SCENE XIII
Les Precedens, GERVAIS.
GERVAIS, U eft-ce qu'il y a donc ?
MARTIN
Ah! Maître Gervais , je fuis aflaflîné ! Votre coquin de neveu m'a fait damner aujourd'hui : aidez- moi a le roder. G E R V A I S.
Doucement , Maître Martin ; n'embrouillons point les moutures: parlons d'une affaire qui me regarde i & puis nous viendrons à la vôtre.
MARTIN
Volontiers , pourvu que....
GERVAIS
Vous me devez cent écus , Maître Martin.
MARTIN
Cela eft vrai, (h part. ) Que diable vient-il me demander? ( haut. ) Votre coquin de neveu m'a fait... GERVAIS.
Votre billet eft échu depuis long temps j je veux être payé.
MARTIN
Diable emporte fi j'ai le fou.
GERVAIS
Arrangez-vous ; il me faut de l'argent , & tout-à-1'heure , ou demain je vous fais exécuter.
MARTIN
Encore un coup , Te n'ai pas le fou.
GERVAIS
Tant pis: nous vendrons vos meubles. Votre feiviteur , Maître Martini à demain.
MARTIN
Quel embarras ! Mais écourez-donc ?
GERVAIS
Que voulez-vous que )'écoute?C'e(t de l'argent qu'il me faut.
MARTIN
Mais on peut s'arranger 5 je fuis honnête-homme, après tout.
GERVAIS, s'en allant.
C'eft ce qu'il faut voir.
COLIN.i Martin.
Mon oncle, Maître Martin dit qu'il eft honnête homme rftais il n'a pas d'argent : cela eft allez commun > tenez , faifons une chofe: v'ià Fanchette quimefervira de nantilTement que Maître Martin me la donne en mariage, je me charge d< fa dette.
Comment! comment coquin !
GERVAIS
Un moment; mais cette proportion- là meparoît aflfezraifonnable , Maître Martin ?
MARTIN
Comment .' il faudra que je perde Fanchette /
GERVAIS
Aimez vous mieux aller en prifon? Après toutes réflexions faites , j'aime mieux mon argent.
Canon.
Martin. Attendez quelque temps , Gervais. Moi vous donner du temps, Colin. Si vous donnez du temps,
Fanchette. Voyez l'entêtement !
Martin. Et vous ferez. content j Gervais. C'eft prier vainement ; Colin. Vous perdez votre argent ;
Fanchette. S'obftiner méchamment, Martin. Car je ne puis en ce moment , Gervais. \\ me faut mon argent comptant. Colin. II faut payer abfoiument ,
Fanchette. Lorfqu'il pourroit incelTamment , Martin. Je ne puis payer fans argent. Gervais. Ou bien en prifon fur le champ. Colin. Ou bien votre confentement.
Fanchette. Mettre fin à leur différend. MARTIN.
J'enrage ! les traîtres m'ont joué la frironne ne m'aime
point... Pépoufer malgré elle... il m'en arriveroit quelque malheur.. Allons Maître Gervais , plus de purocès , reftons bons amis.
GERVAIS
Confemez vous ?
OPÉRA-BOUFFON. iy
MARTIN
Oui. Je gagne cent écus pour ne pas faire unefottife : ilya plaifîr de devenir fage à ce prix-là.
. GERVAIS, Ah ! pour le coup , je fuis charmé de vous voir raîfonnable.