Le tombeau de Champlain
En juin 1879, Son Excellence M. le Comte de Premio-Real ouvrait un concours sur des questions d'Histoire du Canada. Grâce au grand intérêt qne cet homme distingue port* à ces sortes d'études, et aussi à la générosité dont il a donné alors une preuve non équivoque, des prix étaient offerts à celui ou à ceux -qui donneraient les réponses les plu> satisfaisantes. Un jury d'examinateurs, composé de S. E. M. le Comte de Premio- Jveal, de M. le Président de la Société littéraire et historique et de M. le Président de l'Institut-Canadien, décerna les deux prix au môme concurrent, l'auteur de ces Eludes.
Ayant manifesté depuis à S. E. M. le Comte notre intention de livrer nos
réponses à la publicité, il a bien voulu seconder nos efforts dans ce sens. Nous avons revu une des questions principales, < elle qui a trait au tombeau de Champlain. et l'avons considérablement augmentée.
La lettre flatteuse que Son- Excellence nous adresse et que nous publions, est de nature à nous encourager à faire connaître au public le résultat de ces recherches qui ne seront peut-être pas sans quelque intérêt pour ceux qui aiment à connaître l'histoire de leur pays.
Québec, le G mars 1880.
Monsieur le docteur.
J'ai vu avec une profonde satisfaction que vous comprenez l'importance des questions historiques en général, et de celles en particulier qui intéressent le pays où vous êtes né et dont j'aime tant le séjour.
On doit toujours encourager autant que possible les esprits sérieux et perse-
vérants qui renient bien comprend qu'on dehors des occupations professionnelles, d'autres champs sont ouverts à leur activité, et qu'ils peuvent par l'étude y faire des découvertes utiles.
Je vous assure, Monsieur le Docteur, que je n'ai jamais déboursé avec autant de plaisir que lorsqu'il s'est agi de vous faire parvenir la très-modeste somme, montant du prix que vous avez obtenu.
J'aimerais à être plus riche pour pouvoir accorder souvent des récompenses aussi bien méritées.
La reconnaissance que je vous dois pour avoir répondu avec tant de sagacité aux questions historiques qui vous ont été posées, est grande, très-grande ; car vous m'avez prouvé que l'idée qui me guidait n'était point stérile.
Quant à votre intention de publier une nouvelle étude sur le tombeau de Champlain, tous ceux qui s'intéressent à de pareilles recherches ne peuvent qu<vous féliciter et vous encourager sur cette nouvelle piste.
Vous avez d'autant plus de mérite à poursuivre vos travaux que la voie en est plus ardue, je dirai même plus aride. L'histoire, en effet, n'admet pas 1rs ornements dont les autres genres littéraires sont susceptibles. Le poète qui veut séduiredorateur qui veut persuader, ont à leur disposition le merveilleux de la fiction, l'arsenal des images brillantes, des tours oratoires, l'enchantement de l'harmonie, le balancement des périodes sr.nores. Au contraire, l' attribut essentiel de l'histoire, que dis-je î son but môme est la vérité, intéressante sans doute, mais la vérité.
Que lu critique ne vous décourage donc pas, et surtout quand elle est pleine de fiel. Si quelqu'un vous traite mal, tant pis, non pour vous, mais pour lui. Il méconnaît le conseil du célèbre écrivain anglais Ilarris : " de fixer notre attention plutôt sur ce qui est louable que sur ce qui est blâmable, c'est-à-dire, de plus rechercher les sources de la louange que celles du blâme ; car, bien
qu'il arrive parfois à un critique d'être sévère avec raison, il peut fort bien dans une autre occasion se tromper, et s'expose alors au sarcasme décoché au savetier qui se posait en critique : Ne sutor ultra crépi dam.'''
D'un autre côté, je comprends votre goût pour ces recherches historiques cl l'intérêt particulier qu'on éprouve au Canada à traiter des questions, dont quelques-unes sont très-obscures. L'apparente confusion avec laquelle les astres nous apparaissent semés sur la voûte céleste, n'ajoute-t-elle pas à l'intérêt de l'astronomie.
Enfin, comme vous n'avez point la prétention de laisser, nouveau Salluste, des modèles de narration historique, mais seulement d'élucider certaines queslions controversées, je vous félicite de ce que vous avez fait. Je n'ai jamais eu lô plaisir de vous rencontrer ; je ne vous connais point personnellement ; mon opinion ne saurait donc être influencée par mes sentiments. Je vous réitère
encore une fois cordialement mes félicitations, et me fais un véritable honneur de me dire
Votre très-humble
et très-obéissant serviteur,
Prbmio-Bbâl.
LE
«il REPOSE LE COUPS DE CHAMPLAIN FONDATEUR DE QUÉBEC ?
Dès le* premières années de la colonie française établie à Québec, les sépulture* se faisaient dans quelque cimetière on caveau d'église dont il est assez facile de retracer les bornes. Les colons Iran çais et les sauvages chrétiens morts à Québec, étaient enterrés ou dans le cimetière des Récollets ou dans celui d" la Montagne, ou encore dans le cimetière des pauvres, et l'endroit spécial assigné à chacun nous est généralement connu. Ainsi.
nous savons où furent déposés les corps
du Frère DuPlessis, de Louis Hébert, des Pères Masse, de Brébeuf, et Cf.
