MARTIN , FANCHETTE
VF A N C HE T T E , avec gahté.
Ous êtes dé bonne humeur, not' Maître, car on vous entend chantercrVioin.
MARTIN
Voici la friponne. ( brufquement. ) D'où venez-vous?
FANCHETTE, intimidé*.
De chez Magdereine.
MARTIN
Qu'avez -vous- là >
FANCHETTE
C'eft un gâteau que Magdeleine m'adonne pour goûter avec Colin.
MARTI N
Et l'avez-vous vu Colin ?
FANCHETTE
Non vraiment.
MARTIN
Regardez-moi. là , que je voie fi Vous mentez.
FANCHETTE, tremblante.
Je ne ments pas , demandez plutôt.
MARTIN, d'un ton plus doux.
Ecoute .* Fanchette , ne te fâche pas ; car to ut ce que j'ai fait jufqu'à préfent,c'eft pour ton bien : je viens de renvoyer Colin j c'eft un mauvais fujet, un libertin > promets-moi de ne plus revoir ce drôle-là.
FANCHETTE
Vous avez renvoyé Colin ? Pourquoi donc ? Quel mal at-il fait? MA R T I N.
Quel mal ? Il eft trop jeune d'abord j & puis trop pareffeux quand je fuis à la maifon , & trop éveillé quand je n'y fuis pas. Enfin , fuffit , il me déplaît.
FANCHETTE
Mais il eft plein d'attention pour moi.
MARTIN
Tant pis,morbleu ; tant pis,voilà le mal.
FANCHETTE
Mais voyez le grand mal.
Près de moi <lans la boutique ; Colin travaille du matin :
L'ouvrage fait, il s'applique A cultiver notre jardin.
Par fois à la cli-muffette; Quand le jour tombe & s'en va ; Nous jouons fous la coudrette :
Quel mal trouvezvous donc-là S
MARTIN
Voilà ce qui me chagrine , Tu fuis fouvent feule au jardin , Puis afin qu'il te devine, Tu dis , c'eft fait , c'eft fait , Colin : Colin accourt : réponds de grâce > Qu'arrive-t-il de tout cela ?
FANCHEETTE.
Je fuis prife, il prend ma place 5 Quel mal trouvez-vous donc là?
Quand je fuis ici feulette, Ne venez-vous pas près de moi Me dire , chère Fanchette , Tiens , je brûle d'amour pour toi ; Colin en agit de même ; Puis- je me fâcher de ça ?
Comme vous il dit qu'il m'aime > Quel mal trouvez vous donc là?
Enfin , je ne veux plus que tu lui parles. Fais-moi ce plaiiir , ou je me fâcherai.
FANCHETTE
FANCHETTE, d'un air piqué.
Et s'il vient me parler lui ?
MARTIN
Ferme-lui la porte au nez.
FANCHETTE, encore plus piquée.
Si je le rencontre dans la rue ?
MARTIN
Tourne-lui le dos \ fais ce que je te dis , Fanchette , fais ce que je ce dis , tu feras ma petite femme , je me ferai beau pour te plaire. Je t'aimerai, je te carefTerai , je te... Tu bailles \ FANCHETTE.
A propos.
MARTIN
Qu'eft-ce que c'eft ?
FANCHETTE
Maître perfîi a envoyé fon gapçon ici.
MARTIN
Pourquoi faire ?
FANCHETTE
Pour vous dire que leur bourgeois arrivoit ce foîr > & qu'il falloic lui porter votre mémoire pour être payé de ce que vous avez fourni pour fon jardin.
MARTIN
Parbleu , il y a allez de temps qu'il me fait attendre.
FANCHETTE
Il faut y aller ce foir.
Ce foir; allons, ne perdons point de temps , c'eft de l'argent qui me revient } fais tu à peu près ce qu'il me doit ï FANC'HETT E.
Non, vous l'avez écrit là-haut.
MARTIN
Bon ; c'eft un compte qui fera bientôt fait. Voyons.
FANCHETTE
Vous feriez plus tranquille dans votre chambre.
MARTIN, prend une douve , 6* s'affted.
Quatre tonneaux bien reliés, prefque tous neufs, pour recevoir l'eau des puits, à quatre francs chacun , ça fait... quatre & quatre font huit. Huit & huit... Combien ça fait-il ? FANCHETTE.
Huit & huit font feize.
MARTIN , tire de-fa poche de la craie blanche , & additionne fur la douve.
Oui , oui , c'eft jufte , ça fait feize francs î en feize pofe fix... Non , non, ce n'eft pas cela.
FNANCHETTE.
Vraiment non , ce n'eft pas cela.
MARTIN
Tu dis huit & huit font feize, û'eft-cc pas ?
iS LETONNELTER.
FANCHETTE
Sans doute.
MARTIN
Eh bien, huit & huit... font... Ce n'eft pas cela non plus. (jetant la douve par terre. ) Ce maudit Milicien m'a tout étourdi ; je ne fais plus ce que je fais.
FANCHETTE
Je vous dis encore une fois , que vous feriez plus tranquille dans votre chambre y il y a une plume & du papier. J'y vais, j'expédierai ça tout de fuite, afin que j'aie encore le temps de travailler à ce cuvier pour palîer une heure avec toi : cela te fera- 1 il plaifir ?
FANCHETTE
Oui : ( à part. ) pendant ce temps- là , Colin viendra peut-
être.
MARTIN,* part.
Elle dit oui ; la pauvre enfant m'aime toujours; en attendant, tiens, occupe toi à arranger la boutique; remets tous ces outils en leur place ; balaie ces coupeaux » accoutume-toi de bonne heure au ménage.
FANCHETTE
Allez, allez, fongez à votre mémoire, & ne perdez pas de temps.
MARTIN
Si quelqu'un vient me demander, dis que je fommeiIIe,que je ne me porte pas bien , afin qu'on ne m'interrompe pas.
(Ilfort.)
tg£== *»Jgfe*g — : #3