‹ Le Tombeau de Charles BaudelaireChapitre 12 sur 44 · CL. Le Rêve d'un curieux · texte numérisé non relu

CL. Le Rêve d'un curieux

CL!. Le Voyage.

(1, 2, 3) Pièces ajoutées par le P >§te â la !"

(4) L'édition posthume, au lieu' de c Le wag les deuxièmes éditions revues par le Poète, imprime :

. Le wagon enrayé • >n. jusqu'à ce j.'iir. pendant plus d'un quart de siècle reproduit imperturbablement cette grosse erreur typographique, ainsi que le non-sens de la sépulture <lun poë e maudit, etc.

En comparant ces trois tables nous constatons d'abord que la seconde édition contient une inexactitude ; on y lit : augmentée de trente-cinq poèmes nouveaux. La première en contenait cent. La seconde n'en a que cent vingt-six, et non cent trente cinq. Si les éditeurs décomptent les six poèmes supprimés dans la première édition la seconde est augmentée de 32 poèmes nouveaux. Cette petite erreur a été reproduite dans la bibliographie d= Charles Baudelaire (Paris. Pincebourde 1872, page 152.) <i Les trente-cinq pièces ajoutées à la seconde édition des Fleurs du Mal, ajoute l'auteur, sont ici précédées d'un astérisque. » Or, en comptant ces astérisques, on n'en trouve que 32. Faut-il compter séparément les 4 pièces du « Fantôme » (p. 86 de la 2""- éd.) ? Je ne crois pas, puisque « Le Chat » (XXXIV. p. 78), <- Chant d'Automne » (LVI. p. 129), sont également composées de plusieurs pièces, dont l'unité est affi-mée par le chiffre romain inscrit parle Poète en tête du morceau.

Pour sa seconde édition, Baudelaire ne se contenta pas de remplacer les pièces dont la suppression avait été ordonnée et d'en ajouter vingt et quelques autres. Il remania peu ou beaucoup celles qui avaient paru dans la V éd. (J. Le Petit. Documents autographes inédits de Baudelaire. La Plume Ier Juillet 1893.) •

Ensuite, l'étude attentive de ces trois tables indique très clairement le parti-pris du groupement des poèmes, leur architecture secrète, que les initiés découvriront, que le grar.d public (ou le gros public) ignorera toujours.

Examinons d'abord la table de la première édition. Le livre contient 77 poèmes intitulés : Spleen et Idéal, qui forment comme une autobiographie symbolique du poète. La pièce IL Le Soleil devait au commencement symboliser le rôle du poète dans la vie, mais dans la seconde édition Baudelaire remplaçait ce poème par IL l'Alb.tros, également symbolique et transportait le Soleil au N° LXXXVII. des Tableaux Parisiens, rubrique nouvelle. C'est dans les cieux et dans l'azur que commence le prologue de « ce livre atroce » ainsi dénommé par Baudelaire luimême, (i) Le dernier vers de Elévation se rattache à Correspondances. L'idéal plastique et pictural du Poète est chanté dans les pièces V et VI. Son destin aux prises avec la maladie et la misère forment le sujet- des deux sonnets VII et VIII. Les sonnets IX, X, XI, XII dans leur ensemble donnent un tableau de la jeunesse orageuse du poète. Bohémiens en Voyage et l'Homme et la Mer (XIII et XIV) semblent exprimer la nostalgie, la vie libre, aventureuse, et les joies du séjour à Honfleur. C'est encore l'Idéal, sans les spleenétiques images qui vont surgir bientôt.

