‹ Le tonnelierChapitre 12 sur 24 · MARTIN , FANCHETTE · texte numérisé non relu

MARTIN , FANCHETTE

VF A N C HE T T E , avec gahté.

Ous êtes dé bonne humeur, not' Maître, car on vous entend chantercrVioin.

MARTIN

Voici la friponne. ( brufquement. ) D'où venez-vous?

FANCHETTE, intimidé*.

De chez Magdereine.

MARTIN

Qu'avez -vous- là >

FANCHETTE

C'eft un gâteau que Magdeleine m'adonne pour goûter avec Colin.

MARTI N

Et l'avez-vous vu Colin ?

FANCHETTE

Non vraiment.

MARTIN

Regardez-moi. là , que je voie fi Vous mentez.

FANCHETTE, tremblante.

Je ne ments pas , demandez plutôt.

MARTIN, d'un ton plus doux.

Ecoute .* Fanchette , ne te fâche pas ; car to ut ce que j'ai fait jufqu'à préfent,c'eft pour ton bien : je viens de renvoyer Colin j c'eft un mauvais fujet, un libertin > promets-moi de ne plus revoir ce drôle-là.

FANCHETTE

Vous avez renvoyé Colin ? Pourquoi donc ? Quel mal at-il fait? MA R T I N.

Quel mal ? Il eft trop jeune d'abord j & puis trop pareffeux quand je fuis à la maifon , & trop éveillé quand je n'y fuis pas. Enfin , fuffit , il me déplaît.

FANCHETTE

Mais il eft plein d'attention pour moi.

MARTIN

Tant pis,morbleu ; tant pis,voilà le mal.

FANCHETTE

Mais voyez le grand mal.

Près de moi <lans la boutique ; Colin travaille du matin :

L'ouvrage fait, il s'applique A cultiver notre jardin.

Par fois à la cli-muffette; Quand le jour tombe & s'en va ; Nous jouons fous la coudrette :

Quel mal trouvezvous donc-là S

MARTIN

Voilà ce qui me chagrine , Tu fuis fouvent feule au jardin , Puis afin qu'il te devine, Tu dis , c'eft fait , c'eft fait , Colin : Colin accourt : réponds de grâce > Qu'arrive-t-il de tout cela ?

FANCHEETTE.

Je fuis prife, il prend ma place 5 Quel mal trouvez-vous donc là?

Quand je fuis ici feulette, Ne venez-vous pas près de moi Me dire , chère Fanchette , Tiens , je brûle d'amour pour toi ; Colin en agit de même ; Puis- je me fâcher de ça ?

Comme vous il dit qu'il m'aime > Quel mal trouvez vous donc là?

Enfin , je ne veux plus que tu lui parles. Fais-moi ce plaiiir , ou je me fâcherai.

FANCHETTE

FANCHETTE, d'un air piqué.

Et s'il vient me parler lui ?

MARTIN

Ferme-lui la porte au nez.

FANCHETTE, encore plus piquée.

Si je le rencontre dans la rue ?

MARTIN

Tourne-lui le dos \ fais ce que je te dis , Fanchette , fais ce que je ce dis , tu feras ma petite femme , je me ferai beau pour te plaire. Je t'aimerai, je te carefTerai , je te... Tu bailles \ FANCHETTE.

A propos.

MARTIN

Qu'eft-ce que c'eft ?

FANCHETTE

Maître perfîi a envoyé fon gapçon ici.

MARTIN

Pourquoi faire ?

FANCHETTE

Pour vous dire que leur bourgeois arrivoit ce foîr > & qu'il falloic lui porter votre mémoire pour être payé de ce que vous avez fourni pour fon jardin.

MARTIN

Parbleu , il y a allez de temps qu'il me fait attendre.

FANCHETTE

Il faut y aller ce foir.

Ce foir; allons, ne perdons point de temps , c'eft de l'argent qui me revient } fais tu à peu près ce qu'il me doit ï FANC'HETT E.

Non, vous l'avez écrit là-haut.

MARTIN

Bon ; c'eft un compte qui fera bientôt fait. Voyons.

FANCHETTE

Vous feriez plus tranquille dans votre chambre.

MARTIN, prend une douve , 6* s'affted.

Quatre tonneaux bien reliés, prefque tous neufs, pour recevoir l'eau des puits, à quatre francs chacun , ça fait... quatre & quatre font huit. Huit & huit... Combien ça fait-il ? FANCHETTE.

Huit & huit font feize.

MARTIN , tire de-fa poche de la craie blanche , & additionne fur la douve.

Oui , oui , c'eft jufte , ça fait feize francs î en feize pofe fix... Non , non, ce n'eft pas cela.

FNANCHETTE.

Vraiment non , ce n'eft pas cela.

MARTIN

Tu dis huit & huit font feize, û'eft-cc pas ?

iS LETONNELTER.

FANCHETTE

Sans doute.

MARTIN

Eh bien, huit & huit... font... Ce n'eft pas cela non plus. (jetant la douve par terre. ) Ce maudit Milicien m'a tout étourdi ; je ne fais plus ce que je fais.

FANCHETTE

Je vous dis encore une fois , que vous feriez plus tranquille dans votre chambre y il y a une plume & du papier. J'y vais, j'expédierai ça tout de fuite, afin que j'aie encore le temps de travailler à ce cuvier pour palîer une heure avec toi : cela te fera- 1 il plaifir ?

FANCHETTE

Oui : ( à part. ) pendant ce temps- là , Colin viendra peut-

être.

MARTIN,* part.

Elle dit oui ; la pauvre enfant m'aime toujours; en attendant, tiens, occupe toi à arranger la boutique; remets tous ces outils en leur place ; balaie ces coupeaux » accoutume-toi de bonne heure au ménage.

FANCHETTE

Allez, allez, fongez à votre mémoire, & ne perdez pas de temps.

MARTIN

Si quelqu'un vient me demander, dis que je fommeiIIe,que je ne me porte pas bien , afin qu'on ne m'interrompe pas.

(Ilfort.)

tg£== *»Jgfe*g — : #3

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