Lalemant, etc. Mais, s'il s'agit de Champlain, de l'homme le plus éminent qui ait vécu au Canada, du fondateur do Québec et du père de la Nouvelle-France, surgissent des difficultés inextricables.
qui semblent défier les calculs de l'archéologue et les recherches de l'historien. Est-ce là un secret de la Providence, qui a voulu enlever à notre vénération les restes de l'homme illustre dont la mémoire est toujours chère au cœur des Canadiens-Français ?
$ 1. — Lieux de sépulture des Gouverneurs de la Nouvelle- France.
De tout les Gouverneurs français enterrés dans l'enceinte des murs de Québec, Champlain est le seul dont le lieu de sépulture soit ignoré. M. de Mésy. mort en 1665, fut inhumé dans le cimetière des pauvres, près de l'Hôtel-Dieu.
Les corps de MM. do Frontenac, de Callières, de Vaudreuil et de Longueil reposèrent longtemps dans les voûtes de l'église des Récollets, près de la Place d'Armes. Et, quand cette église devint la proie des flammes, en 1796, on exhuma ces précieux restes pour les transporter à la cathédrale, dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié. Ils furent d'abord ensevelis dans cette chapelle, près de la muraille, du côté de l'évangile. Une seconde translation de leurs ossements eut lieu, paraît-il en 1829, et ils furent déposés dans les voûtes de la chapelle Sainte-Anne. C'est dans cette même chapelle, tout près de N. D. de Pitié, qu'ils furent définitivement placés, lors des travaux d'excavation faits en 1877.
L'identification de ces squelettes entassés là pêle-mêle n'étant plus possible, il fallut réunir dans une tombe commune les restes mortels de ces héroïques défenseurs de la patrie. Le catholique qui va chercher des consolations au pied de la statue de la Mère des Douleurs, ne
doit pas oublier qu'à quelques pieds de la balustrade dorment en paix plusieurs de» gouverneurs les plus estimés, et aussi un des plus grands génies du XVIIe siècle. Leurs noms ne sauraient rester dans l'oubli, et tôt ou tard quelque pierre tumulaire indiquera aux générations Futures ce que ces ancêtres illustres ont fait pour le bien de leurs gouvernés.
Champlain mourut trente années ayant M. de Mésy ; mais durant cette période assez courte, il se déroula des événements qui servirent à jeter plus d'ombre sur le lieu de sépulture du premier G-ouverneur. Ainsi, l'incendie de l'église paroissiale, les constructions d'édifices publics et privés dans cette haute-ville jusqu'alors à peu près déserte, l'alignement et l'ouverture des rues avaient presque transformé cette partie de Québec où reposait Champlain. Jusqu'à cette date de 1635, la coutume était do faire le« inhumations dans les deux seuls cimetières des Récollets et de la côte de la Montagne, et ce dernier servit ainsi
jusqu'en 1G57 ; on ne sache pas qu'il en fût enterré ailleurs. Ainsi, en 1619, le Frère Pacifique, récollet, fut inhumé dans la chapelle de Québec, et en 1627. Louis Hébert fut enterré dans le cimetière de Notre-Dame des Anges, près du couvent des Récollets. Etienne Jonques t, son épouse Anne Hébert, ainsi que leur enfant, furent probablement enterrés dans ce dernier endroit. Bans une ville dont la population variait de 50 à GO âmes, les mortalités n'étaient pas fréquentes ; et depuis le 24 octobre 1G21, date de l'ouverture des registres de Québec, jusqu'en 1629, il n'y eut dans la colonie française que six baptêmes et deux mariages.
Le 25 décembre t035, Cliamplaia terminait donc sa carrière, trop tôt, hélas ! pour le bien qu'il pouvait opérer encore. Cependant, il avait vu réaliser en grande x>artie le rêve de ses espérances. Dans cette contrée inculte, il avait pu, avec l'aide des premiers pionniers français, les Hébert, les Couillard, les Pivert,
les Martin, opérer quelques défrichements, et fonder au centre même de ces royaumes indigènes qui n'avaient de grandiose que le nom, une ville qui fournissait déjàles plus belles espérances. Imbu de l'idée que le salut d'une âme était -•hose plus précieuse que la conquête d'un royaume, Champlain, avec le conoours des missionnaires récollets et jésuites, avait donné à la jeune colonie des assises durables, et lui avait garanti un avenir heureux, en inspirant à ce petit peuple le goût de la religion, base de toute société ; aussi, nos premiers ancêtres étaient-ils pleins de cette foi humble et forte, qui faisait dire au jésuite Charlevoix que parmi eux régnait 'la simplicité des premiers siècles de l'Eglise. Homme d'action, Champlain n'avait pas non plus négligé, dans se* voyages de France à Québec, et dont il a laissé des relations très-fidèles, d'apporter tous ces éléments de force matérielle que les cotons ne pouvaient se procurer ici. La mort le surprit au beau milieu de ses
travaux ; et la Providence a voulu que nous, ses enfants, soyions privés de cette suprême consolation de l'orphelin, d'aller prier sur la tombe d'un père chéri, le père du peuple Canadien.