La Beauté, l'Idéal et la Géante groupés par le poète, achèvent le tableau de ce qu'il aime dans le domaine du Beau. Mais voici que la fanfare erotique éclate dans les Bijoux (XX) et se prolonge sans interruption dans toute la série qui vient immédiatement après jusqu'à la Charogne — où le cycle de Jeanne Duval est interrompu par les images macabres et ce culte de la Mort que nul parmi les poètes n'a égalé. J'ai indiqué dans mes notes que De Pmfundis clamavi est une pièce amoureuse et non théologique. Ceci est bien confirmé par la place que ce poème occupe. Ceux qui suivent en sont le commentaire : le Vampire et le Léthé sont très intimement liés par leur accent d'une sensualité terrible. Pour moi les pièces XXXI, XXXII et surtout XXXI II seraient encore du cycle de Jeanne Duval, ainsi que le Balcon, le sonnet XXXV et le poème XXXVI, mais les sonnets XXXVII et XXXVIII ne se rapportent-ils pas à une autre femme, pure, noble, idéale ? La note a changé, l'accent est autre. Ce n'est plus « la Statue aux yeux de jais », ce sont des yeux diamant es, d'une clarté mystique. La pièce sadique « A celle qui est trop gaie » appartient peut-être à Jeanne Duval, mais Réversibilité et Confession sont spiritualistes et composent avec le chef-d'œuvre incontesté de l'Aube Spirituelle comme les parties d'un tout, où se reflète le culte passionné de l'Idéal. Je serais tenté de classer le Beau Xavire et/ 'Invitation au Voyage dans le cycle de Jeanne Duval, mais V Hèautontimoroumenos est dédié dans la 2mo édition à une femme désignée par les initiales J. G. F.

J'ai trouvé ces mêmes lettres dans la dédicace des « Paradis artificiels », où il est bien question d'une femme. Oui est-elle ? J. désignerait bien Jeanne. Que veulent dire les autres initiales ?

Il me semble que les Fleurs du Mal sont composées de cycles distincts : Autobiographie Symbolique, Cycle de Jeanne Duval, Cycle spiritualiste, Cycle de la Belle aux Cheveux d'or (ou de Marguerite), Cycle du Spleen. J'ai essayé d'indiquer ces vagues conjectures dans les notes des variantes.

Xous ne poursuivrons pas ce travail de groupement que le lecteur peut continuer. Il nous a paru suffisant d'indiquer les traits essentiels de cette architecture secrète signalée par Barbey d'Aurevilly. Pour le moment ce travail ne saurait être mené à bonne fin, la biographie de Baudelaire n'étant pas encore suffisamment étudiée. Une étude de ses textes basée sur les manuscrits s'impose également pour compléter l'étude du Poète. En signalant ces lacunes, nous aurons peut-être suggéré un nouveau travail à quelque curieux, plus favorisé que'nous par la Fortune et le Hasard.

(1) Lettre à M. Ancelle i?66 (Crêpet. LXIV).

Les trois Textes des Fleurs du Mal

OM.ME un acteur enroué, je devrais solliciter ici l'indulgence du public. Ce petit ouvrage ne peut satisfaire ni les bibliographes, ni les gens du monde, ni les lettrés. Pour les premiers, il n'est pas assez crmplet, pour les autres. il n'est pas assez intéressant. Enfin, il n'est pas suffisamment écrit et conserve l'aspect fruste d'une série de fiches cousues les unes aux autres. Cette dernière raison suffirait pour le rendre indigne de l'attention des lettrés délicats et exigeants. Pourquoi et pour qui donc ce travail si défectueux, est-il livré à la publicité ? Pour le petit nombre des Baudeh. fervents.de ceux qui aiment qu'en leur reparle de leur Prête et auxquels t ut, tout ce qui s'v rapporte, fait plaisir, un plaisir de sensuel mystique et de collectionneur. Ces notes leur seront un prétexte a relire une fois de plus les Fleurs du Mal. Les très petits faits prêtent à rire, mais l'auteur de ces notes, souvent minutieuses et mesquines, craint moins d'être taxé de manie que d'encourir le reproche d'avoir abusé de la confiance du lecteur en lui livrant un travail trop incomplet. Qu'il lui soit permis d'invoquer brièvement les circonstances atténuantes que voici: ces notes ont été faites très loin des Bibliothèques de Paris, par un dilettante moscovite, mats fervent ! Fallait il laisser traîner parmi les dossiers ces feuilles consacrées à la gloire d'un grand poète? Oui, dit la Critique. ISVn, dit le comité du Monument de Baudelaire et n'ayant ni le temps, ni le choix p'~ur parfaire une œuvre plus digne, je dépose à la hâte sur les marches du Monument cette rustique offrande.

