DE MADAME JULIETTE ADAM
Monsieur,
Vous me demandez : a Louis Ménard étaitil vraiment païen ?» — Oui et non.
Je l'ai connu au moment de la réaction contre les dernières vibrations du romantisme, alors que, comme dans toute fin de lutte littéraire, on résumait par une formule plaisante les éléments du combat. On disait alors : « Le romantisme, c'est l'exaltation du boursoufflé, de la disproportion, c'est le laid ! » Et l'on personnifiait très volontiers les héros du romantisme par Quasimodo ou par Esméralda.
Louis Ménard, comme quelques-uns, comme moi-même, trouvait au classicisme tel que le romantisme l'avait combattu, des puérilités et des médiocrités ; d'un bond, chacun de nous, que nous disions ou qu'on disait : pàienSy nous étions retournés aux sources de la beauté et de la proportion.
Nous trouvions dans le grand siècle lentement enfanté par la légende homérique, ce que la Grèce à son apogée apporte à ceux qui en alimentent leur pensée, réponse à toutes les questions posées sur l'art, sur la philosophie, sur la religion, sur la science.
Le peuple grec a été le peuple sacré entre tous. Il a fixé sans les épuiser toutes les formes de Tintellectualité humaine. Notre race gallo-grecque ne peut sans péril échapper aux traditions de la Grèce. Un artiste, un écrivain, un savant, un orateur, un moraliste et je devrais dire : un prêtre, ne peuvent posséder la vraie science de leur art, de leur savoir, de leurs connaissances, de leur culte, sans une initiation complète à la Grèce antique.
Louis Ménard n'était païen, lui, initié aux grands mystères d'Eleusis, que comme Ta été Platon, précurseur, suscité par Dieu, de Jésus l'Essénien.
Je lui disais un jour :
, « Il semble que le Très-Haut éduque les fils de l'homme dans le sens religieux, de façon ascensionnelle, tandis que l'homme n'éduque ses enfants que dans le sens sphériqiie. Il y
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a là, comme partout ailleurs, les lois complémentaires qui gouvernent les mondes d*une part et Tinfini de Tautre.
« La Grèce humaine a atteint le zénith des élévations de la pensée humaine. La Grèce religieuse n*a été qu'une étape de Tascension de rame vers le désir.
« Dieu se laisse adorer par les premiers hommes qui naissent sur les mondes encore jeunes, sous la forme de pierre, et se laisse incarner par eux dans la puissance des éléments ; plus tard il se laisse incarner sous Tapparence de monstres, puis, peu à peu, le sens religieux s'affine et le jour arrive où Dieu s'incarne sous la forme humaine de plus en plus belle.
« Les Dieux olympiens s'incarnaient aussi pour préparer dans les masses la compréhension du Dieu fait homme.
a La religion humaine cesse après l'incarnation de Jésus. Elle se spiritualise et sa conception — elle est alors divine — rie devient plus possible qu'à 1 ame. »
Louis Ménard me répondit :
« Je suis homme et m'arrête aux incarna-
tions divines dans Vhomme, mais je ne nie pas la montée ascensionnelle de Tâme vers Vinfini. »
Il était donc, comme je Tétais, alors que nous causions ainsi, païen, comme Platon Tavait été avant nous, en préparation chrétienne.
Veuillez agréer, Monsieur, mes sympathies.
Juliette Adam.