‹ Le tour du monde en 240 jours [microforme]Chapitre 1 sur 210 · ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

ETATS-UNIS

[n’y a pas bien longtemps, pour s’instruire, On fuisaît le tour de France ; aujourd’hui, c’est le tour du monde qu'il faut faire pour être de son époque. Généralement, on s'imagine qu’un tel voyage demande un courage héroïque, beau coup de temps et surtout beaucoup d’ar:;;ent ; c'est une erreur. Il fallait plus de fatigue, de temps et d'argent pour faire le tour de la France, il y a 50 ans, qu'il n’en faut aujourd'hui pour faire le tour du monde. Si nous allons vers l'Ouest, la traversée de l’ Atlantique demande huit jours, celle du Continent américain sept, celle du Pacifique diæhuit ;

et du Japon à Marseille on vient en 40 jours: donc en tout soixante-treize jours ; moins de deux mois et demi pour franchir les vingt-cinq mille milles ou quarante-cing mille kilomètres.

Les dangers de la mer ou des populations plus ou moins barbares ne sont pas redouta— bles ; 1 meurt moins de voyageurs par les accidents de mer que par ceux des chemins de fer, et les populations ne sont dangeureuses que pour les imprudents qui les maltraitent.

Quant à la santé, le voyage est un excellent moyen de la fortifier. De l'argent, il n’en faut pas trop non plus: la traversée de l’ Atlantique, en première classe, coûte cinq cents francs; celle du continentaméricain huit cents, celle du

Pacifique douze cent cinquante francs, et deux

mille fr. du Japon ici: en tout quatre à cing mille francs pour le parcours; et dans cette somme est compris le logement et la nourriture des deux mois qu’on passe en mer. À terre, si les hôtels sont un peu plus chers en Amérique, en Chine, au Japon et surtout aux Indes, ils

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coûtent moins qu'en Europe. * Les dames mêmes n'ont rien à redouter dans l’excursion ; j'ai trouvé des Anglaises en voyage de noce, et des Américaines à la recherche d’un mari.

Les navires qui sillonnent les grands Océans sont des châteaux flottants ; on y jouit de tout le confortable et de toutes les distractions : bals, concerts, jeux de société ; l’ennuiy est in connu. Les wagons américains sont des salons qu'on transforme en chambres pour la nuit ; et aux Indes, outre le panka ou éventail mécanique, la double toiture, les persiennes ct ‘es vitres de couleur; les fenêtres sont encore garnies, l’ été, de branches odoriférantes ; au moyen d'un ressort ingénieux, le mouvement des roues fait tomber sur elles une léaère pluie dont l’ évaporation rafraîchit et embaume.

Donc, pas trop de fatique à craindre et confortable partout.

{ Celui qui n'aime pas gaspiller son -argent, peut aisément voyager avec une moyenne de 1.000 francs par mois dans toutes les parties du Monde , non compris les frais de transport.

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Certes, 1 y a des excursions pénibles dans les montagnes du Japon, dans certaines parhes de l’ Hymalaya et dans l’intérieur de la Chine, mais elles ne sont pas plus difficiles que celles que nous offrent nos Alpes et nos Pyrênes.

Le Français, en général, réduit encore le monde au bassin de lo Méditerranée ou à l’ancien continent ; 1l ignore les ressources inexploitées qui, sur les divers points du globe, peuvent donner l’aisance et la richesse à de nombreuses farrilles. Les enfants, de leur côté, savent que le père et la mère ne sont que des usufruitiers, et qu'ils peuvent compter sur leur part de bien. Lorsqu'ils commencent à raisonner, Us font leurs calculs: aurai tant de mil-

liers de francs de papa, tant d'autres milliers

de maman; ce n’est pas assez : 1 me faut un emploi qui produise tant : et ils entrent dans une administration. Puis, ce n’est pas encore assez : Il me faut une dot de tant, et alors ils cherchent non une épouse, mais une dot ; puis Ü ne faudra pas avoir trop d'enfants, car il

faut leur laïsser l’aisance à laquelle on les a habitués : et ainsi nous voyons tous les ans, en France, diminuer le nombre des naissances et nous märchons à l'extinction. Pourtant il n'en a pas été toujours ainsi ; et avant l’introduc— hion du partage forcé, nous l'uttions pour la colonisation sur tous les points du globe, avec les Anglo-saxons.

Puisse ce livre montrer la facilité et l’utilité des voyages ! S'ils sont faits dans un esprit sérieux, l'observation et la comparaison feront tomber les préjugés. Les hautes classes chez nous voient, dans le commerce et dans l’industrie, quelque chose d'inférieur, et presque de déshonorant. Lorsqu’elles ont des biens, elles se contentent de voir leurs fils, presque toujours privés de fortes études, gérer ces biens ; plus lard, ceux-ci les feront gérer par des tiers et iront en dépenser les rentes à Paris, où ils feront naufrage ; et alors, passant par-dessus les préjugés, ils épousent la fille d'un riche industriel ou commerçant qui paie un vain litre de sa dot, et très-souvent aussi de son bonheur.