Québec, le vieux Québec, la ville que Champlain chérissait par-dessus tout.
n'a-t-il pas failli à son devoir, et j'oserai même dire, terni sa renommée de gratitude, en n'élevant pas à la mémoire de son fondateur un monument digne de lui et de son œuvre ! Si, nous dépouillant un jour de cette indifférence profonde, nous allions bientôt mettre à exécution -un vœu général, peut-être alors, par
une permission divine toute spéciale, découvririons-nous ces ossements enfouis quelque part dans l'intérieur de nos murs.
v< '2. — La querelle des antiquaires.
Avant d'entrer dans le vif de la question, nous aimons à faire cori naître les^
résultats des démarches, discussions, fouilles qui ont été opérées jusqu'ici, toujours dans l'espoir d'arriver à une conclusion finale. Nous ne prétendons pas nous-même dire le dernier mot sur cette question remplie de ténèbre*.
De savants archéologues avant nous ont posé quelques jalons qui ont servi à nous guider dans nos recherches ; d'autres viendront ensuite, heureux si nous pouvons leur être utile ; c'est là notre unique ambition.
Plusieurs connaissent l'origine de cette «élèbre discussion entre MM. les abbés Laverdière et Casgrain d'une part, et M. S. Drapeau d'autre part ; on l'a décorée du nom pompeux de querelle des antiquaires. Les deux abbés avaient annoncé un beau matin que, conjointement ils allaient découvrir le tombeau de Chain plain. Ils avaient lu Sagard, les Voyages de Champlain, les Relations et le Journal das Jésuites, compulsé les registres de N". D. de Québec, enfin tout ce qui pouvait servir à les guider dans cette voie
obscure avait été mis à contribution.
À peine un mois était-il révolu, que toutes leurs démarches étaient couronnées de succès ! Cependant le public, plein de respect pour les décisions de ces deux historiens distingués, crut généralement à l' efficacité de leurs recherches. M.
Drapeau révoqua en doute cette conclusion hâtive, et puis bientôt refusant carrément d'y ajouter foi. il mit, au moyen de brochures, le public en garde contre ce qui lui semblait une erreur d'archéologues. Telle a été l'origine de cette discu>sion qui avait semblé tournera l'avantage de MM. Laverdière et Casgrain ; mais nous verrons que M. Drapeau était peut être plus près de la vérité. N' importa, la conséquence fut toujours heureuse, puisqu'elle mettait cette question sous un nouveau jour. Ceci avait lieu en 1866 et 1867.
Jusqu'à cette époque, l'impression générale était que le corps de Champlain avait été " inhumé dans une chapelle *' qui paraît avoir été attenante à Notrs-
" Dame de Recouvrante, et qui était " désignée sous le nom de Chapelle de ;; Champlain. "(Ferland, Cours d'histoire du Canada, I, 293). Nous avions toujours partagé nous-mêmes Terreur de M.
Ferland, avouent MM. Laverdière et ( -asgrain ; mais, après avoir examiné de nouveau les registres de N. D. de Québec, nous sommes arrivés à une conclusion toute différente ; et ils étayent ensuite leurs conclusions sur des arguments, de» déductions plus ou moins solides. Yoici. **n résumé, ces conclusions.
1° La Chapelle de Champlain n'était autre que la chapelle de Québec, construite en 1615 parle gouverneur Champlain, et était située au pied de l'escalier qui fait communiquer la côte de la Montagne à la petite rue Champlain. 2e La voûte trouvée précisément au pied de cet escalier, indiquait que c'était bien là que le corps de Champlain fut mis en 1635, au-dessous de la chapelle. 3? Des ossements humains découverts par M.
Baldwin, de Boston, surintendant des
oi
travaux de l'aqueduc en 1854, étaient ceux de Champlain et de deux personnages enterrés à côté de lui. 4° La voûte était bien conservée en 1866, et sur une pierre on voyait les restes d'une inscription, avec lesquels on formait le nom de Samuel de Champlain.
A dire le vrai, il était difficile de ne pas accepter ces conclusions, surtout venant de la part d'hommes versés dans ces sortes de sciences qui demandent de vastes connaissances historiques, un grand fonds de raisonnement, et une patience de bénédictin. Pour ceux qui connaissaient M. l'abbé Laverdière, ils ne doutaient pas qu'il ne réunît toutes ces qualités. M. l'abbé Casgrain avait alors comme aujourd'hui un grand nom comme historien des communautés religieuses de Québec.
Les choses en restèrent là jusqu'en 1875 . Vers la fin de cette année-là, M. Casgrain seul, car M. Laverdière n'existait plus, armé d'un document inédit, démontra que ses conclusions de 1866 n'étaient
on
peut-être pas absolument justes. Non* pouvons affirmer de suite qu'elles n'étaient certainement pas exactes dan?
leur entier, et c'est ce que nous allons essayer de démontrer. Nous formulerons notre humble opinion quand nous aurons bien fait connaître tout ce qui se rattache ara chapelles ou églises de Québec, depuis 1615 jusqu'à 1647.
$ 3. — Chapelle de Québec ou du gouverneur.