Ce travail est une étude sur ies deux textes d>"s Fleurs du Mal : celui de la première édition de 1857 et celui de la sei onde édition revue et corrigée par le prête en 1S61 et reproduite dans l'édition posthume de 1S60, celle de Michel L< \y. aiiei des fat tes en plus que le poète n'aurait pas tolérées et que l'éditeur posthume p puis un quai: sans qu'on y prenne

garde. Cett3 'édition se trouve par.out. Le travail aurait dû être fait depuis longtemps car le prête vit dans son œuvre, c'est la sa vraie biographie ou au moins la plus importante et nous ne saurions mieux témoigner notre admiration, qu'en étudiant, jusque dans ses moindres détails, le texte de son œuvre.

La critique professionnelle et dogmatique a été sévère ou méprisante pour Charles Baudelaire. Que de dures paroles ont été proférées à son égard! Toute une vie mail-.' torturée par la misère, terminée par la folie, toute une vie consacrée à la Poésie, à l'Art, n'a pu désarmer les rigueurs des arrêts. Un des plus grands lyriques qu'ait eu la France, fut honni, bafoué et le silence de la tombe, trouble par les acclamations d'un enthousiasme tardif n'a pas encore calmé les colères. Kh bien ! les Mânes du Poète ne doivent pas s'en plaindre. Si quelque parcelle ailée de sa substance erre encore dans i'atmosphere d'où nous vivons, puisse-t-elle, re lumineuse tourbillonnant dans un rayon de s '-'' n'est

point morte encore, car la véritable ni rt, 'esl . ubli.

La première édition des « Fleurs du Mal *> fui annoncée au 'Journal de la Librairie, le Il Juihet i S =; 7 - (i) Le manuscrit avait été remis à Madame Dupuy (:) le 4 Février. (2) La seconde a paru dans la première semaine de Février 1861. (;) La première, avec le titre en r. éditée par Poulet-Malassis et de Bn isc et imprimée dans leur typrgraphie, a Alcnçon. Je ; un exemplaire rarissime de cette édition, trouvé à Pi tersb urg et acheté le 29 mars 1^ les six pièces condamnées.

(1) Crépet. Charles Baudelaire. Œuvres posthumes. Paris. Quamin it^S;. p. LXI. Etude biographique 121 Ibid. p. 139, lettre de Baudelaire. (31 Crépet. p. 145.

L'impression retardée par les notes, surcharges et corrections de l'auteur, dura plus de cinq mois, Baudelaire attachant la plus grande importance à la pureté de son texte. Selon M. Eugène Crépet <i les épreuves conservées par Poulet-Malassis ne contiennent qu'un petit nombre de variantes, car le texte du manuscrit que le poète livrait à l'impression était arrêté depuis longtemps. » D'autre part, de Broise, l'associé de Poulet-Malassis, se plaignait « des surcharges de M. Baudelaire. » LTn ami de Baudelaire, M. Ernest Prarond, dont M. Crépet a publié les notes, affirme que « Baudelaire a toujours beaucoup remanié et corrigé ses vers jusqu'au jour où il les a publiés dans des revues, dans des journaux et enfin en librairie sous le nom de Fleurs du Mal. » (i) M. Prarond se rappelle que les pièces suivantes étaient composées avant la fin de 1843 : l'Albatros ; Don "Juan aux Enfers ; la Géante ; Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne ; une Charogne: Une nuit que j'étais près d'une affreuse "Juive; à une Malabaraise ; le Rebelle ; Les veux de mon enfant (2) ; Je n'ai pas oublié, voisine de la ville...: la Servante au grand cœur ; la Diane cliantait dans la cour des casernes ; L'âme du vin; le Vin du Chiffonnier ; (3) le Vin de l'Assassin.

Baudelaire a-t-il beaucoup remanié ses vers, ou le texte en fut-il arrêté depuis longtemps ? Ouelles en sont les variantes ? Y en a-t-il beaucoup ? Voilà des questions dont l'intérêt pour tout Baudelairien est évident. Théophile Gautier a dit de Baudelaire qu'il était « d'une haute conscience » n'abandonnant à travers les nécessités de la vie une œuvre que lorsque il la croyait parfaite, pesant chaque mot comme les avares de Ouintin Matsys pèsent un ducat suspect, revoyant dix fois une épreuve, soumettant le poète au subtil critique qui était en lui. (Notice.)

