‹ Le tombeau de Louis Ménard: monument du souvenir élevéChapitre 68 sur 81 · PANTHEON · texte numérisé non relu

PANTHEON

Le temple idéal où vont mes prières Renferme tous les Dieux que le monde a connus. Evoqués à la fois dans tous les sanctuaires,

Anciens et nouveaux, tous ils sont venus ;

LE TOMBEAU DE LOUIS MÉNARD i55

Les Dieux qu^enfanta la î^uit primitive Avant le premier jour de la Création, Ceux qu'adore, en ses jours de vieillesse tardive,

La terre, attendant sa rédemption ;

Ceux qui s'entourant d'ombre et de silence.

Contemplent à travers l'Eternité sans fin.

Le monde qui toujours finit et recommence

Dans l'illusion du rêve divin;

Et les Dieux de l'ordre et de l'harmonie, Qui dans les profondeurs du multiple univers, Font ruisseler les flots bouillonnants de la vie,

Et jdes sphères d'or règlent les concerts;

Et les Dieux guerriers, les Vertus vivantes Qui marchent dans leur force et leur mâle beauté. Guidant les peuples fiers et les races puissantes

Vers les saints combats de la liberté;

Tous sont là : pour eux l'encens fume encore, La voix des hymnes monte ainsi qu'aux jours de foi; A Tentour de l'autel, un peuple immense adore ■ Le dernier mystère et la grande loi.

Car c'est là qu'un Dieu s'ofî're en sacrifice : 11 faut le bec sanglant du vautour éternel Ou l'infâme gibet de l'éternel supplice,

Pour faire monter l'âme humaine au ciel.

Tous les grands héros, les saints en prière, Veulent avoir leur part de divines douleurs ; Le bûcher sur l'Œta, la croix sur le Calvaire,

Et le ciel, au prix du sang et des pleurs.

Mais au fond du temple est une chapelle Diserèce et recueillie, où, des cieux entr'ouverts, La colombe divine ombrage de son aile

Un lys pur, éclos sous les palmiers verts.

Fleur du paradis, Vierge immaculée, Puisque ton chaste sein conçut le dernier Dieu, Règne auprès de ton fils, rayonnante, étoilée.

Les pieds sur la lune, au fond du ciel bleu.

Panthéon dont le suprême étage s'étoile et se parfume du Lys Virginal, aux mains de cette candide déesse du Christianisme dont le païen mystique a noblement parlé — et qui lui sourit.

Robert de MONTESQUIOU.

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