À l'arrivée des Pères Récollets en 1615. Champlain lit construire au pied de 3a côte de la Basse-Ville, tout près de l'Eglise actuelle de N. J). des Victoires, une petite chapelle, qu'on était convenu d'appeler Chapelle de Québec, ou du Gouverneur. Elle servit d?église paroissiale jusqu'à la prise de Québec par les Kirtk, en 1629, au départ de tous les missionnaires récollets et jésuites 1?
î» septembre. Il n'y eut plus alor*
de piètres catholiques dans Ici colonie jusqu'au retour des jésuites en 1632. Il est très-probable qu'à cette date, la Chapelle de Québec avait subi le aort du magasin ou de Yhabitation de la Basse-Ville, incendiée durant le séjour des Anglais à Québec. Le témoignage du P. Lejeune, un des deux jésuites arrivés cette année-là, est assez explicite : ;i Nous vîmes au bas du fort la pauvre
:< habitation de Québec toute brûlée
" en laquelle on ne voit plus que de* " murailles de pierre toutes bouleversées." En conséquence, ce Père lut obligé d'aller offrir le Saint-Sacrifice de la messe à la Haute-Ville, dans la maison de la veuve de Louis Hébert.
Dans la Relation de 1636, le même Fère écrivait ce qui suit : "Lee premiers " sacrifices de la messe que nousprésent; tâmes en ces contrées furent offerts •; dans un méchant petit taudis, qui " maintenant nous ferait honte ; nous 11 nous servîmes par après d'une chambre : "puis on fit bâtir une chapelle (N. H
" de Ilecouvranee) ; on a tâché de la " changer en église, l'augmentant de ;i moitié environ, et avec tout cela, les "jours de Fêtes, les deux premières " messes qui se disent à Québec sont si 11 fréquentées, que cette grande chapelle, " ou cette petite église, se voit remplie " usque ad cornu al tari s, d'un bout à " l'autre. "
Ce petit taudis était la chapelle des jésuites au couvent de N. D. des Anges, et la chambre dont parle le P. Lejeune était dans le fort à la Haute-Ville.
Aucune allusion y est faite à la chapelle de Québec.
L'abbé Faillon corrobore le texte de la relation en ces termes : ^ Le premier " objet de la sollicitude religieuse de " Champlain (en 1633), fut de procurer *' aux colons un lieu de réunion pour les " exercices du culte public. Les Anglais, t{ avant le retour des Français, avaient " brûlé ou détruit la chapelle desservie ( autrefois par les Récollets, qui avait " servi d;église paroissiale (Chapelle de ° Québec).
Donc, en 1632, il n'y avait plus de chapelle à la Basse-Ville, et ce ne fut que vers la fin de l'année suivante, 1633, après le retour de Champlain, que celui-ci s'occupa de bâtir une église pour le culte. " En ,: attendant qu'on en construisit une •• nouvelle, dit Faillon, on dressa un
" autel dans le fort C'était là que
" les PP. jésuites allaient administrer '' les sacrements, quoique, dans leur •• maison de Saint-Charles, ils eussent :; une petite chapelle, dédiée sous le
•; titre de Notre-Dame des An^es
:' Champlain, quelques jours après son , '; arrivée, s'y rendit pour assister à la
" sainte messe Mais, avant la fin
': de cette année, il exécuta un pieux ,; dessein qu'il méditait depuis longtemps
• Après la prise du pays par les
,: Anglais, il avait fait vœu de bâtir à " Québec une chapelle en l'honneur de ;; Marie, si les Français rentraient en 11 possession du Canada, et de la désigner ■; pour cela sous le titre de Notre-Dame " de la Recouvrance. '" 1*
Cette chapelle de Québec a dû être rebâtie quelques années plus tard, puisque l'acte de sépulture d'un M. Gand mentionne que ce dernier mourut " en 11 la chambre qui est sous la sacristie et •; chapelle du dit Québec." Il est probable qu'elle fut reconstruite après l'incendie de Notre-Dame de Recouvrance en 1640, vu qu'il n'existait plus d'église ni à la Haute ni à la Basse-ville, si ce n'est peut-être la Chapelle de Champlain, qui fut reconstruite dans ce même temps-là.
comme nous le verrons plus loin.
Chapelle de Notre Dame de Recouvrance.
Cette chapelle fut érigée vers la fin de l'année 1633, sur la montagne, près du Fort Saint-Louis. Elle servit d'église paroissiale jusqu'à l'incendie du 15 juin 16-10. La Relation de 1640, rapporte ce désastre dans les termes suivants : " Le " feu se mit on notre maison de Québec,
•■ qu'il a réduire en poudre, et 'tla Chu- •w pelle de Monsieur le Gouverneur, el •• l'église publique : tout a été consumé. • Cela se fit si soudainement, qu'en •: moins de deux ou trois heures on ne i: vit de tous ces bâtiments... qu'un peu - de cendres et quelques pans de mu- •: railles qui sont restés pour publier
•• cette désolation Le vent assez
•• violent, la sécheresse extrême, le •• bois onctueux du sapin, dont - •• édifices étaient construits, allumèrent •• un feu si prompt et si violent, qu'on •• ne put quasi rien sauver, toute la •: vaisselle et les cloches et calices se
•• fondirent il fallut aller prendre
•: logis à la salle des pauvres, jusques à •• ce que Monsieur le Gouverneur (Monî - "• magny) nous prêtât une maison, dans " laquelle étant logés, il fallût changer •; cette salle des malades en une église •• Yoilà une perte dont nous nous ressen- •• tirons longtemps.''
