SCÈNE XVI
Les .Mêmes, C\BA.\ET.
CABANET , à Michel , sans voir Marguerite. Michel... tu vois un homme cruellement vexé... comment, je viens de chez elle, elle sait parfaitement que je doism'homicider... vers la brune, et je la trouve. (Michel qui est eulie Caliaiicl et Marguerite, s' éloignant.) Tiens, ici... mademoiselle permettez moi...
(11 olTre un bouquet qji'ililenajt caché dans .son chapeau.) MICHEL.
Oh! le joli biiujipet ! ,upc tige superbe... ça dqit vous avojr coûter c|ie
MARCrERlTE.
Le fait est, qu'il est très beau.
CABÀNET.
Air : an luiliea da désordre aCfreax.
Parmi cent bouquets gracieux ,
Faits pour charmer peut-ûtre ,
Cet oranger frappe mes yeux ,
Je crois vous reconnaître ;
Je veux ce bouquet,
A votre corset...
'* L'attacher.. [l\ va pour lalUcher.}
MICHEL, le faisant reculer.
Cet emblème.
Doit m'appartenir , Et je m'fais l'plaisir.
De m'I'ofîrir à moi-même, (il le lui arrache des mains.) CABAN ET.
Qu'est-ce que ça siguifle?
MICHEL
Ça siguifie que c'est moi que mademoiselle a cliargé de représenter ici ce "parent... qu'elle n"a pu retrouver. (Bas à Marguerite.) Et si vous êtes toujours dans l'intention d'épouser, il ne vous reste plus qu'à m'adresservos vœux.
CAB.4NET, bas.
Adroit coquin! parfait, parfait! (Haut.) Alors, M. Micliel, je m'inclinerai.
MICHEL
Minute! attendez donc que je prenne l'air bête et solennel d'un grand parent. (Se posant.) Ca y est...
CABANET , bas à Michel.
Et moi , l'air niais d'un prétendu.
MICHEL
Ça vous sera bien facile. (Mouvement de Cabanet.) Vous êtes si adroit, voyons, y sommes-nous? chauffons ça...
CABANET.
Oui, M. Michel, je viens vous demander en légitime mariage...
MARGUERITE , bas à Michel.
Vous voyez bien.
MICHEL
Attendez donc... Vous me la demandez donc en mariage? fort bien, mais vous sentez-vous capable de la rendre heureuse?
CABANET.
Parbleu! ca ne fait pas de doute.
MICHEL
Puisqu'il en est ainsi, touchez-là... Je vous la refuse positivement.
CABANET.
Ah bah! mais c'est impossible! ce nestpasvous qui parlez par sa bouche. Vous le savez, je vous l'ai dit, c'est convenu, je n'y survivrais pas... Vous perdre... oh I Dieu! plutôt cent fois, plutôt mille fois mourir, oui, mourir !
MARGUERITE, à Michel.
Mourir!
MICHEL
SI telle est votre intention, je puis vous offrir les objets nécessaires, ayant l'avantage de demeurer au cinquième au-dessus de l'entresol, et pour peu que le cœur vous en dise...
CABANET, exaspéré.
Eh bien! oui... rien ne me retient plus... (Il court à la fenêtre. )
MARGUERITE, bas à Michel.
Mais prenez donc garde, il va se précipiter...
CABANET.
Vne fois, deux fois... iSe calmant.) On a une belle vue d'ici...
MICHEL, bas à Marguerite.
Eh bien! êtes-vous rassurée? II capone, le làclie!
CABAN ET
Je suis joué, ruais tu m'en reudras raisou.
MICHEL
Vous allez l'avoir à la minute, la raison, la voici; c'est que je suis le cousin de Marguerite, ce conducteur d'omnibus, que vous savez, si niais, si imbécile, que vous avez fait aller si souvent, et qui aujourd'hui se fiche de vous, entends-tu?
CABANET.
Et moi qui m'adressais à lui. (A pan.) Quelle boulette!
MICHEL
Mais comme d'une part, j'adore ma petite cousine, que de l'autre, je suis le parent auquel il faut s'adresser .je me la demande formellement à moimême en mariage, de la manière la plus respectueuse et avec la crainte d'essuyer un refus.
MARGUERITE
Oh! que non.
MICHEL
Vous croyez que je puis espérer? en ce cas, je m'encourage avec bonté et je me réponds : IMichel, mou ami, mon meilleur ami, puisque, grâce au hasard , te voilà à la tète d'un établissement si bien achalandé, que les cartes qui ruinent tant de personnes font ta fortune, et que par conséquent tu deviens un parli avantageux , même pour une héritière de cent écus de rentes, je vois celte union avec le plus grand plaisir et je t'accorde la main de Marguerite, en égard aux nombreuses qualités dont tues surchargé, alors, je me remercie, je me jette dans mes bras, je me presse sur mon sein... Cette scène de famille nous attendrit tous et nous chantons en chœur : (Sans accompagnement,)
Amis, rendons hommage.
Au parent juste et sage..,
Vous savez... (A Cabanet.) Allons, sans rancune, et chantez avec moi...