‹ Le tombeau de Louis Ménard: monument du souvenir élevéChapitre 59 sur 81 · LETTRE DE M. FRANÇOIS COPPEE · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. FRANÇOIS COPPEE

Certes, cher Monsieur et ami, j'apporte bien volontiers mon tribut d'amitié et d'admiration à la mémoire de Louis Ménard, que j*ai rencontré, vers 1864 ou 1865, chez Leconte de Lisle et chez Théodore de Banville.

Il fut alors plein de sympathie pour notre groupe de jeunes poètes.

Sans ravoir intimement connu — car il eut toujours le goût de l'isolement, — je ne l'ai jamais perdu de vue, et il m'a toujours témoigné les sentiments les plus cordiaux.

Ignorant que je suis, je ne puis vous parler de sa science d'helléniste, d'historien et de philosophe^ qui, m'a-t-on assuré, était profonde.

Mais j'admirais en lui le poète d'une rare élite, et le parfait prosateur. Les Rêveries d'un païen mystique sont un chef-d'œuvre très injustement ignoré du grand public. J'ai placé ce petit livre sur le même rayon que ceux de Flaubert, et, selon moi, c'est tout dire.

Louis Ménard était un ardent patriote. Il a

cruellement souffert de la crise que traverse en ce moment notre pauvre pays. En 1899, P^^^dant la captivité de Déroulède, qui l'indignait, il m'a écrit plusieurs lettres admirables et dont je suis fier. Ce républicain^ que dis-je ? ce révolutionnaire, qui avait approuvé la Commune de 1871, était, avant tout. Français.

Je garde un souvenir attendri de cet écrivain du plus haut talent, dont le caractère, très original, parfois même bizarre^ était d'une sincérité, d'un désintéressement et d'une indépendance incomparables.

Permettez-moi, cher Monsieur, de vous féliciter. Je vous serre la main.

François COPPÉE.

Page 1