Plusieurs historiens ont placé à tort V. D. de Recouvrance dans le voisinage
d« la cathédrale anglicane, près de la Place d'Armes. Leur erreur est rendue plus évidente aujourd'hui, par le l'ait que feu M. Laverdière a trouvé sous terre une partie des fondations ou du solage do cette chapelle. Il a pu retracer deux longs pans, ceux du nord et de l'est, dans la cour du presbytère de la Haute- Yille. Les murailles du rond-point de la basilique l'ont empêché de pousser au-delà ses travaux d'excavation. " Celui " des longs pans, dit-il, dont il y a neuf " pieds de découverts, traverse le rond- " point de la basilique, vers le côté d<? " l'évangile ; l'autre, supposé que la '* chapelle eut une trentaine de pieds d<j ;î large, doit tomber à peu près sur la ■• diagonale de la sacristie."
Notre-Dame de Recouvrant n'était pas orientée dans le même sens que la basilique ; elle courait à peu près parallèlement à la rue Buade, qui alors allait nord-ouest et sud-est, c'est-à-dire, dans une direction assez semblable à celle de la rue de la Fabrique. Le portail .
•Xt
d'après toute probabilité, était tourné rers la rite du Fort qui conduisait au fort Saint-Louis, En conséquence, le chœur de N. D. de Hecouvranco derait coïncider presque complètement avec celui de la basilique. Et Champlain, eut-il été enterré dans le chœur N. D. de Recouvrance, devrait être retrouvé dans le cliœur de la basilique de Notre-Dame de Québec. Cette curieuse coïncidence de lieux nous met en mémoire une découverte assez étrange, faite en 1877.lors des travaux d'excavation pratiqués dans les voûtes de l'église. C'est M.
l'abbé Greorge Côté qui rapporte ce fait ; nous lui laissons la parole : t: À deux " pas en avant de la tombe de Mgr " Hubert, et le long de l'ancienne masse •• d'autel, ou à peu près, fut trouvé un •• corps dont lès ossements étaient par- •■ faitement intacts. La tête, au lieu de ■• regarder la neï. comme 'c'est l'usage •: pour ceux que l'on enterre dans le • sanctuaire, regardait au contraire le •: fond du chœur. Ces restes, malgré la
" place distinguée qu'ils occupaient, ne •; peuvent pas être ceux d'un évêque, " puisque tous les corps des évoques ont " été personnellement identifies. Ce ne " peut guère être non plus un prêtre " inhumé depuis la reconstruction de la •■ cathédrale ; à moins que, ne tenant •• point compte de l'orientation inusitée ■• donnée au cercueil, on ne suppose que "ce soit Messire Eustache Chartier de " Lotbinière, doyen du chapitre, qui fut inhumé le 15 février 1749, moins de cinq mois après la première translation de Mgr de Laval, et que le second acte de sa sépulture mentionne comme ayant été déposé dans le sanctuaire.
Si cette hypothèse manquait de probabilité^ resterait encore une alternative : celle de penser que ce pourrait être là un corps qui aurait été enterré autrefois dans la chapelle de Notre-Dame de Reeouvrance dont les études du regretté M. Laverdière ont fixé l'emplacement à peu près en cet endroit." D'après des renseignement obtenus,
ce corps était plus profondément situé que celui de Mgr Hubert, il n'y avait ni cercueil, ni débris de vêtements qui aient permis de prononcer un jugement quelconque sur l'ancienneté et la qualité de ce personnage. Le squelette cependant était complet, et les os parfaitement conservés. Si on s'en rapporte à la direction du corps, on pourrait en inférer qu'il avait du être enterré dans Notre- Dame de Recouvrance. La direction de ••elle-ci formait an anoie très ouvert avec l'église paroissiale actuelle, et ce fait seul peut nous faire croire à une inhum ation de date, plus ancienne que celle du Doyen du Chapitre. En reportant ces restes à l'époque de N. D. de Recouvrance, il faudrait les attribuer au P. Ravmbault qui, enfermé dans le sépulcre particulitT de Cliamplain, a pn être transféré dans les voûtes de la nouvelle église paroissiale terminée en 1651, en même temps que le corps de Cliamplain était transporté dans la nef de la même église.
on
♦ 5. — Chapelle du Gouverneur ou de Champlain.
Qu'était cette chapelle dont parle le P. B. Yimont dans la Relation de 1640 ? page 50 : " La feu se mit en notre maison " de Kébec, qu'il a réduite en poudre, et •• la Chapelle de Monsieur le Gouverneur - et l'église publique." Je dis que c'était la Chapelle de Champlain. Sans doute c'était une construction modeste, peu spacieuse, mais eni ni assez apparente pour mériter le nom de chapelle. M. de Montmagny dont le zèle religieux et le respect pour tout ee qui. regardait le culte catholique est connu, devait tenir à honneur de conserver pour les génération,futures les cendres du premier gouverneur en même temps que du fondateur de Québec. Il serait peu raisonnable et même injuste de croire qu'il ne remplit pas ce devoir de piété en vers celui que tons les habitants, laïcs comme religieux regardaient comme un saint. " Et a sa ■• mort, dil le P. Leieunedansla Relation
DO
'• de 1 < i -13 ; * . p 56, ou lui fit un convoi fort '• honorable, taivi de la part du peuple. •: que des Soldats, des Capitaines et des
"gens de l'Eglise Ceux qu'il a
•' laisses après lui ont occasion de - ■ •' louer, que s'il est mort hors de France. " son nom n'en sera pas moins glorieux •• à la Postérité."
