BAS CANADA ; LE PAYSAGE
de Nice, et de don Bosco; puis la supérieure m’a fait cadeau de deüx beaux volumes: les lettres de la. Vénérable Marie de l’ Incarnation et son catéchisme. Le nombre des religieuses est de 95. Quinze sont parties pour une nouvelle fondation dans l’intérieur du Canada. Les élèves internes sont plus de 400, les exterres dépassent 200. Les sœurs sont aimées et estimées dans le pays. L’aumônier m’a montré le crâne de Montcalm, le dernier général français, qui a donné sa vie pour défendre la ville, et m'a muni d’une fort belle carte du Canada.
Je comptais partir aujourd’hui à cinq heures par le bateau à vapeur pour Montréal ; mais les membres du Cercle Catholique ont voulu convoquer, en séance extraordinaire, leurs 150 membres pour me présenter à eux. Au Canada, les français sont regardés et traités comme des frères par les descendants des anciens colons français.
Ici le cable sous-marin nous dit tous les jours ce qui se passe en France. Il paraît que le rejet de la loi Bardoux par le Sénat va vous mettre plutôt en travail d’élection; heureusement que les femmes ne votent pas.
P. S. Après une horrible chaleur, il se ‘lève à l'instant un terrible ouragan, et si le feu re-
prenait, la ville serait bientôt détruite.
Saratoga, 19 juin 1881.
Il y a à peineune semaine quej’ai mis le pied sur la terre américaine et j’ai déjà fait bien du chemin. Ma dernière lettre était datée de Québec, 14 courant. Le soir du même jour, j’exposais au Cercle Catholique, devant une centaine de membres, les divers moyens que nous employons en France pour résister aux flots montants de‘la Révolution. Puis quelques amis me conduisirent chez eux où nous continuâmes à causer jusqu’à minuit.
Le mercredi 15, une vingtaine des membres du Cercle s’étaient rendus à la gare pour mesaluer au départ. Je pris congé d’eux ei le train s’envola comme l’éclair à travers bois et prairies.
Il me semblait encore êtreen Suède et en Nor- 2 tr vège ; le paysage est le même, les villages bâtis D en bois, les forêts, les rivières rappellent bien D la nos pays du nord de l’Europe. D ©
Je trouvai dans le train Monsieur L.... Il est, p déja depuis un an dans le pays, et nous avons D t: passé notre temps en causeries. Il a les préju- te gés de certains français contre la Religion et LL. le ciéricalisme, mais il rendait justice à la con- duite irréprochable du clergé canadien; il re- D 1h grettait l’omnipotence du prètre, mais il recon- D Ot
naissait qu’on était moins volé ici parce que le | d
peuple croit et se confesse. J’ai entendu les prè-} tres se plaindre de ce que le respect pour la famille et le clergé va en diminuant; et pourtant lorsqu'un Evèque parle, tout le monde obéit. L’Evèque de Montréal vient de publier une lettre pastorale, par laquelle il défend les pic-nicks et excursions de plaisir le Dimanche, et elles cessent si bien que les trains sont supprimés ce jour-là. L’Evèque de Québec a déclaré que la lecture de tel journal est dangereuse et tout le monde cesse si bien de l’acheter que le journal cesse de paraître.
Nous rencontrons sur la route bon nombre de forêts en feu; c’est le moyen dont on se sert pour préparer le terrain à être défriché; pour se débarrasser des racines, on fait un trou au tronc et on verse du pétrole, qui se communique aux racines par la moëlle et brûle si bien que la charrue peut enlever ce qui reste. Le terrain est divisé en bandes de trente-trois mètres; le prix des terres varie de 400 à 1000 francs l’hectare; mais dans les pays nouveaux, il se vend trente francs comme à Manitoba. Dans le Colorado un industriel vient d’ acheter 4 millions d'acres, c’est-à-dire un million ettrois cents mille hectares; c’est la propriété la plus vaste qu’un particulier ait jamais acquise. Il se propose d'établir danssa propriété un grand courant d’immigration;
36 MŒURS ET COUTUMFS.
pour cela les Américains font une immense pro-. pagande ; tous les moyens de publicité sont employés, et ils ont même recours à la poésie. Je trouve une belle strophe que je transcris ici, elle est de Charles Mackay.
« To the west! To the west! to the land of the free : Where mighty Missouri rolls down to the sea ; Where a mar is a man if he’s willing to toil; And humblest may gather the fruits of the soil ;
: Wend children are blessing aud he who has most ; Hath aid for his fortune aud riches to boast ; Where the young men exult, the aged may rest. Away ! far away! to the land of the west!
A l'Ouest, à l'Ouest, à la terre de liberté ! à les Où le puissant Missouri roule vers la mer ; p be Où un homme est un homme s’il veut bien le vouloir ; Et le plus humble peut recueillir les fruits du sol ; , rée Où les enfants sont une bénédiction, et celui qui en [a le plus,] ? Il
A aide pour sa fortune, et des richesses à s’en vanter ; | et Où le jeune homme exulte et le vieillard peut se reposer; D il En avant, bien avant à la terre de l'Ouest !.… ds. il ces bu
Au Canada, le clergé reçoit encore la dime M de qui est son moyen d'existence ; chaque famille E lui donne le vingt-sixième boisseau de tous les L ce
grains; mais lorsque le 26" enfant arrive, ce qui n’est pas rare, c’est le curé qui le prenà à sa charge pour l’élever et l’instruire. On raconte qu’un touriste anglais traversant la campagne fut étonné de voir 4e nombreux enfants dans une ferme; il demande à la fermière combien elle en avait: vingt-cinq, dit celle-ci ; le touriste émerveillé ajouta: je vais en parler dans mon Journal ; attendez encore deux mois, riposta la fermière et vous pourrez parler de vingt-six.
Les bonnes terres se louent assez bien et produisent un intérêt de 6 à 7 0/0; elles ne paient aucun impôt. Beaucoup de propriétaires les donnent en métairies, et comme nous, ils partagent les récoltes avec le paysan. J’ai vu partout de beau bétail.
Mais tout en causant, le train arrive à Montréal et l’omnibus me dépose au Windsor-Hôtel.
C’est un hôtel américain qui loge 500 voyageurs. Il a 5 étages et mansardes sur rez-de-chaussée et plus de deux cents pieds de long sur chaque aile. Le vestibule peut cpntenir 800 personnes, il est couvert par une vaste coupole; là sont les bureaux, la poste, le télégraphe, les guichets de chemin fer, etc, etc. Le salon et une galerie-promeénoir occupent la moitié du premier étage. Cinq cents personnes dînent aisément dans la salle à