‹ Le Tombeau de Charles BaudelaireChapitre 30 sur 44 · QUI SE DISAIT SON AMI · texte numérisé non relu

QUI SE DISAIT SON AMI

Il me dit qu'il était très riche.

Mais qu'il craignait le choléra ;

— Que de son or il était chiche.

Mais qu'il goûtait fort l'Opéra :

— Qu'il raffolait de la nature.

Avant connu monsieur Corot ;

— Qu'il n'avait pas encor voiture, Mais que cela viendrait bientôt ;

— Qu'il aimait le marbre et la brique. Les bois noirs et les bois dorés ;

— Qu'il possédait dans sa fabrique Trois contre-maîtres décorés ;

— Qu'il avait, sans compter le reste.

Vingt mille actions sur le Nord ;

— Qu'il avait trouvé, pour un zeste, Des encadrements d'Oppenord ;

ŒUVRES POSTHUMES DE CHARLES BAUDELAIRE

— Qu'il donnerait (fût-ce à Luzarches l)

Dans le bric-à-brac jusqu'au cou, Et qu'au Marché des Patriarches Il avait fait plus d'un bon coup ;

Vieux Pharaon, à Monselet !

Devant cette enseigne imprévue, y ai rêvé de vous : A la vue Du cimetière, estaminet !

— Qu'il n'aimait pas beaucoup sa femme, Ni sa mère ; — mais qu'il croyait

A l'immortalité de l'âme, Et qu'il avait lu Niboyet !

— Qu'il penchait pour l'amour physique, Et qu'à Rome, séjour d'ennui,

Une femme, d'ailleurs pSithisique, Etait morte d'amour pour lui.

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