A CELLE OUI EST TROP GAIE
Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes ; Par les fentes des murs des miasmes fiévreux Filtrent en s* enflammant ainsi que des lanternes, Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.
Ta tète, ton geste, ton air Sont beaux comme un beau paysage , Le rire joue en ton visage Comme un vent frais dans un ciel clair.
L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.
Le passant chagrin que tu frôles Est ébloui par la santé Qui jaillit comme une clarté De tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleurs Dont tu parsèmes tes toilettes Jettent dans l'esprit des poètes L'image d'un ballet de fleurs.
Elle était donc couchée et se laissait aimer, Et du haut du divan elle souriait d'aise A mon amour profond et doux comme la mer, Qui vers elle montait comme vers sa/alaise.
Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé :
Folle dont je suis affolé.
Je te hais autant que je t'aime
Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté, D'un air vague et rêveur elle essayait des poses, Et la candeur unie à la lubricité Donnait un charme neuf à ses métamorphoses.
Quelquefois dans un beau jardih Oit je traînais mon atonie, J'ai senti, comme une ironie.
Le soleil déchirer mon sein :
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins, Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne, Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ; Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,.
Et le printemps et la verdure Ont tant humilié mon cœur, Que j'ai puni sur une fleur L'insolence de la Nature.
S'avançaient, plus câlins que les anges du Pour troubler le repos où mon âme était mi, Et pour la déranger du rocher de cristal Où calme et solitaire, elle s'était assise.
Ainsi je voudrais, une nuit, Quand l'heure des voluptés sonne, Vers les trésors de ta personne, Comme un lâche, ramper sans bruit.
Pour châtier ta chair joyeuse, Pour meurtrir ton sein pardonné.
Et faire à ton flanc étonné Une blessure large et creuse,
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l Aniiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin !
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
— Et la lampe s étant résignée à mourir, Comme le foyer seul illuminait la chambre, Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir, Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !
Et, vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles, Plus éclatantes et plus belles, T'infuser mou venin, ma sœur