Le nom de Chapelle du Gouverneur que lui donne la Relation prouve, on qu'elle étail dédiée à la mémoire de Champ lain, ou qu'elle avait été construite par M. de Montmagny. Cette dernière hypothèse même confirme noire assertion ; car, pourquoi eei illustre Chevalier eût-il fail élever cotte chapelle dans le voisinage immédiat de Notre-Dame de Recouvrance, sinon pour l'employer à une fin particulière ? Lui-môme ne pouvait pas se donner ce lux," d'une chapello privée, quand l'église paroissial»était si pauvre, vi que les habitants de Québec n'avaient pas les ressources suffisantes pour l'agrandir. Si cette chapelle
■w* été qu'attenante à N. D. d<* Recou-
rraiico, l'écrivain de la Relation n'en aurait pas fait une mention spéciale.
Cette chapelle avait donc son importance, puisqu'il ladésigne tout partioulièremen i
et la distingue de l'église paroissiale.
Quand et par qui fut construite la chapelle du Gouverneur ou de Champlain ? Ce ne fut pas par Champlain : car, connaissant la précision et l'exactitude qui font le fond de ses écrits, il n'eut pas omis de mentionner cette chapelle. Son humilité, qui était peutêtre 3a vertu qu'il affectionnait davantage, s'opposait à ce qu'il fit ériger de son vivant une chapelle à lui dédiée. Supposant même qu'elle fût son (ouvre, il 1 eut dotée avant de mourir, comme il le fît à l'égard de N. 1). de Recouvrance. A celle-ci, il légua ,; tout le mobilier " qu'il avait à Québec, ainsi que 3,000 i; livres placées dans les fonds de la Com- •• pagnie générale de la Nouvelle-France. •• dont il faisait lui-même partie ; en '■ outre 900 livres placées dans une Com* '• pagnie particulière ; et, enfin 400 •livres, etc., etc." Rien pour la chapelle
de Québec, rien pour la chapelle du Gouverneur ; ces deux édifices n'existaient donc pas en 1685.
Nous avons va que M. de Montmagny, après la mort de son prédécesseur, fil ériger cette chapelle ; inutile de revenir là-dessus.
* 6. — Oàfuè enterré Champlain ?
Il fut probablement inhumé dans les voûtes de Notre Dame de Recouvrance.
Il convenait que le corps de Champlain fut déposé ailleurs que dans le cimetière de la Montagne ; conformément à l'usage suivi alors, les hommes de marque avaient l'honneur d'une sépulture à part. Ainsi, le P. Raymbault fut inhumé dans le sépulchre particulier de Champlain.
Si on considère la date de L'inhumation de Champlain, on peut raisonnablement conjecturer que Notre-Dame de Eecouvrance reçut sa dépouille mortelle ; la rigueur d'un froid de décembre ne permit
pas de construire ce sépufchre dont il est question dans le récit da I\ Lejeune.
Mais, le repos que Champlain avait trouvé sous le sanctuaire béni de Notre- Dame de Recouvranee ne fut pas de longue durée. Dans le cours de l'été suivant, M. de Montmagny dut faire élever une chapelle spéciale, et y transporter le cercueil qui renfermait l'illustre défunt. Le simple raisonnement nous fera de suite comprendre, que dans cette circonstance solennelle, M. le Gouverneur prit toutes les précautions dont on entoure ordinairement la dernière demeure d'un personnage de grande distinction. En effet, il construisit dans cette chapelle une voûte ou sépulchre en maçonnerie, afin que ce monument précieux fût à l'abri des intempéries et qu'il servît à indiquer surtout, que dans cette Chapelle dormait du sommeil du juste le premier G-ouverneur de Québec.
Il était entré dans l'intention du fondateur de cette chapelle, d'en faire le séjour mortuaire de tous ceux qui se
seraient illustrés de quelque manière que ce fût. M. de Montmagny manifesta clairement son intention à cet égard, quand il ordonna que le P. Raymbault y fût enterré à côté de Champlain, à raison de l'estime particulier qu'il lui portait.
Les registres et les relations de l'époque ne font mention de la chapelle et du sépulchre de Champlain qu'en 1641 et 1642, c'est-à-dire, six années après leur construction probable. L'incendie de 1640 avait détruit les registres de Québec, et avec eux l'acte de sépulture de Champlain. Depuis 1636, on ne peut donc pas établir qu'il y a eu d'autres personnes enterrées dans la chapelle du Gouverneur ; mais on voit dans les registres de 1641, que M. Gand fut aussi inhumé le 21 mai, en la chapelle de M. de Champlain. Yoici l'acte de sépulture.
il Le 20 de Mai le lendemain de la
'• Pentecôte 1641 mourut François de Ré
11 dit Mr. Gand, Commissaire Général au
*• magasin de Kébec, et ce en la chambre,
" qui est sous la Sacristie, et chapelle "du dit Kébec, où il avait passé l'hiver. •; Le môme jour on chanta les vêpres •• des trépassés pour lui, et le lendemain " 21 dû même mois après l'office des " morts et la messe chantée solennelle- '; ment il fut enterré en la chapelle de • M. de Champlain."
