PAN ET LES DIVINITÉS DE LA TERRE, AGLAOR
PAN, il se réveille dans un bosquet.
... Je dormais prisonnier au fond de la matière...
Frappé par le premier éclat d'or du matin,
Je regarde les champs courbés sous la lumière,
Et je me crois encor dans mon rêve divin.
Soleil, trône du feu ! Cœur que nous voyons vivre ! 0 foyer d'où jaillit l'orage du Printemps ! Cratère qui contiens la boisson qui m'enivre Soleil, je te salue ! A toi mes plus beaux chants!
Flot d'or du voile bleu que l'espace déploie ! Parvis éblouissant des bords inexplorés!
Aigle aux ailes d'azur ! Puits où la nuit se noie ! Je chante ta naissance, aux cieux hyperborés.
Esprit d'amour, remplis l'hymne que je dédie
Au monde éblouissant où règne ta ferveur !
Je sens gronder en moi les sources de la vie
0 Nature, aujourd'hui, prends pour temple mon cœur.
Il accorde sa syrinx. On entend le faune Aglaor qui travaille en chantant dans son enclos.
AGLAOR Accompagné du chant timbré d'or des cigales, Je reprends mes chansons aux strophes inégales... J'ai connu Marsyas ! Aux siècles de beauté Ma flûte de roseaux fit pleurer les sirènes ! Pour m'écouter, Orphée a cessé de chanter! Comme lui, je charmai les bêtes souveraines...
J'ai fait frémir aussi tous les dieux assemblés !
Ah ! se souviennent-ils d'Aglaor le satyre?... — Dieux ! vous en souvient-il d'avoir été troublés ? Dans les mains d'Apollon, j'ai vu trembler la lyre, Et j'ai vu que Vénus, elle-même, pleurait !.
Antique enchantement, reviens dans nos forêts !
Échos, révélez-vous, comme des voix humaines,
Mêlez-vous aux rumeurs qui montent des fontaines.
On entend les hymnes de joie qui s'élèvent autour du Caucase.
Une nymphe écarte les branches etmontre sa face, puis se couche auprès d'Aglaor.
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Le Titan est vainqueur! Les anciens dieux sont morts! La terre est aussi forte, ô femme, que ton corps ! Et, comme toi, les champs ne demandent qu'à vivre. Je ne travaille plus, je vais ouvrir le livre Que m'a donné, jadis, Marsyas, en parlant... Les hymnes de nos dieux s'y trouvent en musique. Je les chante toujours, à l'aube du printemps, Sur ma lyre rustique...
Je vais chanter : ferme les yeux, en m'écoutant.
II chante en s'accompagnant sur sa lyre. Un livre est ouvert devant lui.
« Vie immortelle, Amour! Ta splendeur, pour renaître, « Retrouve la beauté, dans les bras de la mort. « Tous mes songes m'ont dit que les formes de l'être, « En roulant dans ton sein, rajeunissaient encor !
« Je suis resté longtemps au seuil de ton mystère, « Mort ! je me suis courbé devant l'ombre et l'enfer... « — Puis, j'ai levé ma tête, en me sentant le frère « Des bêtes et du ciel, des monts et de la mer !
« Et c'est depuis ce jour que j'aime et je sais croire ! « Après avoir vaincu tous les troubles malsains, « J'ai vu, portant les dieux, dans un rayon de gloire, « La nature à genoux qui m'offrait ses deux seins !
« J'ai bu le lait de la montagne et de la plaine. « Les ruisseaux ont mêlé leur fraîcheur à mon sang. « La chaleur des Midis entretient mon haleine... « Je veux solemniser tous ceux dont je descends!
« Je sais qu'un même esprit palpite en chaque chose, « Dans le cœur d'une nymphe et celui d'un Titan, « Car la brise qui passe, en inclinant la rose, « Peut, dans un soir d'hiver, transporter l'Océan !
« Je sais que rien ne meurt! Tout vibre enTharmonie! « Tout descend du Soleil; ses rayons transformés « Pénètrent la matière et dispensent la vie « Aux cavernes des mers, comme aux plus hauts sommt
Il enlace la nymphe.
Maintenant viens vers moi ! La nature est plus belle Quand elle resplendit dans un beau corps humain! Il suffit d'un baiser pour la croire éternelle, Ainsi qu'il est écrit dans ce livre divin!
Je sens sur mes genoux ton haleine et tes tresses... 0 viens dans ma forêt, j'ai connu des déesses... J'ai tenu dans mes bras leurs seins délicieux. Le regard de Vénus brûle au fond de mes yeux... Ma lèvre a le parfum de sa lèvre marine. Sa tête et ses cheveux ont chauffé ma poitrine...
Reviens dans ma forêt !... Sous les ombrages verts, Les faunes, au matin, reprendront leurs concerts, Aux appels réunis de nos voix souveraines !... Nous irons, si tu veux, au rocher des sirènes...
Faunes, nymphes, satyres, faunillons les entourent et les entraînent. Danses et chants.
UNE DRYADE sortant d'un arbre.
Des auréoles de couleurs, Le pollen échappé des Heurs Voltigent autour de nos têtes !
Tous les oiseaux sont près de nous, De nos chevelures défaites Montent les parfums les plus doux !
PAN du sommet d'une colline.
0 Printemps! C'est l'azur qui triomphe et qui règne, L'espace et le Soleil fasciné par la mer Dont la vive fraîcheur, en s'évaporant, baigne L'aile de tes oiseaux qui tombent du ciel clair !
Les œgipans sont assis sous les arbres. Sons de flûtes et de syrinx.
CHŒUR DES NYMPHES descendant des collines.
Nous amenons de pacifiques tourbillons De parfums et de chants et de danses heureuses !
i34 Le titan
Dans les coupes d'odeur des roses savoureuses, Avril enfant enivre un vol de papillons.
Des esprits apparaissent au-dessus de la mer. Leurs musiques retentissent.
Nous dirigeons l'aérienne farandole Des plus jeunes esprits qui rôdent sur la mer!... Que notre âme s'unisse à leur cohorte folle, Et se joue, avec eux, par les circuits de l'air.
UN ESPRIT dans un rayon.
La lumière me guide, et l'espace où mon geste Rassemble les accords de ce concert céleste, Servira de palais aux fêtes du Printemps.
DEMI-CHŒUR
Préparez vos chœurs! Préparez vos chants !
Flûtes, syrinx, cymbales, lyres, tympanons éclatent sur la terre entière.