Rolier tire sur la corde de la soupape et prépare son voyageur à sauter au moment donné.

Le ballon touche le sol. M. Rolier saute, tandis que M. Bézien, blessé à la main, s’embarrasse dans les cordages de l’ancre et se trouve tenu par la jambe. L'aéroslat remonte. M. Rolier voit le danger et, quoique à moitié mort de faligue, se cramponne au guide-rope, ralentit l'ascension et permet ainsi à son compagnon de se dégager. Tous deux roulent dans la neige, qui amortit leur chute, pendant que le ballon repart, emportant tout avec lui, instruments, dépêches, pigeons, vivres. Il était deux Heures vingt minutes du soir.

Après avoir marché {rois heures par 60 centimètres de neige, les deux naufragés de l'air découvrirent une cabane abandonnée

où ils passèrent la nuit, veillant tour à tour. Vers les six heures du malin, après s'être frottés avec de la neige et avoir rempli

leurs poches avec des herbes sèches pour les mächer afin de trom-

1. Ce sac fut repèché par un navire qui avait aperçu la manœuvre et qui était trop éloigné pour aller au secours des naufragés de l'air. Il fut renvoyé en France par l’entremise de notre agent consulaire à Mandal.

per les ardeurs de la faim, is se remirent en route à l'aventure ! Impossible de se douter où ils étaient tombés! Ils découvrirent heureusement, au milieu de celte journée, une autre cabane où ils trouvaient les restes d'un feu, du café et des pommes de terre cuites, qu'ils dévorèrent avec avidilé. Soudain deux hommes parurent, conduisant un cheval. M. Rolier les salua à la russe; ils répondirent à celle marque de politesse et bientôt se trouvèrent auprès de nos infortunés compatriotes; mais il fut impossible aux uns el aux autres de se faire comprendre. Tout ce que découvrit M. Rolier, fut le nom de CAristiania sur une boile d'allumettes. Ainsi les aéronautes étaient en Norvège ! Us firent entendre qu'ils désiraient se rendre dans cette capitale. Ils en élaient à 300 kilomètres!

Leur voyage fut une marche triomphale à travers celle partie de la Norvège, où les péripéties de leur voyage furent immédiatement connues. Arrivés à Christiania, ils furent traités avec tous les égards dus à leur courage par les nolabilités de la ville, et eurent la joie de recevoir leur ballon et tout ce qu'il contenait. L'aérostat avait été retrouvé au mont Lid, à plus de 100 kilomètres de l'endroit où ils étaient tombés. Ha Ils avaient franchi l'énorme distance qui nous sépare de Christiania en quatorze heures ! RSS Le 24 novembre, l’Archimède, monté par un marin et deux passagers, partait à minuit 45 de la gare d'Orléans, et sept heures après il tombait à 100 lieues de distance, à Castelré, en Hollande. Le même jour, à dix heures du matin, W. de Fonvielle parlait avec l'Égalité, accompagné de MM. Brunel et Rouzé et de deux autres voyageurs. Il atterrissait à Louvain (Belgique) à 2 h. 15 du soir.

Le 30 du même mois, le Jacquard quittait la gare d'Orléans à

11 heures du soir, emportant le malheureux marin Prince, qui disparut dans l'inconnu. Un navire anglais, au matin, vit le bal- L lon au large de Plymouth, puis le perdit de vue. Prince est mort

sans doute après une agonie atroce, seul, perdu au milieu de

l'Océan. Quelle fin !

Le même jour, à 11 h. 30 du soir, de la gare du Nord partait

N° 2, Mercredi 26 Octobre 1810

PARAIT ‘les Mercredi et Samedi

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