Une grande partie de la bourgeoisie pousse ses enfants dans les carrières administratives, après les études qu'eæigeun baccalauréat. Après trois ans de stage, un jeune homme, à 23 ans, gagnera 100 à 150 francs par mois; il en ga gnera le double à 40 ans. Esclave du travail, il le sera des opinions d’un maître qin change à tout instant ; 1 devra brigquer säns cesse la fa ve de tel député ou de tel Minisrre, et tout cela pour avoir, à da fin de ses jours, une pension de retraite de deux à trois mille francs. Com ment s'étonner alors qu'on ne trouve presque plus d'hommes de caractère? Si ce jeune homme, ou son père pour lui, avait connu le globe, \ aurait fait comme les Anglais, comme les Allemands et les Hollandais, 1 aurait trouvé,

dans l’industrie et dans le commerce, une oc=

cupation honorable qui lui eût donné non l'aisance mais la richesse, non l'esclavage mais la

liberté. Auæ Etats-Unis, les emplois adminis—

tatifs sont le lot des courtes intelligences qui n'ont su ou pu se créer une carrière indé pendante. |

Aussi, si de l’autre côté de l’Océen, on con— naît «autres plaies, on ignore ceile du fonc— tionnarisme.

Îlest temps pour nous de voir notre injfériorité et d'y porter remède. Lorsqu'on parcourt la surface du globe et qu'on voit partout l'Anglais, l'Américain et l’ Allemand prendre pied à notre exclusion; lorsqu'on voit que mémel. où nous étions parvenus à nous établir, nous sommes tous les jowrs supplantés par nos rivauæ, que même, dans piusieurs de nos colo nies, les affaires et le commerce sont en d'au tres mains que les nôtres; lorsqu'on compare partout la valeur et le savoir du personnel diplomatique et consuluire des autres nations à l'insuffisance de nos consuls et de nos minis tres; lorsqu'on voit enfin ce que pensent de nous les autres peuples , le chauvinisme baisse pour juire place à de tristes réfleæions ; les illusions disparaissent et on s'applique à l'étude des causes qui ont produit notre abaissement pour les paralyser et les détruire ; en un mot, on sonde nos plaies sociales pour les guérir.

Je suis de ceux qui croient que le rôle de la France nest pas fini, et qu’elle a une dette à acquitter : porter la Contre-révolution partout où elle a porté la Révolution; c’est pourquoi j'espère en son relèvement et j'adjure la génération qu vient, de vouloir y travailler sans trêve ni merci.

Je ne puis, ici, passer sous silence les nombreux amis qui au Canada et aux Etats-Unis, m'ont ouvert toutes les portes et quidé dans la visite de toutes leurs institutions. Pour connaître un pays, il ne faut pas seulement par— courir les villes et visiter les monuments ; 1 importe surtout d'aborder les familles et d’étudier les hommes qui sont le pays vivant.

Au Japon, c’est principalement à mon con-

disciple Martin Lanciares, Chargé d'affaires

d’ Italie, que je dois d’avoir pu approcher les principaux personnages de ce pays nouveau et avoir d'eux des lettres pour les préfets et magistrats des diverses villes que je devais visiter. Ces magistrats, avec une convenance exguise, m'ont fait conduire à la visite des principauc

monuments ; ei quelques commerçants indigènes m'ont dirigé dans les principales excur— sions à l’intérieur.

En Chine, c’est surtout aux Missionnaires que je suis redevable des plus précieuses informations. Monseigneur La Pluce, évêque de Pékin, a daigné me recevoir chez lui, et le Père Favier, bien connu de tous les voyageurs, a tracé mon itinéraire dans ma visite au Nord de la Chine. Le Coadjuteur de Canton et le

Vicaire- Général de Hong-Kong en ont fait autant pour ma visite dans le Sud.

Aux Indes,c’est un Jésuite, que les Anglais ont fait membre du conseil du gouvernement pour l'instruction publique, le Père Lafon, qui, à Calcutta, m'a donné les plus nombreux rensaignements sur le Bengal et l’ Himalaya.

Dans le Nord, à Benarès, Ayra, Delhy, les missionnaires ont été mes meilleurs quides ; mais, c'est surtout à Bombay que jui eu le bonheur de rencontrer un des hommes les plus intelligents, les plus actifs et le plus versé dans les connaissances du pays, qu’il évangélise de

puis de longues années. Mÿr Meurin, évêque de Bombay, m'a plus appris sur l’Hindoustan et les Anglais qui le gouvernent, que mes nombreuses observations. C’est lui qui m'a procuré l'invitation du Maharaja de Baroda aux [êtes de son couronnement. Les Confrères de S.— Vincent de Paul, que j'ai retrouvés par tout sur ma route, ont aussi été admirables de bonté et de prévenance. Plusieurs grandes maîsons de commerce, auæquelles j’ étais recommandé, m'cnt rendu partout d'importants services. Que tous reçoivent ici l’expression de

ma reconnaissance.

Ce livre n’est que l’ensemble des notes de voyage prises sur place, au jour le jour, et a— dressées à ma famille; si l’arrangement méthodique fait défaut, l'impression du moment y est toute entière, et fait mieux ressortir la vérité des choses.

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