SCENE
sine... car on ne nous l'épargnait pas, le raisiné, à l'école... Mais commenl donc vous appelez-vous?
LOUISE
Tune me reconnais pas, moi, Louise, la meilleure amie ?
CHARLOTTE
Si fait... si fait... attends donc... je me rappelle à présent... {La serrant dans ses bras.) Louise !... LorisE, de même.
Ma bonne Charlotte!
CIIABLOTTE.
Comme on se trouve I... On a bien raison de dire : Il n'y a que les montagne pour se rencontrer... Mais dis-moi donc... comment se fait-il que lu sois ici, dans cette prison?
LOriSE.
Ah ! c'est une bien triste histoire...
CHARLOTTE
Pauvre Louise !... conte-moi ça.
LOUISE
Tu sais que j'étais à Paris chez une bonne tante qui s'était chargée de mon instruclion.
CHARLOTTE
M™« Dumonl , maîtresse d'école... tiens, puisque c'est laque nous nous connûtes... Elle m'en a donné, de ces coups de martinet sur les ongles, car c'est par le bout des doigts qu'elle \ous incrustait la grammaire... un système d'éducation très-répandu.
LOUISE
Mon père, un brave soldai, m'avait confiée aux soins de celle digne femme, qui m'aimait comme sa fille... eh bien ! ces soins , celte tendresse... la reconnaissance qu'ils m'imposaient, j'ai loul oublié, tout méconnu...
f.UARLOTTE.
Toi?
LOUISE
Lejeuneparent d'unedenos camarades, monsieur de Vernon .venait souvent lui rendre visite. D'abord timide et craintif, il ne m'adressa que des regards... puis , enhardi peut-être par les miens , il osa m'écrire, me parler... et plus lard...
CHARLOTTE
Connu, je comprends... Ah! scélérat d'amour!... petit gredin de sans-culotte !... tu nous feras donc toujours faire des bêtises?... Et ce jeune homme, est-il gentil?... Qu'est-ce qu'il faisait, de son état?
LOUISE
C'était un gentilhomme.
CHARLOTTE
État superbe ! Quoique les nobles, ça soit bien tombé maintenant... Enûn, tu l'aimais, voilà ton excuse.
LOUISE
Ah ! il fallait bien que cet amour se fût emparé de toute mon âme, pour me faire oublier mon père, mon pauvre père qui se battait, pendant que moi... Ah! s'il avait été là, sa tendresse m'eût retenue. ..je ne l'aurais pas abandonné... Mais absent depuis dix ans déjà... car la guerre l'avait séparé de moi... son souvenir n'a pas été assez fort contre l'amour et les prières de celui que j'aimais... Pauvre père! combien de fois je me suis reproché ma faute ! que de larmes j'ai versées en pensant à lui !
CHAULOTTE.
Et tu n'as jamais eu de ses nouvelles?
LOUISE
Cinq ans plus tard , j'ai su qu'après une sanglante