LES DIEUX DE LA MER, CHOEURS, DEMI-CHOEURS
Des cortèges, des troupes de Néréides, de Sirènes, de Dauphins, de Tritons évoluent sur les vagues. De magnifiques nuées ornent les cieux.
CHOEUR
Pour quels dieux irrités se donne celte fête ?
Pour quel anniversaire inconnu, la tempête
Met des trompes de nacre aux lèvres des dauphins ?
Des appels de clairons marins,
De retentissantes cymbales
Et les fanfares des buccins, Autour de l'horizon, font tourner les rafales.
DEMI-CHŒUR I
Par les essieux des chars du vent, Les vagues sont pulvérisées, Et s'écroulent, en soulevant De souples gerbes irisées.
DEMI-CHOEUR II
Le ciel a l'aspect d'un chaos,
On dirait que se forme un monde !
Dans une crevasse profonde Où semblent rôder des échos, On entend des voix qui répondent Aux innombrables bruits qui grondent Dans la vaste clameur des flots !..
DEMI-CHOEUR I
Là-bas, s'accumulent des ombres, Et le tragique éclat du sang et des décombres Resplendit au septentrion !
Et, parfois, comme d'une pierre, Jaillissent, en pleine lumière, Les fontaines d'or d'un rayon.
Plus loin, miroitent des armures, Des étendards amoncelés, Des scintillements de parures, Sur des boucliers bosselés !
Et, dans des brasiers qui s'allument, De grands nuages se consument, Gomme des pins déracinés, Tandis qu'en des creux plus tranquilles, Il semble que des péristyles Montrent des marbres calcinés !..
Et, ces visions immobiles, Ces tours, ces navires, ces îles
En se reflétant dans la mer, Aux somptuosités de la vague, Ajoutent le fantôme vague De leurs architectures d'air.
CHŒUR
Accompagné par les rires, les chants et les musiques des divinités marines.
Pour quels «lieux irrités se donne cette fête ?... Pour quel anniversaire inconnu, la tempête A fait sortir ses chars, des antres sous-marins ? Vers qui s'avancent-ils, ces tritons, ces dauphins Dont on voit se courber les croupes et les queues, Se recourber les bras et se cambrer les seins, Selon l'inflexion des belles vagues bleues ?
DEMI-CHOEUR II
Au creux des trompettes d'émail
Et de nacre des coquillages,
Sort la fanfare des orages :
Elle attire les dieux, des profondeurs sauvages Que cachent les buissons et les fleurs du corail !
On entend, surles flots, des monslresqui s'ébrouent... Et, le long des chars éclatants, Des océanides se jouent
Et plongent, en suivant les roues, Pour réapparaître en chantant !
Le cortège de la Vénus passe.
DEMI-CHŒUR I Plus loin, une eoquille en forme de galère, Bondit et fait jaillir récume qui s'éclaire, Et, dans un chemin lumineux, Glissent des tritoneaux qui rôdent , Et des tourbillons d'émeraude Décorent leurs corps écailleux ! Parfois, de la proue à la poupe.
S'accroche toute cette troupe De jeunes immortels heureux !
Des torses ruisselants se tendent Et forment comme des guirlandes De bras noués à des cheveux.
DEMI-CHOEUR II Voici que les musiques cessent.
Des dieux ont parlé, sur la mer !
Chars et cortèges disparaissent Avec les nuages de l'air.
CHOEUR La dernière clameur de cette fête passe !
DEMI-CHOEUR I Les flots sont nus I Le ciel est pur |
CHOEUR
Le Soleil retient, dans l'espace, Comme une agrafe d'or, le manteau de l'Azur !
Les cortèges disparaissent à l'horizon. Les nuées s'évanouissent.