‹ Le tonnelierChapitre 10 sur 24 · MARTIN, COLIN · texte numérisé non relu

MARTIN, COLIN

FM A R T I N, ( de la coulife. ) Anchette ?

COLIN, (à part , travaillant. ) Voyez-vous ! toujours Fanchette !

MARTIN

Colin , où eft Fanchette ?

COL1 N, à part.

Divertifïbns-nous à l'impatienter.

( Il redit le couplet ci -devant, ) En revenant de Charanton , Promenez-vous belle , Promenez-vous donc.

MARTIN, après l'avoir écouté d'un air impatient. Colin ;

COLIN

Au diable ! ( continuant le couplet. ) Je rencontris > &c.

M A R T I N , lui mettant la main fur la bouche. Chanteur maudit, m'écouteras-tu ?

COLIN

Ah! c'eft vous, not' Bourgeois ? Eh ! que diable, vous criez comme un fourd.

MARTIN

Pourquoi ne me réponds-tu pas quand je te parle ?

COLIN

Pourquoi m'interrompez-vous quand je travaille. J'étoïs dans renthoufiafme , encore un coup de verlope , & je vous finiiTois une douve d'un propre...

MARTIN

Il n'eft pas queition de cela.

COLIN

J'aurois donné fix francs que cette douve fût finie à mon goût.

MARTIN

Je te dis encore une fois , qu il n'eit pas queftion.

OPÉRA-BOUFFON. i*

C O L IN, avec emphafe.

Voyez quel tour ça prenoit , quelle grâce , quelle délicatefTe! >

MARTIN

Veux-tu te taire.

COLIN

Morbleu , après cela je ne travaille plus , & je jette tout au diable. ( Il jette fin ouvrage fur les jambes de Martin. ) M A R T I N.

Ave... ce coquin m'a eftropié.

COLIN

Dame , excufez 5 que ne vous rangiez-vous ? c'eft un refte de feu de l'action.

MARTIN, Pefte foit de l'a&ion / Où eft Fanchette?

COLIN

Fanchette ? Elle n'eft pas ici.

MARTIN

Je le fais bien.

COLIN

Pourquoi donc me la demandez-vous ? Laiflez-moi tra-» vailler.

MARTIN

Je te demande en quelle maifon , en quel endroit, chez quelle perfonne elle eft allée ? Eft- ce afTez m'expliquer ? M'entends-tu l

COLIN

Oh ! oui , cela eft clair. Savez- vous bien le Jardin de M. Perfil ?

MARTIN

Oui.

Eh bien , ce n'eft pas là. Mais au bout de ce jardin , entrez chez Magdeîeine le Hargneux , qui vous montroit à deux doigts du temps de votre défunte d'heureufe mémoire 5 c'eillà. Etes-vous content ?

MARTIN

Oui : excepté de tes réflexions , qui font impertinentes. Mais changeons de propos. J'ai une grâce à te demander. COU N.

Air:

Nous autres bons villageois.

Ah , ah ! voyons , de quoi s'agît-il ? M ART IN.

De décamper d'ici tout-à l'heure.

COLIN

Qui !

MARTIN

Toi.

COLIN

Moi! allons donc , vous voulez rire.

MARTIN

Non, non, je ne ris pas. C'eit tout de bon.

COLIN

Vous riez tout en difant ça.

MARTIN

Eh ! non , je ne ris pas j c'eit tout de bon, je te dis... Se... tout de bon.

COLIN

Eh bien not' Maître, v'Ia qu'eft dit ; Je m'en vas ; nous compterons même une autre fois , fi ça vous fait plaifir j mais quoique nous nous quittions ; ça n'empêche pas que nous ne reliions amis , n'eft-ce pas?

MARTIN

A îa bonne heure , mais que ce foit de loin.

Vous ne me refuferez peut-être pas non plus un petit plaifir ?

MARTIN

Qu'eft-ceque c'eft?

COLIN

De venir à la noce.

MARTIN

La noce de qui ?

COLIN

Eh pardi ! de Fanchette & de moi.

MARTIN

Ecoute , Colin ; vois-tu bien ce bras-là ?

COLIN

Oui, parbleu , ilreffemblel'épée d'un maltotier ; il branle dans le manche.

MARTIN

Devines-tu à-peu-près ce qu'il peut pefer , muni d'un bon baron ?

COLIN

Non.

MARTIN

Eh bien ! s'il t'arrive de dire mot à Fanchette , je te l'apprendrai, fouviens-c-en.

COLIN

Allons donc.

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