‹ Le tour du monde en 240 jours [microforme]Chapitre 104 sur 210 · S'-FRANCISCO · texte numérisé non relu

S'-FRANCISCO

elles ne sont guère plus vastes que nos grandes cabines de bains sur les plages de la Méditerranée. Rien d’étonnant donc qu’on transporte parfois ces maisons d’un quartier à un autre. Avec le temps, les capitaux arrivant dans la ville, on élève de belles constructions de pierres ou de briques et quelquefois de fer. A S.-Francisco, on bâtit un iramense hôtel de ville avec de belles et grandes colonnes de fonte ; elles coûtent moins que des colonnes de pierre.

La contrée étant riche, tous ceux qui ont gaoné de l’argent dans les mines ou dans l’agriculture viennent séjourner à S.-Francisco. Le climat, d’une température presque constante, n’y est jamais trop chaud, jamais trop froid. La ville, bâtie sur une presqu’ile, reçoit l’ été une forte brise, et on voit en ce moment les gens avec le paletot de demi-saison ; l’hiver, le soleil échauffe de ses rayons éblouissants, et la neige et la g'ace sont inconnues ici; mais on voit parfois un léger brouillard qui voile l’admirable panorama. Le climat, étant à peu près celui de Nice, il a les mêmes avantages, il a les mêmes inconvénients; les nerfs travaillent trop sous l’influence de l’air marin et du soleil qui développent l’électricité, et les gens se plaignent de se trouver souvent énervés. Par contre,

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il est très-salutaire pour les vieillards et les enfants, et pour tous ceux qui ont besoin d’être excités.

La baie de S.-Francisco est plutôt une petite mer intérieure; toutes les flottes du monde s’y trouveraient à l’aise. La ville est tracée sur un terrain onduleux. Plusieurs rues sont si rapides que les voitures ne peuvent les gravir, mais les américains, qui ne connaissent pas d’obstacle, ont construit des tramways particuliers qui les montent et les descendent constamment, sans l’aide des chevaux. Une machine à vapeur, postée dans un site central, fait tourner sans relâche un câble d’acier qui monte et descend sans interruption dans un canal, le long de toutes les rues; la locomotive a une pince qui passe dans une rainure de deux centimètres et prend ou laisse le câble, et ainsi, monte ou descend avec lui; un wagon, attaché à la locomotive, contient les voyageurs. La locomotive elle-même a le conducteur au centre, et des bancs latéraux reçoivent les voyageurs, qui peuvent ainsi se promener en plein air et jouir de la vue. Lorsque la locomotive veut s’arrôter, le conducteur ouvre la pince et lâche le câble pendant qu’il serre le frein; elle peut ainsi être arrêtée à volonté sur toutes les pentes. Dans les

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parties un peu plus éloignées de la ville, c? est une vraie locomotive à vapeur qui traine le wagon des voyageurs, en sorte que, pour cinq Sous, vous montez à la basse ville dans un tramway à chevaux qui continue sans chevaux dans les rues rapides, et ensuite par la vapeur jusqu’au parc en dehors de la ville.

Si Washington renferme 60 mille nègres, S.- Francisco contient 40 mille chinois. On les rencontre partout avec leur longue queue pendant jusqu’à terre, ou roulée autour de la tête. Comme les arabes, ils rasent une partie de leurs cheveux et ne laissent qu’une mêche, à laquelle ils ajoutent des crins, pour faire une belle queue. Ils n’ont pas de barbe, comme toute la race jaune, et comme les Indiens de ces contrées. Les chinois font ici les domestiques, les paysans, les porteurs; mais, surtout, ils ont la spécialité de lessiveurs et repasseurs. Ils tiennent dans leurs quartiers de nombreuses boutiques de détail; quelques-uns sont marchands de riz ou de thé, et ont réalisé de belles fortunes. J’ai voulu voir de près ces chinois que les américains détestent si cordialement. J’ai demandé au chef de police un policeman qui, le soir, m’a conduit dans les réduits les plus immondes, par des ruelles d'un mètre de large. On pänètre par des couloirs de

