‹ Le Tissu CribléChapitre 46 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Influence des diverses adaptations surla constitution et le développement du tissu criblé.

Le milieu physique de même que le parasitisme exercent-ils leur influence sur un tissu aussi important, au point de vue physiologique, que le liber ?

Nous avons déjà vu, en ce qui concerne les plantes grimpantes, que la disposition du tissu cribro-vasculaire subit des modifications profondes. Il nous reste maintenant à examiner les prineipaux caractères imprimés au liber par les adaptations aux différents milieux. |

A. — MairiEu AQUATIQUE.

Nous ne saurions analyser ici tous les (travaux ayant trait à la structure des plantes aquatiques. Il nous suflira de citer quelques faits :

$ 4. — Cryptogames vasculaires.

Chez les Cryptogames vasculaires, on sait déjà que la partie libérienne des faisceaux libéroligneux conserve un développement relativement considérable, étant donné l'énorme réduction que subit la partie vasculaire (Æquisetum, fig. 66).

Poirauzr a montré que les tubes criblés persistent mème chez les espèces inférieures nageantes, comme le Salpinia natans (fig.28).

Les Marsiliacées ont un cordon libéroligneux présentant du liber en dehors et en dedans. Les racines sont extrèmement ré-

duites, où peuvent même manquer comme dans les Filieinées nageantes.

Chez les /soetes. le liber est très mince et les tubes criblés très imparfaits.

S 2. — Monocotylédones.

Les Monocotylédones aquatiques offrent des particularités adaptionnelles nombreuses, qui ont été très bien étudiées, entre autres par SCHENCK (1) et SAUVAGEAU (2).

Racine.— Les faisceaux libériens des racines subissent, comme le bois, une simplification. Chez les Monocotylédones submergées, Zostera, Cymodocea, Potamogeton, d'après SAuvAGEAu, les faisceaux libériens sont réduits à un seul tube criblé accompagné de une ou parfois deux ou trois cellules annexes. Ces tubes criblés sont toujours formés aux dépens du péricycle et contigus à l’endoderme. Ils se distinguent des autres cellules par leur section tranversale quadrangulaire où pentagonale, et paraissent dépourvus de matière protoplasmique, tandis que les cellules annexes contiguës, taillées aussi dans le péricycle. sont plus étroites et remplies de protoplasma.

Cuauveaub n'admet pas la présence de cellules-compagnes de ces tubes criblés, qu'il désigne sous le nom de premiers tubes criblés (3) et qu'il décrit comme issus de l'assise sous-épidermique.

Les cellules contiguës à ces éléments sont des cellules procambiales, sauf une qui est la cellule-sœur du tube criblé. Quoi qu'il en soit, chez les plantes les plus adaptées à la vie submergée, il n'existe généralement, dans la racine. qu'un tube criblé par faisceau libérien.

Dans l'Aydrocharis Morsus-ranæ, il apparait successivement trois tubes par faisceau (fig. 4, p. 23. Tous les Potamogeton n'ont au contraire qu'un seul tube ; dans la suite, les éléments conjoneüfs qui l'entourent se Honifient plus où moins et deviennent des fibres ponctuées.

(1) Schenck. — Anatomie der submersen Gewüchse ; Bibliotheca botanica, Cassel, 1886.

(2) Sauvageau. — Sur les feuilles des Monocotylédones aquatiques. Ann.se. nat. bot., 1891. Notes biologiques sur Les Polamogeton. Journal de Bot., 1894.

(3) Voir p. 21, 23.

Chez le Potamogeton pectinatus, les tubes criblés pentagonaux sont accolés à l’endoderme, et quand la selérilication de ce dernier est complète, ils paraissent s'enfoncer comme des coins dans la gaine ainsi formée ; ils sont de la sorte très bien protégés du côté extérieur. Dans certaines espèces, la sclérose, bien que faible, apparaît néanmoins sur les cellules endodermiques auxquelles sont adossés les tubes eriblés (D.

Tige. — La lige des Monocotylédones aquatiques montre toujours une grande réduction dans la partie ligneuse des faisceaux, réduction qui coincide avec l'apparition de lacunes vasculaires très développées. En revanche, les tubes criblés prennent une dimension relativement considérable ; ils sont polygonaux et entourés de petites cellules allongées fcambiforme de Nxcrur) : de plus, le nombre en est très élevé.

Fig. 98. — Pot. lucens. Cuupe d'un cylindre central, au milieu d'un entrenœud de la tige dressée ; {, !, tubes criblés (d’après SAUVAGEAU).

Le Potamogeton lucens, par exemple (fig. 98) présente le plus souvent une seule lacune vasculaire centrale; parfois, vers la base, il v a deux lacunes séparées. Dans les deux cas, il existe de chaque

(1) Sauvageau.— Sur lu racine des plantes aquatiques. Journal de Bot., 1889,

de HV

côté une masse libérienne à larges tubes eriblés, qui peut atteinun développement énorme el comporter jusqu'à trois rangées de tubes criblées entre la lacune et l'endoderme. De chaque côté de cette partie médiane, on trouve séparé d'elle par une lame de cellules conjonctives à parois légèrement épaissies et à contenu amylacé abondant, un groupe de faisceaux libéroligneux latéraux, dont les lacunes vasculaires peuvent être isolées où parfois fusionnées en une seule.

Dans le P. pectinatus, on rencontre une structure analogue de la üge dressée. En cas de réduction plus grande, il existe une lacune vasculaire centrale entourée de nombreux et larges tubes criblés, mais il v a généralement trois lacunes vasculaires. Dans le rhizome, le cylindre central prend plus d'importance: le nombre des lacunes vasculaires est plus élevé, et les faisceaux libériens se fusionnent plus où moins en une couronne continue.

Page 1