Le collationnement des textes était d'ailleurs tout indiqué par ce passage d'une lettre de Baudelaire à son éditeur. La deuxième édition ayant paru dans la première semaine de 1861, (4) l'auteur écrivait : « 35 pièces nouvelles, toutes les anciennes remaniées. » Çjuel était donc ce travail d'épurement, d'autocritique, accompli par le plus impeccable des magiciens ès-lettres ? Qu'avait il remanié: Qu'avait-il changé? Tous ces changements avaient-ils été heureux y N'avait-il pas émondé quelque chef-d'œuvre : Qui avait raison, Gautier ou Asselineau prétendant que le « poète en publiant 12 ans plus tard les pièces des Fleurs du Mal n'eut rien a y changer. » (5).

Le lecteur est prévenu : ce que je lui offre est un commentaire des Fleurs du Mal. Qu'il soit bien utile pour en goûter le charme, je me garderai bien de l'affirmer. Le meilleur commentaire est la lecture à haute voix, dans un milieu sympathique et lettré, accessible à l'émotion et à la pieté. Un autre commentaire de ces poèmes magiques, c'est le silence des nuits, les douleurs de l'existence et la joie des matinées fraîches. Alors le parfum des Fleurs du Mal se répand dans l'àme du lecteur pieux. Ce commentaire, ces notes bibliographiques seraient donc inutiles si elles n'étaient agréables à celui qui s'y consacre. Admirer ce qu'on aime dans ses pais intimes détails, n'est-ce-pas l'essence même de la volupté?

La seconde édition, imprimée chez Simon Raçon et Ci0, à Paris, est ornée d'un portrait de Baudelaire dessiné et gravé par Braquemond. L'édition est également de Poulet-Malassis et de Broise. Le titre est en noir, les noms de l'auteur et des éditeurs en rouge. Ce livre, recherché mais moins rare que la I™ édition, se trouve quelquefois chez les bouquinistes. Je l'ai acheté 10 francs, en 1894, chez M. Albert Foulard (quai Malaquais, Paris). Il annonce sur la couverture : En préparation : Curiosités esthétiques, Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains et Eurêka. Mon exemplaire, très bien conservé, est un élégant volume à grandes marges. Les volumes de l'édition posthume de Michel Lévy ont l'aspect vulgaire du bouquin à 2.75 net et témoignent d'une négligence regrettable. La gravure du por.rait est blafarde. Le meilleur portrait après l'eau-forte de Manet, est la photographie reproduite dans les Œuvres posthumes de Baudelaire. (Crépet loco citato.) Le livre d'Asselineau contient cinq portraits de Baudelaire dessinés par lui-même, Courbet et Manet.

L'édition des Fleurs du Mal d'Alphonse Lemerre est ornée d'un médiocre portrait de Baudelaire, hirsute et barbu, peint par Emile de Roy en 1844, gravé par B. (Braquemond ':) Elle contient 131 poèmes — le même nombre que l'édition Lévy, mais affecte un ordre différent : 16 pièces sont classées sous le titre Nouvelles Fleurs du Mal (5). .9 pièces sont dénommées Epaves. (6) L'édition Lemerre rétablit le titre de la première pièce du Recueil : Au Lecteur au lieu de Préface — un des errata des éditions Lévy. M. Lemerre a également corrigé le scandaleux erratum du 17;; de l'ouvrier et a rétabli « ie wagon enragé » au lieu du wagon enrayé, cher à MM. Lévy. Mais les erreurs du texte dans La Muse malade, Le mauvais Moin', Sépulture, Spleen •t La Mort des Artistes, — que j'ai été le premier, je crois, à signaler — sont reproduites dans l'édition Lemerre : on n'a pas pris la peine de comparer le texte de l'édition Lévy aux textes corrigés par le Poète lui-même.

(il Ibid.XXXI.

(2) Le litre de la pièce XCVI de l'éd posthume est : les Veux ife Berihe.

(31 C'est « ohs Chiffonniers » qu'il faut Premièie ediii<>n p 231 : édition de 1869, p. 297.

(4) Crépet, p. 210.

(31 Charles Asselineau: Charles Baudelaire. Sa vie et son œuvre. Paris. Lemerre 1S59.

