‹ Le torrentChapitre 40 sur 176 · ACTE I, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XII

SAINT-PHOIN

Ce n'était pas pour moi... j'ai découvert, depuis, des lettres qui m'ont éclairé. Figuretoi qu'elle aimait un jeune homme qui était commis dans un grand magasin de rubans de la rue de Cléry... Ce jeune homme, qui était très beau, était devenu l'amant de la patronne; c'est alors que notre petite amie a avalé de l'arsenic... ou de la magnésie, on n'a jamais su au juste... la femme de chambre a dit que c'était une poudre blanche. Moi, je crois que c'était de la magnésie, parce qu'après, elle allait beaucoup mieux. Enfin, disons qu'elle a fait une tentative d'empoisonnement; mais ce n'était pas pour moi... seulement, on l'a toujours cru et je l'ai laissé croire... ce qui m'a valu un tas de bonnes fortunes.

VERSANNES

Usurpées.

SAINT-PHOIN

Oui... mais quand je viens ici, quand je vois la vie paisible que l'on peut mener à la

campagne, loin des villes, j ai bien envie de devenir ton voisin, d'acheter une vieille habitation dans ce paysrci, avec une belle ferme que j'exploiterais... ça m'amuserait...

VERSANNES

Tu t'en lasserais bien vite ; moi aussi, dans les commencements, ça m'a amusé, c'est vrai, intéressé, passionné même ; c'était une vie nouvelle pour moi. Et puis, il fallait tout apprendre, je ne savais rien et le temps passait vite dans le travail ; mais à présent que tout est organisé et suit son courant, c'est une vie assez monotone, en somme. Et puis, les relations avec les paysans... c'est terrible; il faut se défendre constamment ; tu ne t'imagines pas à quelles gens on a affaire î On voudrait leur bien, mais ils découragent les meilleures volontés. Parfois, je me dis : à quoi bon ? Et je m'ennuie !

MORINS

Vous ne parliez pas ainsi tout à l'heure. Vous sembliez au contraire plein d'ardeur et

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