SCÈNE III
Emilie, Dubois.
Dubois.
Pour la confidente de Madame, tu ne me parois pas mal avec Monsieur.
Emilie.
J'aurois été mieux si j'eusse voulu ; mais je suis sa servante.
Dubois.
Pendant qu'elle dort, ma sœur, mets-moi un peu au fait de la maison, que je ne fasse pas de gaucherie. Y a-t-il maintenant quelqu'un qui en soit occupé?
Emilie.
Quelqu'un ? Tout le monde, apparemment.
Dubois.
J'entends bien, il y a sans doute quelqu'un de préféré.
Emilie.
Au contraire.
Dubois.
Je ne t'entends plus.
ÉsnLiE.
C'est que tu n'as pas d'usage ; Je vais m'expliquer. Nous avions un amant
l'année passée, ma foi, le meilleur colonel de l'armée : il est allé voir les
manœuvres du roi de Prusse, et nous en sommes restés, nous, aux troupes
nationales.
Dubois.
Comment?
Emilie.
Mon Dieu! que tu es bête! Pendant qu'il apprenoit son métier d'une manière, on le lui apprenoit de l'autre. M. le Comte de Marsal a eu l'imprudence de dire, avant de partir, un peu trop de mal d'un homme aimable, il l'a accusé de n'avoir rien de sacré ; nous l'avons rencontré, et traité avec dédain : cela n'a pas empêché qu'il ne nous ait inspiré un peu de curiosité : un homme qui n'a rien de sacré n'est pas dangereux, et on est tenté de voir de quoi il est capable. M.- de Mirville s'est trouvé partout, s'est ménagé, sans faire semblant de rien, une explication au bal de l'Opéra : un homme qui a de l'esprit et de la grâce n'a jamais tort quand il s'explique; enfin depuis un mois, c'est fini, et nous n'attendons que le moment de terminer. Mais, avec Madame, il faut une fière exactitude pour ne pas lui manquer. Ce n'est pas qu'elle n'ait infiniment de goût pour lui ; mais c'est qu'il n'est pas dans notre caractère de sacrifier ou de renoncer à la chose qui nous plaît le moins. Ce qui nous embarrasse, c'est que voilà M. de Marsal revenu. C'est un de ces hommes qui se conduisent toujours bien, et à qui on n'a jamais rien à reprocher. Le public a comme cela des amis, à qui il est impossible de donner ce qui s'appelle un congé, et on ne peut pas espérer qu'ils le prennent: on les évite bien ; mais ils n'ont pas d'affaires, et, à la fin, ils vous joignent.
LE TON DE IWniS ol LK> .\.\I.\N> DK lt().\.\i: CU.M l'.vc.MI-; 7