'INVITE maintenant le lecteur à ouvrir le volume des « Fleurs du Mal y> édition définitive de Michel I.évy de n'importe quelle année, qu'on peut avoir partout, car le livre se réimprime presque chaque année et se vend comme du pain. Le lecteur trouvera d'abord la notice de Théophile Gautier. En jetant ensuite un regard sur mes notes il y verra le commentaire qui s'y rapporte : observation-, rectifications, notules marginales. Ensuite, il arrivera à la Dédicace, à la Préface de Baudelaire et passant à la première partie du livre intitulée « Spleen et Idéal » il lira dans mes notes l'indication des variantes du texte primitif, de l^s;. Enfin le lecteur abordera les poèmes dont le premier est Bénédiction, marqué du chiffre I romain. Mes notes qui suivent pas à pas les poèmes des Fleurs du Mal lui signaleront les variantes de 1857 et parfois, les rapports qui existent entre une pièce et d'autres, ce que Barbey d'Aurevilly a nommé « l'architecture secrète des Fleurs du Mal. » Dans cette partie de mon travail le lecteur bénévole pourra corriger bien des conjectures risquées par le scoliaste. Enfin, mes notes indiqueront, d'après des travaux précédents, la date de la publication du poème. De cette façon, mon travail, si imparfait qu'il soit, aura son utilité comme le premier essai d'un commentaire que les Baudelairiens pourront compléter de notes marginales ou biffer de bons coups de crayon.

Épigraphe

On dit qu'il faut couler les exécrables choses Dans le puits de l'oubli et au sèpulchre encloses, Et que par les écrits le mal ressuscité Infectera les mœurs de la postérité ; Mais le vice n'a point pour mère la science Et la vertu n'est pas fille de l'ignorance.

(Théodore Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques, liv. II.)

Cette épigraphe n'est plus reproduite dans la 2mo éd. et a disparu depuis. C'est dommage. Les vers violents « donnés au public par le larcin de Prométhée » sont tirés du livre deuxième, intitule Princes. (Jouaust. J872, page 109).

Dans l'édition posthume on trouve une pièce de vers intitulée Epigraplie pour un livre condamné (CXXXIII) où le poète dit au lecteur paisible :

Jette ce livre saturnien Orgiaque et mélancolique.

Le Titre

Le titre romantique « Les Meurs du Mal « trouvé par le critique Hyppolite Babou, un soir, au café Lemblin, ne désigne comme on sait qu'une partie du recueil: 12 pièces sur 100 de la première édition. Des iN'4<\ le recueil était annoncé sous le titre : Les Lesbiennes. En [850, SOUS celui-i i : Les Limbes. Pour le poète lui-même ce sont des <■. Fleurs maladives », comme il le dit dans sa dédicace « au parlait magicien ès-lettres françaises. » Elles sont pour A du bien — bouquet délicieusement parfumé de printannières 1 deurs — avec je ne sais quel.

nations du cimetière de Hamlet. » (Lettre à Baudelaire, [862.) Edouard Thierry veut y voir « les

fleurs... qu'engendrent les cloaques impurs et délétères» fleurs, dirons-nous, inconnues aux botanistes, mais chères à la rhétorique du temps. « Ce nom lugubre, observe le judicieux Dulamon, en défend la lecture aux âmes pures et novices. » Barbey d'Aurevilly, toujours coiffé de son panache, s'écrie que « Les Fleurs du Mal, horribles de fauve éclat et de senteur composent un bouquet empoisonné... mais n'en crevez le titre qu'à moitié. Ce ne sont pas les Fleurs du Mal « c'est le plus violent extrait de ces fleurs maudites. » Emile Deschamps aspire « leurs poisons enivrants, tous leurs parfums terribles. » C'est, pour lui, un bouquet effrayant, comme il le répète dans des vers assez mous qui, malgré l'excellente intention de défendre Baudelaire, s'y emploient avec de singuliers arguments tels que : ...le Réel est ici le sujet. (!) Toutes ces belles choses sont dans l'Appendice de l'édition posthume.

