LOQUIN, MICHEL
MlCHi-:r , à la cantonnade.
C'est ici, n'est-ce pas? merci bien. (Kntrani, à Loquin.) C'est ce petit logement qui est à louer?
tOODlN,
Oui, monsieur...
MICHEL, à part, pendant qu'il a l'air d'examiner le local.
Voyons un peu si cette diable de chance qui me poursuit, m'accompagnera encore en ces lieux, je suis dans une débine... n'importe faut prendre un ton de millionnaire. (Haui.) Portier!
LOQri>.
Monsieur !
MICHEL
Ce n'est pas brillant, ici , mon ami.
LOQUIN
11 ne faut pas juger sur rapparciicc; il est bien agréable quand on lo connaît
MICiliiL.
.fe giigo (|ii"il ne fume pas, d'al)ord.
LOQLIN.
P.1S le moins du monde.
MICHEL
Je crois bien , il n'y a pas de ciicininée... Farceur de concierge, va !
LOQLIN , allnnl vers la porte dérobée.
Tenez, voilà encore une chose qu'on ne rencontre pas partout , et qui a bien son charme.
MICHiiL.
Ahl ah! cette porte donnant sur un pefU escalier dérobé , oui. oui... c'est commode... quelque fois... surtout pour un garçon.
LOQCIN.
Monsieur n'est pas marié?
MICHEL
Pas jusqu'à présent.
LOQUIN
Le propriétaire sera enchanté; nous préférons de beaucoup louer à un garçon.
MICHEL
Ça ne fait pas de savonnages.
LOQUIN
Ça n'abîme pas les planchers.
MICHEL
Et la maison est bien composée?
LOQUIN
Que je m'en flatte. En bas, dans la boutique , un tripier, dans les étages supérieurs presque tous artistes... un joueur de bâton, un figurant du spectacle Bonne-lNouveile... Nous sommes très scrupuleux sur le choix dos locataires.
MICHEL
Ça se voit.
LOQUIN
C'est peut-être bien utile de demander à monsieur , s'il n'a pas de métier bruyant?
MICHEL
Fi donc, portier... ni chaudronnier, ni serrurier, ni maître de danse, ni tout autre état à marteau.
LOQUIN
Juste notre affaire I
MICHEL
Votre logement ferait aussi la mienne, seulement, j'aurais eu besoin de deux pièces pour le quart-d'heure.
LOQUIN
C'est bien facile, avec un paravent.
MICHEL
Oh! ce n'est pas ça, deux pièces bien séparées,
LOQUINo
J'ai bien à côté une petite chambre de domestique, que je pourrais vous louer pendant que les maîtres sont à la campagne, si ce n'est pas pour long-temps et que vous en ayez absolument besoin.
MICHEL
Vous allez en juger vous-même ; je suis sur le point de me donner des chaînes, c'est-à-dire de contracter un hymen.
LOQDIN.
Je ne vois pas encore la nécessité de deux chambres; au contraire.
MICHEL
C'est bien léger, ce que vous dites là, concierge. Suivez-moi bien... Sur les rives de la Loire, à Bîois, ville célèbre par ses états et ses petits pots de crème, il existe une jeune fille nommée Sophie-Marguerite Calmon. Celte jeune vierge est ma piopre cousine et n'a que moi de parent.
LOQUIN
Votre cousine! je comprends, c'est la fille de votre oncle... ou de votre tante.
MICIILI..
Vous èles plein d'intelligence, mon ami.
LOQLIN.
Et vous l'aime/? c'est bleu naluicl...
Mif.iir!..
Kllccst investie de qualités, outre (inclle est fort gentille àce qu'on dil; car tel que vous me voyez, je pourrais la coudoyer dans la rue, ou lui offrir une prise de tabac, sans la connaître... Je quittai le pays, qu'elle n'avait encore que douze ans.
LOQl'IN.
Pauvre petite!
MiCliKI..
Orpheline à l'âge susdit, elle fut recueillie par des dames charitables, qui ia prirent chez elles, non pas comme domestique, ohl.. seulement elle Cuisinait, faisait l'appartement, cirait les souliers, il faut bien se rendre utile, mais jamais ou ne l'humilia jusqu'à lui donner des gages.
LOQUN.
C'est fort délicat, c'est même tropdélicat...
MICUEI..
Oh! par sa position, elle est au-dessus d'un vil salaire, se trouvant à ia tèledecent écus de rente.
LOQUIN
C'est une fortune.
MICUFI..
Ses généreuses protectrices vont quitter la France pour se rendre en pays étranger... cl ma petite cousine Marguerite di it arriver à Parisd'un moment à l'autre, elle m'est adressée pour que je veille sur elle, que je la protège, que je lui trouve une place, enfin, (jucje l'épouse, si le cœur lui en dit... mais jusque là. il faudra la loger; et dans une chambre de garçon, même avec de la délicatesse... et un paravent...
LOQUIN
Ça ferait jaser.
MICHEL
Alors, vo«s comprenez les deux chambres?
LOQUIN
le les comprends,
MICUEL.
Maintenant, il ne s'agit que de savoir le prix...
LOQUIN
Douze francs par mois.
MICHEL
Trop cher, concierge , l>eaucoup trop cher, mon cher... (A part ) Vu rélal du Sainl-Frusquin.
LOQUiN.
Jetez donc les yeux sur le mobilier.
Mir.HEl .
Diable! diable! cîiarnjanl le mobilier! une cruche cassée, un manche à balai , un jeu de cartes.
LOQUIN
Ah! monsieur est pour les cartes?
MICHEL
Si je suis pour les caries! j'adore les cartes! Tenez, portier, connaissez-vous ce tour-là? tirez une carte , vous l'avez bien vue? placez-la sous le jeu , et maintenant, je vais vous la dire à l'oreille, ill passe sou bras auiour rlti COU de Loquiii et voit ainsi et fait voir au public la carie qu'il nomme au portier.) C'est le... LOQUhN, à part.
Oh! l'habile homme!., encore plus fort que l'ancien! (Haut.) D'après ce que je vois, monsieur, vous êtes donc?..
MICHEL
Assez causé et folâtré; revenons à nos affaires, vous me donnez donc uu endroit pour coucher ma cousine, et je m'arrange de cet appailemenl.
Air des Puritains.
Je vas cliorchor nioii ba^.ige , Je eourii cl reviens dans peu ;
Passez par là.
C'est ici que j'emménage Voici voire denier à Dieu.
C t'usage-là vraiment, me scanilalise.
Pourquoi donc faul-ii, à tout portier, Que l'on donne ainsi, quelle bêtise:
Tout au moins un franc pour un denier,