A cet acte, il ne faut pas donner une portée qu'il ne comporte pas ; il ne dix pas que M. Grand fut enterré dans le sépulchre particulier de Champlain.
On voit dans les registres de Québec de 1642, que " le 22 d'octobre fut enterré " dans la chapelle de M. de Champlain
" le P. Charle Kimbault " Et la
relation de 1643 nous apprend, à l'occasion de cette mort, que Champlain fut enterré dans un sépulchre particulier :
" M. le Gouverneur, y est-il dit, qui ': estimait sa vertu, désira qu'il (le P. '; Raymbault) fût enterré près du corps " de feu M. de Champlain, qui est dans " un sépulchre particulier, érigé exprès '; pour honorer la mémoire de ce signalé
" personnage, qui a tant obligé la Non- " yelle-Fran.ee. " (Relations des Jésuites, 1643, p. 3.) Ce jésuite fut donc inhumé à côté de Champlain, dans la même voûte. La chapelle du G-ouverneur ou de Champlain, incendiée en 1640, fut rebâti par les soins de M. de Montmagny, et en 1649, nous la trouverons encore debout au môme endroit.
§ T. — Oit était située la Chapelle de Champlain ?
,Nous pouvons dire aujourd'hui sans avoir à redouter la contradiction, que cette chapelle était située à la Haute- Ville, dans le voisinage de Notre-Dame de Recouvrance. Il ne s'ensuit pas de là qu'elle fut attenante a l'église paroissiale ; au contraire, elle était placée à une certaine distance de cette demie Nous avons la preuve de cet avancé dans un document puisé dans les papiers originaux légués à l'Université-Laval
par feu M. Faribault. Nous donnons la
copie de ce document daté du 10 février
1649, et signé par M. Daillebout, alors
gouverneur. Cette pièce authentique,
trouvé par M. l'abbé Casgrain, porte
pour subscription ces mots écrits sur le
revers de la feuille :
Une place située dans la grande place de Québec serrée par M. ic gouverneur.
PIÈCK AUTHENTIQUE.
Louis Daillebout lieutenant-général du roi et gouverneur dans toute l'étendue du Grand Fleuve Saint-Laurent en la Nouvelle-France rivière et lacs y descendants et lieux qui en dépendent. En vertu du pouvoir à nous donné par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France et sous le bon plaisir d'icelle, en faisant la distribution d'une place située dans l'enclos de Québac, Nous nous sommes réservé une place située dans le dit enclos contre la Chapelle Champlain contenant un arpent de terre ou environ tenant du côté du nord-est h un chemin qui court sud sud-est et nord-ouest qui est entre la dite terre et les terres de l'Eglise paroissiale de ce lieu, .'autre côté au sud-ouest aux terres non concédées d'un bout au nord-ouest à un chemin piésente qui est entre la dite terre et la Grand place pour en jouir par nous du dit arpent de terre ou environ nos successeurs ou ayant cause à toujours pleinement et paisiblement aux charges qu'il plaira à Messieurs de
la dite Compagnie nous ordonner, faite au fort Saint Louis de Qaébec ce dixième jour de février mil six cent quarante-neuf.
Daillebout.
Où était situé ce terrain réserve dans l'enclos de Québec par le gouverneur Daillebout ? C'est ce que va déterminer an acte de vente dont voici la teneure :
Contrat de rente foncière due par Jean .iobi. U. Ls. D'Aillebout— 3ijuin 1658.
Par devant Jean Baptiste Peuvret Notaire de la Nouvelle-France etttémoins soussignés fut présent en sa ] personne messire Louis D'Ailleboust chevalier seigneur de Coulonges gouverneur et lieutenant rai pour le Roi en ce pays étendu du fleuve Saint- Laurent, Lequel a reconnu et confessé avoir baillé, , et transporté à titre de rente foncière de I : it&ge annuelle et perpétuelle non rachetable du tout à toujours et promet garantir de tous troubles et empêchements généralement quelconques à Jean Jobin Mtre tailleur d'habits habitant de ce pays à ce j résent preneur et acquéreur au dit titre pour lui, ses hoirs et ayants cause, une place sise en cette ville
le Québec, contenant demi arpent île terre ou environ faisant moitié d'un arpent de terre au dit seigneur
tailleur appartenant appartenant, Joignant d'un côté à la rue qui passe entre l'église paroissiale et la dite terra, d'autre côté h Jacques Boissel en partie et à Louis Côté, d'un bout à une rue qui passe entre > '. p| des sauvages et la dite terre, Et d'autre bout à
la place d'Abraham Martin en partie et aux terres non concédées, au dit seigneur bailleur appartenant par concession qu'il en a prise le dixième jour d« lévrier mil six cent quarante neuf, ratifiée et signer par Monsieur de Lauzon ci-devant gouverneur de c* pays le vingt deuxième jour d'avril mil six cent cinquante deux.