Le poète lui-même a émis deux opinions sur son livre. L'une, destinée aux juges, déclare « le livre empreint d'une spiritualité ardente. » (1) Révolte est précédée, dans la première édition seulement, d'une note que le poète n'a plus reproduite. « Fidèle à son douloureux programme, l'auteur des Fleurs du Mal a dû, en parfait comédien, façonner son esprit à tous les sophismes comme à toutes les corruptions. » Au public également étaient destinées trois préfaces que Baudelaire n'a pu imposer à la pusillanimité de son éditeur. M. Crépet les a retrouvées. Elles sont à relire dans son livre. Ces morceaux sont très remarquables. « Il m'a paru plaisant, dit le Poète, d'extraire la beauté du Mal. Ce livre essentiellement inutile et absolument innocent n'a pas été fait dans un autre but que de me divertir et d'exercer mon goût passionné de l'obstacle. Quelques-uns m'ont dit que ces poésies pouvaient faire du mal, je ne m'en suis pas réjoui. D'autres, de bonnes âmes, qu'elles pouvaient faire du bien ; et cela ne m'a pas affligé. « (2)

Une autre opinion, pas pour le public, est exprimée par Baudelaire dans une lettre à son ami, M. Ancell (28 Février 1S66). C'est la pensée intime du poète. « Faut-il vous le dire à vous qui ne l'avez pas plus deviné que les autres, que dans ce livre atroce, j'ai mis toute ma pensée, tout mon cœur, toute ma religion (travestie), toute ma haine ? Il est vrai que j'écrirai le contraire, que je jurerai mes grands dieux que c'est un livre d'art pur, de singerie, de jonglerie ; et je mentirai comme un arracheur de dents. » (3)

Dans une lettre à Poulet- Malassis (i,r Mai 1859) Baudelaire soulignait ces mots qui résument son propre jugement sur son œuvre : Mes Fleurs du Mal resteront. (4) Ce jugement est confirmé par la postérité.

La Notice

La notice de Théophile Gautier imprimée pour la première fois en tête de l'édition posthume et datée du en Février 1868 contient quelques inexactitudes.

Déjà dans un article publié dans le Moniteur du 9 S:ptembre 1S67, Gautier prétendait que « Baudelaire est né dans l'Inde », — erreur reproduite par Gautier dans une autre notice consacrée à Baude,aire dans le livre de M. Crépet: Les poètes français (Hachette 1863. IV. p. 599). qu'il débuta par des traductions de Poe (nom que Gautier écrit avec un tréma, orthographe fautive, maintenue cependant jusqu'à présent : voyez p. e. les éditions Guillaume) parmi lesquelles il cite Mounsinia {'.) (Monos et una) et les dents de Bérénice (Bérénice). On sait que Baudelaire débuta en 1S45 par un livre sur le Salon.

Notule : Pour les jours de pluie ou de mélancolie noire, je ne saurais trop recommander de parcourir pour se désopiler la rate, la notice du Larousse au mot Baudelaire. On y trouvera outre un réjouissant article de Pontmartin, quelques pensées délicates qui sont au Larousse lui-même : « Espérons les Fleurs du bien. . . Le Ciel n'a pas voulu qu'il meure (en i865) et le repentir poétique est désormais pour lui une dette d'honneur. »

Celle-là n'a pas été dépassée !

(1) Note de C. B.Ed. posthume: Lèvy ; Appendice.

(2) Attesté par Poulet-Malassis et Charles Monselet. Voyez Jules Le Petit, La Plume, I« juillet 1893, « Charles Baudelaire. Documents autographes inédits. »

Cet article reproduit en fac-similé le contrat, daté du 30 décembre 1856, conclu entre Baudelaire et ses éditeurs : Baudelaire vend deux ouvrages. Les Fleurs du Mal et Bric-à-Brac esthétique. Chaque tirage sera de 1.000 exemplaires. L'auteur pour prix de cette vente touchera 25 centimes par exemplaire tiré.

Les Fleurs du Mal ont donc été payées 250 francs ! Deux francs cinquante chaque pièce .

(3) Crépet. p. 2.

(41 Crépet.

(5) Epigraphe pour un livre condamné. L'Examen de Minuit. Madrigal triste. A une Malabaraise. L'Avertisseur. Hymne. La Voix. Le Rebelle. Le Jet d'eau. Les Yeux de Berthe. La Rançon. Bien loin d'ici. Recueillement. Le Gouffre. Les plaintes d'un Icare. Le Couvercle.

(6) Le Coucher du Soleil romantique. A Théodore de Banville. Vers pour un portrait d'Honoré Daumier. Lola de Valence. Sur le Fosse en prison. Le Calumet de piix. La prière d'un Payen. L'Imprévu. La Lune offensée.

