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128 LE FINPRESEOES FRANÇAIS
seront allouées aux auleurs des de projets qui seront classés aux deuxième et troisième rangs.
« Les projets primés (compositions et reproductions) appartiendront à l'administration, qui pourra en faire usage pour les besoins de son service.
« Les autres projets seront remis à leurs auteurs, sur leur demande. »
L'arrêté ministériel était complété par la composition du jury :
MM. de Selves, directeur re des FES et télégraphes, président ;
Cochery, sénateur, rapporteur du budget des postes el télégraphes;
Mesureur, député, rapporteur du budgel des postes et télégraphes ; ER
Bonnat, membre de l'Institut, peintre, président de la Société des artistes français ;,
Chaplain, membre de l'Institut, graveur en médailles;
Dalou, sculpteur ;
Paul Dubois, membre de l'Institut, sculpteur;
Puvis de Chavannes, peintre, président de la Société des beaux-arts ;
Roty, membre de l'Institut, graveur en médailles ;
Roger Marx, inspecteur des beaux-arts;
Clerac, directeur-ingénieur des postes et télégraphes;
Le Chevalier, directeur des postes et télégraphes, président du comité technique postal;
Tougas, inspecteur-ingénieur des postes et télégraphes;
Gaumel, chef de l'atelier de fabrication des timbres-poste ;
Peffault-Delatour, sous-chef de bureau, secrélaire ;
Claudel, commis principal, secrétaire adjoint.
Le 8 mai 189%, le ministère des postes avait reçu 684 projets, lesquels étaient transportés à l'École des beaux-arts, pour être exposés.
L'impression que donnait ce ramassis de banalités élait navrante, et, dans la grande presse, ce concours fut jugé sévèrement.
La critique du concours a été faite, du reste, d'une façon ma-
gistrale par un de mes confrères, M. Justin Lucas, qui avait été avec moi chargé de faire l’article philatélique dans la Revue Encyclopédique". Je lui cède la parole un instant : A la vérité, l'impression fâcheuse produite par le concours venait du peu d'originalité des projets pris dans leur ensemble el de la déception causée par l'échec d'artistes réputés, qui n'avaient pas su réussir dans la {âche proposée. En somme, peu d'œuvres marquantes, nulle œuvre capable de rallier tous les suffrages. Malgré cette constalalion, il serait injuste d’englober tous les envois dans un égal mépris. S'il arrive de rapprocher dans un même examen le timbre actuel des projets primés, on est obligé de reconnaître que la comparaison est toute à l'avantage des projets primés; le moins heureux d’entre eux, bien d’autres encore, l’emportent de beaucoup sur la fastidieuse et insignifiante vignette de M. Sage.
A quel point il est difficile d'échapper aux réminiscences, d’oublier un exemple qu'on à toujours sous les yeux! Quantité de dessins répétaient presque la composition même qu'il s'agissait de remplacer, ou différaient à peine des timbres étrangers les plus répandus. D'une manière générale, la donnée du programme
1. Numéro du 4er juin 4894. Le pseudonyme de Justin Lucas cache un critique d'art très disert, qui faisait partie du jury.
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avait été interprétée selon deux systèmes, consistant à montrer soit une tête emblématique, soit une allégorie.
Ces têtes de la République étaient trop variées pour qu'on pül les classer. Elles différaient par l'allure, les attributs et le type. Celle-ci était sévère, soucieuse, guerrière; celle-là pacifique, riante; la plupart sans expression. Il s’en trouvait d’auréolées, de nimbées, de casquées, de coiffées du bonnet phrygien ou de la couronne murale à créneaux. Des concurrents avaient pris pour modèle une ballerine de l'Opéra ou une sociétaire de la Comédie
française. Inconsciemment ou non, certains s'étaient inspirés de
la Cérès antique du musée de Naples, de l'effigie d'Oudiné ou de
la République de Roty. Ceux-là faisaient franchement entrer dans la composition du timbre des œuvres sculpturales, depuis le chefd'œuvre de Rude, la Marseillaise, jusqu’à la Liberté éclairant le monde de Bartholdi, jusqu’au buste officiel de Gautherin! L'indigence d'invention était extrême, On sentait l'impuissance à parvenir à une généralisation originale, à un symbole particulier à notre temps, à notre pays, et appartenant en propre à l'artiste qui
l'aurait conçu.
Il avait été si souvent proposé de faire le timbre à la glorifica-
tion des hommes célèbres, — sans songer à la dépense excessive
entrainée par la variété des prototypes, — que l’idée en devait être
mise à profit : Gambetta, Thiers et M. Carnot surtout se sont partagé la prédilection des auteurs de cette galerie postale. L’alliance russe et Jeanne d'Arc étaient aussi appelées à fournir une interprétation du programme toute d'actualité; il est difficile de ne pas signaler l’ingéniosité malicieuse de l'artiste qui réunissait dans un même embrassement Hoche et Jehanne la Lorraine, assuré de se concilier ainsi les sympathies du clergé el de l'armée, des républicains et des patriotes.
A la vue de tant d’allégories lointaines, on se demandait si l'imagerie officielle d'aujourd'hui ne gagnerait pas à cesser d'être révolutionnaire pour devenir simplement républicaine. A quoi bon évoquer le souvenir des combals soutenus pour la fondation de la République, quand notre gouvernement libéral compte vingt-cinq années de labeur et de paix? Pourquoi habiller l’inspiraltion à la mode de 1789, quand nous vivons en 1895?
