MARTIN, COLIN
FM A R T I N, ( de la coulife. ) Anchette ?
COLIN, (à part , travaillant. ) Voyez-vous ! toujours Fanchette !
MARTIN
Colin , où eft Fanchette ?
COL1 N, à part.
Divertifïbns-nous à l'impatienter.
( Il redit le couplet ci -devant, ) En revenant de Charanton , Promenez-vous belle , Promenez-vous donc.
MARTIN, après l'avoir écouté d'un air impatient. Colin ;
COLIN
Au diable ! ( continuant le couplet. ) Je rencontris > &c.
M A R T I N , lui mettant la main fur la bouche. Chanteur maudit, m'écouteras-tu ?
COLIN
Ah! c'eft vous, not' Bourgeois ? Eh ! que diable, vous criez comme un fourd.
MARTIN
Pourquoi ne me réponds-tu pas quand je te parle ?
COLIN
Pourquoi m'interrompez-vous quand je travaille. J'étoïs dans renthoufiafme , encore un coup de verlope , & je vous finiiTois une douve d'un propre...
MARTIN
Il n'eft pas queition de cela.
COLIN
J'aurois donné fix francs que cette douve fût finie à mon goût.
MARTIN
Je te dis encore une fois , qu il n'eit pas queftion.
OPÉRA-BOUFFON. i*
C O L IN, avec emphafe.
Voyez quel tour ça prenoit , quelle grâce , quelle délicatefTe! >
MARTIN
Veux-tu te taire.
COLIN
Morbleu , après cela je ne travaille plus , & je jette tout au diable. ( Il jette fin ouvrage fur les jambes de Martin. ) M A R T I N.
Ave... ce coquin m'a eftropié.
COLIN
Dame , excufez 5 que ne vous rangiez-vous ? c'eft un refte de feu de l'action.
MARTIN, Pefte foit de l'a&ion / Où eft Fanchette?
COLIN
Fanchette ? Elle n'eft pas ici.
MARTIN
Je le fais bien.
COLIN
Pourquoi donc me la demandez-vous ? Laiflez-moi tra-» vailler.
MARTIN
Je te demande en quelle maifon , en quel endroit, chez quelle perfonne elle eft allée ? Eft- ce afTez m'expliquer ? M'entends-tu l
COLIN
Oh ! oui , cela eft clair. Savez- vous bien le Jardin de M. Perfil ?
MARTIN
Oui.
Eh bien , ce n'eft pas là. Mais au bout de ce jardin , entrez chez Magdeîeine le Hargneux , qui vous montroit à deux doigts du temps de votre défunte d'heureufe mémoire 5 c'eillà. Etes-vous content ?
MARTIN
Oui : excepté de tes réflexions , qui font impertinentes. Mais changeons de propos. J'ai une grâce à te demander. COU N.
Air:
Nous autres bons villageois.
Ah , ah ! voyons , de quoi s'agît-il ? M ART IN.
De décamper d'ici tout-à l'heure.
COLIN
Qui !
MARTIN
Toi.
COLIN
Moi! allons donc , vous voulez rire.
MARTIN
Non, non, je ne ris pas. C'eit tout de bon.
COLIN
Vous riez tout en difant ça.
MARTIN
Eh ! non , je ne ris pas j c'eit tout de bon, je te dis... Se... tout de bon.
COLIN
Eh bien not' Maître, v'Ia qu'eft dit ; Je m'en vas ; nous compterons même une autre fois , fi ça vous fait plaifir j mais quoique nous nous quittions ; ça n'empêche pas que nous ne reliions amis , n'eft-ce pas?
MARTIN
A îa bonne heure , mais que ce foit de loin.
Vous ne me refuferez peut-être pas non plus un petit plaifir ?
MARTIN
Qu'eft-ceque c'eft?
COLIN
De venir à la noce.
MARTIN
La noce de qui ?
COLIN
Eh pardi ! de Fanchette & de moi.
MARTIN
Ecoute , Colin ; vois-tu bien ce bras-là ?
COLIN
Oui, parbleu , ilreffemblel'épée d'un maltotier ; il branle dans le manche.
MARTIN
Devines-tu à-peu-près ce qu'il peut pefer , muni d'un bon baron ?
COLIN
Non.
MARTIN
Eh bien ! s'il t'arrive de dire mot à Fanchette , je te l'apprendrai, fouviens-c-en.
COLIN
Allons donc.