Il appert, d'après ce contrat, que le terrain réservé par M. d'Aillebout était borné comme suit : d'un côté par la rue qui passe entre l'église paroissiale et le terrain réservé, c'est-à-dir^, la rue Buade actuelle ; d'un autre côté, par la rue qui passe entre le fort des sauvages et le dit terrain, ou la rue du Fort ; au nordouest, p'ar un chemin qui est entre le terrain réservé et les terres de Jean Côté, c'est-à-dire la rue du Trésor, qui alors n'était qu'un sentier ; enfin, le quatrième côté était borné par la Place d'Armes ou par la rue Sainte Anne.
Le nom de Chapelle Champ lain se trouve mentionné deux fois dans le document du Gouverneur d'Aillebout.
lo. " Nous nous sommes réservé une " place située dans le dit enclos contre la
Chapelle Champlain" ... 2o. Cette place
" tient du côté sud sud-est à un chemin " qui est entre la dite terre et la dite '; Chapelle Champlain,'1 et les mots la dite Chapelle Champlain sont ratturés et remplacés par les mots la Grande place L'enclos était ce vaste terrain compris entre la rue Buade, la côte de la montagne, en gagnant le sud, jusqu'à un endroit quelconque dans les environs de la Plac'A d'Armes. Le terrain réservé, d'un arpent de superficie, était donc compris dans cet enclos, et avait pour limite sud sud-est, la rue du Fort, qui le séparait d'avec la chapelle Champlain. Or, comme cette chapelle n'occupait qu'un espace restreint de l'autre côté de la rue du Fort, sur la grande Flace, ellenepouvaiseule servir de borne à un terrain qui avait une étendue peut-être trois ou quatre fois plus considérable que celle de la chapelle. Voila comment on peut expliquer ces mots la dite Chapelle Champlain biffés et remplacés entre lignes par les suivants la grand place.
Eu égard aussi à la distance entre la rue du Fort et la chapelle, celle-ci ne pouvait pas être une borne exacte au terrain du gouverneur Daillebout.
Il s'ensuit donc, que la Chapelle de Champlain s'élevait quelque part dans le carré compris entre les rues du Fort et Port-Dauphin d'une part, le sommet de la côte de la Montagne d'autre part, et une ligne qui se prolongerait de la rue Sainte- Anne jusqu'au mur d'enceinte, près de la Terrasse-Frontenac. Ce lieu nous >emble avoir été bien choisi. De l'autre côté de la côte de la montagne reposaient dans le champ mortuaire les ossements des personnes de moindre condition ; en deçà, et presque en face, dans un endroit dominant d'où l'on pouvait facilement apercevoir le vieux cimetière, dormaient dans une chapelle spéciale, les héros, laïcs comme religieux, morts au service de la religion et de la patrie.
§ 8. — Qiïest devenue la Chapelle de Champlain ?
D'après la teneure du document cité plus haut, il est certain que la chapelle de Champlain existait encore à la date du 10 février 1649. Le fort des Hurons, qui servit de refuge à un débris de cette vaste tribu dispersée, dut être construite à côté de cette chapelle, qui semble après cette époque être tombée en ruines, puisqu'il n'en est fait mention nulle part. M. de Montmagny avait quitté le Canada en 1648, et son successeur M.
D'Aillebout ne mit peut-être pas autan:
de soins que son prédécesseur à conserver ce monument précieux. Toujours est-il qu'elle a dû ou être abandonnée à la destruction, ou brûlée, ou démolie, lors des premières constructions qui fureir faites plus tard 1" Ion a* des rues Buade et du Fort.
5 9. — Le sépulchre particulier et Je corps de Champ lain.
On se perd en conjectures sur le sort qui fut réservé à ce sépulchre et aux ossements qu'il renfermait. Il est probable que voyant la ruine de la chapelle, des particuliers achetèrent les terrains de la Grande place où ils se taillèrent des lots à bâtir. Les autorités religieuses, prévoyant la démolition du sépulchre, préférèrent transporter ces ossements dans un lieu plus sûr. En 1649, l'église paroissiale ne faisait que sortir de ses ruines, mais, lorsqu'elle fut terminée en 1651, l'édifice pouvait offrir un lieu propice à l'inhumation de M. de Champ lai n.
Nous terminerons, en citant ces belles paroles de M. l'abbé G-. Côté qui semble s'accorder avec nous sur le fait que la basilique de Québec couvrirait de son é^ide puissante les dépouilles du premier et du plus illustre gouverneur de la Nouvelle-France.
'; Qui sait s'il n'est pas absolument " soutenable qu'elle (la Basilique) ait eu •• un jour l'honneur de recevoir dans son - sein les ossements du fondateur de " Québec? Car, si jamais, après l'abandon 11 ou la ruine de la chapelle de Champlain, •• ces ossements furent tirés de leur •• premier tombeau, (en quelque endroit •; d'ailleurs que nos archéologues se " décident à le placer), ne pourraît-on ■• pas, sans témérité, supposer que des
• translations successives auraient fini •; par les confier à l'église paroissiale, qui
• plus que toute autre semblerait avoir •• eu un droit spécial à ce glorieux " privilège ? Mais ce ne sont là que de •• simples suppositions ou tout au plus •• de douces espérances qui seraient à la " ibis la personnification et le couronne-
■ ment des gloires du passé."