Malgré ce qui a élé dit, écrit et répété à satiété, le crédit des représentations mythologiques n'est en rien atteint. Pégase, Mercure, Minerve, continuaient à tenir leur emploi, et à côté d’eux se retrouvait l’atlirail des attributs, tout le magasin d'accessoires de l'antiquité, les caducées et les cornes d’abondance, les chars et les autels, les haches et les faisceaux; pour rajeunir l’évocation, la tour Eiffel, le Panthéon ou l'Arc de Triomphe se dressaient au loin à l'horizon. Il n’était pas rare non plus d'assister à l'union mal assortie de l’allégorie et du réalisme, de l'antique et : du contemporain : que de facteurs très ruraux fraternisèrent avec de nobles dames grecques ou romaines! Les droits de la modernité étaient d’ailleurs généralement mal défendus. Nul parti heureux ne fut tiré de la locomotive et du transatlantique, de l’aérostat et du’ télégraphe; l'olivier de paix, le laurier glorieux, le chène puissant, n’encadrèrent de leur feuillage aucune scène de réalité capable d'atteindre au symbole ; en vain l’ouvrier et le soldat échangèrent par-dessus l’urne du suffrage universel la promesse d’un muluel appui; en vain fit-on luire sur la mappemonde le soleil, les étoiles, flotter sur elle le drapeau tricolore; et nous ne saurions détailler une à une les images comme celles qui représentaient uniquement la carte de France ou un damier, images dénuées d’art et assimilant le timbre à une marque de fabrique.
Si la grande majorité des projets tenait peu, les légendes pro-
mettaient beaucoup. Il y en avait de rédigées à la façon d'un ordre du jour : La France s'endort confiante dans la République. D'autres prenaient l'ampleur de vérités émises par Joseph Prudhomme : Le peuple fait fruclifier le sol, le soldat le défend. Parmi les devises, plusieurs n'étaient pas exemptes d’intentions malignes; sous un projet figurant un facteur aveugle conduit par une jeune fille, on lisait : Marche encore, marche toujours. Sous un autre, ces mots seulement : Heureux sont les affranchis.
Cependant, malgré le résultat défavorable, malgré la prédominance fatale des bizarreries et des non-valeurs, faut-il se plaindre d’avoir tourné l'attention des artistes vers un tel thème, de leur avoir demandé de donner, chacun, telle qu'il la concevait, l'image de la patrie et de la République?
Au point de vue esthétique, M. Roger Marx s’est prononcé de la sorte : « Du moment, dit-il, où l’on est maintenant unanime à réclamer avec nousles applicalions du beau à l’utile; du moment où l’on désire voir l’art relever par son prestige ce qui nous entoure, à plus forte raison faut-il réclamer la souveraine parure pour l’objet forcément vu, touché, manié toujours et par tous, l'objet d'usage constant et commun. C’est la conscience de cette nécessaire exigence qui à inspiré nos revendications, qui nous à fait demander la mise à la réforme de types monétaires vieillis et d'un timbre-poste vide de sens et de beauté. Quant à conclure du résullat du concours à l'impossibilité de posséder un timbre arlistique, un timbre national, républicain et bien. français, à cause du format réduit de l’image, c’est douter étrangement du présent et c’est oublier aussi toutes les charmantes vignettes officielles que Prudhon a signées et qui ont fait tenir sur un espace minuscule des conceptions si élevées, tant de rêve et tant de beauté. »
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C'est avec raison que nous avons cité les noms du jury. Car nous avons trouvé sa composition étrange. Il a du reste rendu un jugement stupéfiant : il a décidé qu'aucun projet n’élait susceptible de devenir le timbre national et que le concours était annulé, mais que cinq projets mérilaient une récompense, et il leur a alloué à chacun une somme de cinq cents francs.
En effet, l'ensemble des projets élait peu favorable; et si les quelques modèles vérilablement bien travaillés et capables d’être adoptés étaient rares, il faut dire qu'il y en avait bien une dizaine de bons à retenir, parmi lesquels on aurait choisi le type cherché.
Les cinq projets de timbres-poste primés au concours de 1894.
Si le concours, en somme, était peu brillant et qu'on ait eu raison de l'annuler, on peut avouer que, sur les cinq projets récompensés, {rois au moins indiquent aussi peu de goût de la part du jury que de la main des exposants. Et, pour ne pas critiquer en vain, nous donnons ci-dessus les cinq modèles récompensés. Î
Sur ce nombre, trois modèles représentent une femme assise tenant à la main, d’une façon généralement ridicule, une épée, un caducée, une branche d’olivier ; un quatrième, une femme utilisant ses deux bras pour supporter aussi des emblèmes, et enfin un cinquième se rapprochant du type Cérès.
Au lieu de prendre à tort et à travers un nombre considérable
de membres de corps constitués qui sont certes des gens de talent "2 pour l'art qu’ils professent, on eût mieux fait de s'adresser à quel 3 ques grands collectionneurs de timbres, qui, connaissant ou pos- 2 sédant tous les modèles en cours, depuis l'invention des timbres, eussent décidé sûrement, avec un goût plus éclairé, quels élaient D véritablement ou le type à choisir, ou, dans la négative, les pro- | jets à récompenser. | axe
personnes indifférentes à la limbrologie.
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