‹ Le tour du monde en 240 jours [microforme] (volume 2)Chapitre 156 sur 307 · L'OPIUM · texte numérisé non relu

L'OPIUM

triste trafic, elles disent au commissaire d’émigretion qu’elles sont libres, et qu’elles se rendent à Singapore auprès de leurs parents.

Le commissaire passe de longues heures à examiner et à interroger les émigrants, et lorsqu'il est convaincu de leur libre mouvement, il les marque sur le bras. Cette opération nous retarde, et ce n’est qu’à h. du soir que le navire lève l’ancre.

Je trouve aussi à bord quelques familles juives, arabes, autrichiennes et persannes.

En 1"° classe une cabine est occupée par une famille chinoise qui ne sort Jamais, les autres par deux Américains, deux Anglais, moi et deux Parsis de Bombay. Ceux-ci me donnent sur l’Inde d’utiles renseignements. Je les questionne sur Popium: dans le Bengale, le gouvernement anglais en à le monopole; il en fabrique de deux qualités, celui de Bénarès et celui de Patna. Tous les mois, les bateaux des Compagnies Jardine et Sassoun vont en chercher les caisses à Calcutta et les portent à Hong-Kong. Là, un entrepreneur chinois, auquel le gouvernement anglais loue le monopole, le prépare pour être fumé, le met en fioles et l’expédie dans l’intérieur. Chaque caisse pèse 165 livres, et le gouvernement la vend 620 dollars (3.100 fr). Dans la

présidence de Bombay on récolte un 6pium plus

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fort appelé malva opiu ; le gouvernement n’en a pas le monopole, mais 1l prélève sur chaque caisse de 140 livres un droit de 750 roupies (1600 fr.). Vendredi, 18 Novembre. Le roulis est si fort qu’il est impossible de se tenir debout; le ravire est presque vide et roule d’autant plus; la chaleur commence à devenir accablante: nous voguons vers le sud, à l’ Equateur, et malgré la double tente sur le pont, on transpire au moindre mouvement. L’humidité est telle qu’ à chaque instant il faut essuyer les verres du pince-nez. Samedi, 19 Novembre. Le roulis continue, la pluie tombe par intervalle et à torrents. Le soir, par l'effet du magnétisme et de l’électricité, le navire semble marcher sur des étoiles de feu. Dimanche, 20 Novembre. La mer est devenue calme et paisible. Nous longeons les côtes de Cochinchine; vers midi nous rasons le cap Padaran; nous ne sommes pas loin de l’embouchure du Cambodge et de Saïgon que j'aurais bien voulu voir. Pour cela, j’aurais dû prendre la malle française qui part de Hong-Kong lundi, 21 novembre, et arrive à Singapore le 27. Je n'étais pas sûr de rencortrer la coïncidence des steamers de la British India C°, qui partent de Singapore pour Caicutta, chaque 10 jours; ils touchent à tous les ports de la Birmanie et

mettent 18 jours dans ie trajet: arriver par Ceylan, c’était trop loin et trop coûteux, j’ai donc pensé qu’il faut savoir se limiter et j’ai pris ce navire de l’opiim qui, pour 500 francs et en 16 jours, me fait parcourir 5,500 milles et me rend à Calcutta vers les premiers jours de décembre ; par l’autre combinaison j'aurais dépensé plus du double et serais arrivé 20 jours pl. tard. J’aurai ainsi le mois de décembre pour visiter l’Inde. Je me propose de faire une course jusqu’à Darjeeling dans l Himalaya, où l’on va en chemin de fer. Je visiterai Calcutta, Chandernagor, Bénarês, Agra, Delhi, le Rajpootana, Île Guzerati, les grottes de Karli et Bombay. Vers la fin de l’année, selon les départs des bateaux, par la Compagnie Rubattino ou la Péninsular ou le Zloyd autrichien, je me mettrai en route pour Suez; durée du trajet 13 à 15 jours. De là, je gagnerai Naples et Rome et je vous arriverai en Janvier. J’espère trouver vos lettres à Singapore où nous comptons arriver, mercredi matin, 23 novembre.

C’est la première fois, depuis que J'écris mon Journal, que j’ai le temps de le relire; j’ai dû y ajouter les mots restés au bout de la plume et en rectifier d’autres incompréhensibles. Les dépêches m'ont appris à Hong-Kong la nomina-

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