PIERRE, MARIE
pierre. Que vois-je!... Marie!...
MARIE, timidement. Oui, monsieur Pierre, oui, c'est moi !
PIERRE, plus froidement. Quoi! c'est vous, mademoiselle... ici!... dans cette auberge?
marie. Oui, dans cette auberge... et servante comme autrefois!...
pierre. Servante! ah! je vous plains...
Après avoir vécu dans le grand monde , vous devez vous trouver bien malheureuse ! . . .
marie. Non, monsieur Pierre... non, vous vous trompez !
Air: On 'ne peut pas rêver, etc.
Un moment, au fond de mon ame, Je conçus d'inseuse's de'sirs...
Je me crus une grande dame , 11 m'en fallait tous les plaisirs!..
Dans mon illusion funeste, J'oubliais mes premiers beaux jours, Le rêve a fui... mon cœur me reste...
On ne peut pas rêver toujours.
PIERRE, à part. Un rêve, dit-elle?
marie. Je suis revenue au village... j'ai repris ma place... sans regret.
pierre. EtGaspard... savait-il que vous étiez de retour?
marie. Oui, monsieur Pierre...
pierre. Il le savait... et il m'en a fait mystère...
marie. C'est moi qui l'avais prié de ne pas vous le dire.
pierre. Ah! je conçois!... vous craigniez de me rencontrer... vous ne vouliez pas me voir... Je crois bien que vous ne me cherchiez pas ! ... Eh bien ! ma présence ne vous importunera pas long -temps...
adieu, mademoiselle..,
marie, l'arrêtant. Monsieur Pierre!...
pierre. Mademoiselle?...
marie. Vous me jugez bien mal... vous me soupçonnez d'ingratitude... j'ai eu des torts... mais jamais celui-là!... En ce moment, je vous cherchais, au contraire... Je désirais vous voir... vous parler!... non que j'espère me justifier...
pierre. Marie!... mademoiselle... je ne vous accuse pas... vous ne me devez aucun compte de vos actions.
marie. Pierre , de grâce , écoutez-moi : un moment je me suis crue riche... j'avais une mère... puis tout-à-coup je me suis vue orpheline, sans parens... sans espérance/. . Oh ! alors il m'a semblé que je n'avais plus qu'à mourir... car comment oser reparaître devant ceux que l'on a dédaignés!... Oui, Pierre, je serais morte !... mais Gaspard s'est trouvé près de moi... il a ranimé mon courage... il m'a parlé d'un ami qui me restait... d'un ami véritable... et j'ai senti que j'avais un devoir à remplir envers lui. . . c'est pour le voir
que je suis revenue ici ; c'est pour lui dire : Je vous ai offensé !... je vous ai fait bien du mal!... mais vous êtes généreux, j'ai compté sur votre indulgence... sur votre amitié... Pierre!.., Dites-moi que vous ne m'en voulez pas... dites que vous me pardonnez!...
pierre. Vous pardonner !... ah! Marie! est-ce que je pourrais vous haïr!...
MARIE. Ah! je connaissais bien votre cœur!... vous m'avez pardonné!... c'est tout ce que je voulais!... Maintenant, adieu, Pierre... je ne vous retiens plus!...
pierre. Marie!... vous ne songez donc plus à Paris?... vous n'avez plus d'ambition !...
marie. Non!... depuis que je vous ai revu , depuis que je vous ai parlé!...
pierre. Et vous n'êtes plus coquette?
marie. Ah! dam, je ne peux pas trop répondre.... il y a si peu de temps!... que je suis corrigée !
pierre. Ah! Marie!., moi aussi je désirais vous revoir. .. car j'ai eu beau chercher à m'étourdir, je n'y ai rien gagné... Ah ! c'est que moi, je vous aimais tant !
marie. Oui... autrefois... mais à présent... j'ai perdu votre confiance... vous me soupçonnez encore... Et quand même je vous dirais : Pierre, je vous aime!...
pierre. Qu'entends- je!...
MARIE, portant sa main sur ses yeux. Ah ! vous ne me croiriez pas ?
pierre. Ne pas vous croire!... quand ces mots me rendent si heureux !