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50 centimètres, dans des maisons de bois où les coolies sont entassés comme dans les bateaux à D

vapeur. Ils dorment sur des étagères de plan- d ches; les rats vivent avec eux, comme chez nous G les chats, et leur fournissent un mets favori. Sur s ces planches, ils fument l’opium qui les enivre. b Nous entrons dans une maison de jeu: à peine d le policeman est aperçu que les sapêques dis- Le paraissent de la table et sont remplacées par des jetons. Les joueurs attablés tiennent en main T de petites cartes de trois centimètres de large, P sur dix centimètres de long; elles contiennent É force points noirs et hitroglyphes et sont au T nombre de 80 par jeu. Un fumeur nous explique : tout le travail nécessaire pour préparer la pipe | th u’opium, et nous en montre pratiquement le fonc- | ” tionnement. Les quelques bouffées de fumée qu’il | le en tire, remplissent la salle d’une vilaine odeur.

Nous allons, ailleurs, dans des restaurants po-

pulaires. Les chinois y mangent avec leurs bâtonnets, le riz et des saucisses de chats et de chiens. Nous passons plus loin et montons dans un club de riches marchands. Ils sont attablés, et, tout en mangeant, ils jouent un jeu qui res- dl semble exactement à la morra des italiens. Ils fo font un bruit étourdissant qu’ils continuent de- à vant nous, sans aucune gêne. Nous sortons de là

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pour entrer dans leur temple. Des statues en bois représentent de gros géants assis, qui sont leurs dieux. Ils ont à côté, l’image d’un grand serpent ou d’un autre monstre ailé: c’est aussi un dieu, Les chandeliers sont à droite et à gauche, et des bâtonnets d’encens brûlent sur l'autel. Derrière, dans un autre compartiment, même répétition.

Ici, un employé écrit en chinois, avec un pinceau qu'il trempe dans l’encre; il le tient par la pomme de la main, et trace avec dextérité et rapidité des hiéroglyphes, du haut en bas; chaque hiéroglyphe indique le nom d’un des fidèles,

son adresse et sa cotisation.

Nous continuons notre route et arrivons au

théâtre. Mille spectateurs demeurent ébahis devant quelques acteurs grimaciers qui exécutent leur mimique avec accompagnement de musique sur quatre instruments monotones et insupportables. L’un gratte une corde de violon qui donne un son criard; l’autre bat sur un plat de métal, un troisième souffle dans une flûte et un quatrième frappe avec des bâtons de fer sur une espèce d’enclume. Les acteurs, tantôt chantent , tantôt parlent, mais le plus souvent font des grimaces. La représentation commence à 6 heures du soir, et la police la fait cesser à

minuit; mais elle continue le lendemain et dure

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parfois trois ou quatre jours. Les rôles de femmes sont remplis par des hommes habillés en femmes. Dans la salle, le beau sexe occupe des galeries réservées.

Nous quittons ce tintamarre pour parcourir les ruelles des quartiers malfamés. Chaque porte est grillée et laisse voir une ou deux filles qui sont là comme des bêtes en cage. En vérité, tout ce qu’on voit ici des chinois donne raison aux américains, qui voudraient se débarrasser d’eux. Ils disent que le chinois est voleur et menteur. Il travaille à bon marché, c’est vrai, mais il ne laisse pas un sou dans le pays. Quand il a amassé un peu d’argent, il rentre ch° lui; il ne conduit ici ni sa femme ni ses enfants : il veut demeurer et demeure étranger, gardant sa religion et sa nationalité. Patient, laborieux, il posséderait bientôt le pays, pour le chinoiser, si on n’y mettait obstacle. Les Etats-Unis viennent de faire, avec la Chine, un nouveau traité qui les autorise à ne recevoir des chinois, que le nombre dont ils ont besoin et de refuser le surplus ; ils vont ainsi mettre un terme à l’immigration de ce peuple singulier. Il faut croire que ce n’est pas ce qu’il y a de mieux en Chine, qui émigre ici, et que, lorsque je serai dans le Céleste Empire, je pourrai voir des chinois meilleurs. L’Eglise, qui est

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