COMMENTAIRES DES FLF.t'RS DC MAL

Cet article du Moniteur a été réimprimé avec toutes ses erreurs dans « Portraits Contemporains » de Théophile Gautier. Je cite la 4mo édition, l88l, Charpentier, éditeur, pages 159-164.

Ces erreurs ont heureusement disparu de la Xotice des Fleurs du Mal, mais la date de la naissance — le 21 Avril 1S21 — est inexacte. C'est le 9 Avril qu'indique l'acte de baptême publié par Crépet.

Dans la notice, Gautier affirme que <; la première fois que nous rencontrâmes Baudelaire ce fut ■vers le milieu de 1849,11 l'hôtel Pimodan. »

Ce serait inexact, selon M. Auguste Vitu.

En 18.19, ni Gautier, ni Baudelaire n'habitait l'hôtel de Pimodan. Gautier y aurait passé il doit y avoir trente ans de cela. Cet article attribué à Vitu étant do 1807, ce serait 1S37 qu'il faudrait lire au lieu de 1849 '1

Question litigieuse. (1)

« On nous dit que Baudelaire avait voyagé longtemps da>is l'Inde. » Longtemps est exagéré. Selon Crépet : Départ de Baudelaire pour les Indes : Mai 1N4:, retour en France : Février 1842. Trajet 9 mois. Séjour aux Indes : un mois.

« Le vin de l'ouvrier fait frémir. » Il n'existe pas de pièce de ce nom. Il s'agit probablement du vin de l'assassin.

« Allitération » Gautier n'en cit3 pas d'ex :mple. En voici deux que je ne trouve cités nulle part : Le long fleuve du fiel des douleurs anciennes. (2)

Profond et froid, coupe et fend comme un dard (3). « Le fameux Gaspard delà Nuit d' Aloysius Bertrand"». Il s'agit d'un livre de Louis Bertrand, fantaisie à la manière de Rembrandt et de Callot, précédé d'une notice par M. Sainte-Beuve. Angers, 1S42. Imprimerie-librairie de Victor Pavie. Rue Saint-Louis. A Paris chez Labette, Quai Voltaire. Cette note m'est fournie par le livre de M. L. Derôme : Causeries d'un ami des livres. Les éditions originales des romantiques. I. p. III (Paris Rouvéyre.) Baudelaire cite le livre dans sa préface des «Petits Poèmes en prose » dédiés à Arsène Houssaye. (4)

Dédicace au Poëte impeccable, etc..

reproduite invariablement dans toutes les éditions.

Cette dédicace était d'abord une profession de foi « qui, d'ailleurs, avait pour défaut d'attirer les yeux sur le ente scabreux du volume et de le dénoncer. » Une nouvelle dédicace fut discutée, convenue et consentie par Théophile Gautier. C'est celle qui figure en tête des Meurs du Mal. Baudelaire y attachait un grand prix. «Je vous recommande ma dédicace avec un amour infini, écrivait-il à Poulet-Malassis ; quelque chose de menu, d'élégant, avec proportions et mettant un peu plus en vue les trois ou quatre parties principales. »

Méi ontent de la première épreuve, Baudelaire, le iS Mars iS'57, écrit : « Cette dédicace ne peut pas passer et puisque mon goût diffère du votre — (je maintiens la nécessité de rétrécir la longueur, la hauteur, si vous aimez mieux de rapetisser tous les caractères, les prenant tous d'un œil moins gras,) — je vous offre, et ne vous fâchez pas, de vous rembourser le prix du papier et du tirage de cette feuille. »

Le 24 Mars il attend « la première feuille recomposée avec la nouvelle dédicace. » ...Crépet. 1. c. 144-160.

Tel fut toujours Baudelaire : désintéressé, fervent artiste en tout, sachant bien qu'entre l'idée, le mot et la forme il existe un lien subtil, mais vivant.

(1) Baudelaire etc., par Poulet-Malassis, 1. c. p. 117.

(2) Voyage à Cythère.

(3) Le Chat.

4 Pour Louis Bertrand, qui fut près de devenir un maître. — Voir encore : Asselineau : Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantique vrare ; de Montifaud : Les Romantiques médiocre).

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Sonne/ autographe de CHARLES BAUDELAIRE

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