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ORPHÉE, LA. TERRE

ORPHEE

Du tombeau d'Eurydice, arrache donc mon âme, Force de la tempête et du Dieu que j'attends! Fascine mes regards, apporte-moi la flamme Et qu'un nouveau génie étincelle en mes chants.

La nuit invulnérable où les voix se confondent Enveloppe Eurydice aux enfers inconnus...

— Que le grand mouvement qui lie entre eux les mondes, Donne, à mon hymne, un son qu'il ne possédait plus!

Je vois briller, au ciel, comme au fronton d'un temple, La frise d'or mouvant que dessine le feu !... Bel univers ! pour toi, mon coeur devient plus ample : La nuit semble garder le berceau de ton Dieu.

Chant funèbre d'Eurydice.

— Eurydice !.. Eurydice ! 0 que mes pleurs enfantent Un monde encor plus pur que celui que je vois !

Couronnez d'or mon front, auréoles vivantes, Astres que j'ai rendus esclaves de mes lois !

Que la douleur humaine ajoute son coup d'aile Au prélude inspiré par la création...

Des arpèges s'envolent de sa lyre.

— Je chante le chaos, la nuit originelle

Oui portait, dans sa masse, un monde en fusion ! Je chante, en implorant cette puissance unique, Le lumineux amour qui vainquit le néant, Son appel qui gronda, dans une horreur tragique, Quand l'éclair se cassa, sur l'abîme béant.

LA TERRE

Douce, comme les nuits où les dieux se répondent, La nature voudrait s'endormir, dans tes bras!

ORPHÉE

Le mouvement naquit aux premiers jours des mondes Et je viens célébrer de lumineux combats !

— Eurydice n'est plus ! Ma vie, est désolée.

Et j'ai peur de chanter, dans la sombre vallée !

LA TERRE

Tu te dois, ô mon fils, aux Titans écrasés, Aux songes, aux douleurs par toi seul apaisés.

ORPHÉE

J'attends que vous parliez, firmaments d'harmonie,

Planètes du Soleil, Etoiles qui régnez

Sur des lunes d'argent, dans la gloire infinie

Des hymnes scintillants que vous leur enseignez !

Comètes, dont l'éclat splendide transfigure

Le calme vaporeux de l'horizon changeant,

Vous qui nouez l'éclair à votre chevelure

Où des mondes dorés se perdent constamment,

Météore qui fuis, je chante ta naissance,

L'élan démesuré de ton orbe tendu,

Le mouvement divin, maître de ton essence,

La jeunesse du feu, dans l'espace épandu !

— Voici que retentit l'harmonie incréée!

J'aime ! Je veux chanter le monde et tous ses dieux!

Eurydice n'est plus, mais la terre inspirée

A parfois des accents qui font pleurer les cieux !

Des forces secouaient l'abîme et le silence, Où les clartés avaient des flux et des reflux... L'Esprit ordonnateur n'existait qu'en puissance, Au sein des tourbillons par le vide attendus! Son souffle maîtrisé grandissait d'âge en âge. Des ondes pénétraient puissamment le chaos. Leurs rumeurs révélaient celte lutte sauvage Qui, dans une aube obscure, éclatait sans échos !

Je t'évo<{iieen tremblant, toi qui portas les formes En ton sein chaleureux fécondé par l'amour, Profonde nuit, mère des mondes qui se forment Pour éblouir la terre et passer sans retour ! Je te chante, aujourd'hui, sous ta face infinie Dont l'immortelle ardeur se réalise en moi, Et, comme la matière, à l'appel de la vie, Le monde émerveillé se réveille à ma voix ! L'esprit du premier jour habite ma poitrine. Je veux chanter les nuits d'étoiles, sur les flots, Je veux saisir, en tout, l'apparence divine : Mon hymne, arrache-moi mes plus nobles sanglots ! Je toucherai le cœur des bètes et des pierres, J'activerai la flamme au creux noir des volcans ! Mes yeux sont les foyers de toutes les lumières. Ma voix console OEdipe et calme les Titans.

— 0 mère, apaise en moi ce transport d'épouvante ! C'estOrphéeau tombeau, Orphée en pleurs qui chante.

LA TERRE Les Géants, pour rêver, n'attendaient que ta voix.

CHOEUR Le ciel rasséréné va s'incliner vers toi...

ORPHÉE

— Des fulgurations roulaient des atmosphères. Des éclats lumineux demeuraient en suspens...

Et vous naissiez ainsi, belles flammes des sphères Dont la couleur m'inspire, en ce soir transparent.

Des vapeurs condensaient leurs masses magnétiques. Des courants combattaient. Des esprits en éveil S'enlaçaient, sombrement, dans des lueurs tragiques : Berceau du feu dont brûle, aujourd'hui, le Soleil! Et ces lueurs erraient, plus lourdes et plus lentes. Une aube se levait, blafarde, et, dans l'éther, Un tonnerre formait, en ondes menaçantes, Des voix, où s'annonçait, confusément, la mer !

Une force attirait, dans les sphères naissantes, Les atomes, autour de leurs centres figés ; Tandis que réploiement des vitesses croissantes Lançait, dans l'infini, les germes étrangers !

Des anneaux s'échappaient des planètes livides Portant le mouvement qui ne doit plus finir, Et, pour peupler les cieux, naguère froids et vides, Ils y jetaient l'espoir des mondes à venir.

— C'est vous qui m'inspirez, puissances que j'adore! Résonnez, sur le luth ému que je vous tends, 0 lois du premier jour qui m'exaltez encore Et qui savez unir les systèmes flottants!

Etoiles qui sortez du sein des nébuleuses, 0 charme, enchantement des longs soirs ingénus, Étoiles d'Eurydice, étoiles bienheureuses, Étoiles ! de longtemps, vous ne m'entendrez plus. Vous ne m'entendrez plus, vous que mes chants anira Bêtes dont la douceur m'a toujours inspiré, Monde adoré, flots de la mer, moments sublimes, Où la création, comme un être, a pleuré !

— Il me faut affronter, au royaume des ombres, L'insolence de Ceux qui, jamais, n'ont souffert,

Et, si mon chant de deuil s'ordonne en plus beaux nomb C'est qu'une voix, déjà, me réclame aux enfers.

Le ciel est pur. Des étoiles bril- ! lent.

— Eurydice n'est plus ! Eurydice...

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