DIVAGATION DE SALOMÉ
Saurait-il aussi bien entendre la rotation des peuples ou l'adolescence des planètes? Le Degas des planètes, c'est Dieu !
Je danserai cet autre pas en l'honneur des chanterelles démoniaques dont les vibrations enragées coupent l'air terrible^ font frémir et disloquent le cœur, et des cloches angéliques dont les ondes roulent une à une lourdement dans le vent léger, et des fumées, des grandes fumées qui interminablement s'y renversent en volutes et se dispersent au gré des forces...
Je danserai cet OMtre en l'honneur des vieilles cathédrales, honneur aussi des forces indomptables. Depuis les vieux âges, leurs pierres sont en lutte les unes contre les autres sans que pas une ait tremblé. Elles dressent vers les deux l'énergie originelle de la matière arc-boutée contre elle-même. Les hommes les croient pacifiques et mortes; ne savent-ils donc pas la poussée formidable qu'elles dépensent à ne pas s'ébranler? Ah! si par aoenture un boulet perdu les fût venu distraire du combat de silence qu'à Saint-Denis en Ile-de- France, elles se livrent depuis l'abbé Suger,
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avec quel fracas de tonnerre elles se fussent écroulées ! Mais voyez plutôt Vironie des obus. Des gens modernes ayant replacé Monsieur Saint-Denis au pinacle, l'intelligent projectile le décapita de rechef et le chef de Monsieur Saint-Denis retourna à sa destination naturelle, qui est, ô Jean-Baptiste, de voler par V espace !
Je veux danser encore en l'honneur de la terîr, sur laquelle à jamais choit la pomme de ISewton C'est d'elle que s'arrachent tous gestes, c'est vers elle qu'ils retombent, car elle est l'océan des forces où nos œuvres se perdent. En elle tout ce que nous faisons se mêle à ce qu'agissent toutes les créatures vivantes. H n'est rien, pas un sourire de nous, qu'elle n'emploie. Peut-être, s'il me prenait fantaisie d'effeuiller en dansant la rose de Judée qui saigne en mes cheveux noirs, qu'un soir au fond des temps s'éveilleraient les volcans d'Auvergne. Des pas légers, des pas discrets en l'honneur de la terre en qui nous épousons l'universelle agitation et de qui monte en nous, comme un sang qui brûle, le désir de tout connaître ! Je veux tout voir, tout
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sentir, tout savoir... T exige tout. Que pas un lieu de l'espace ne soit sans connaître la tiédeur de mes seins ! Que toutes les heures de tous les temps soient déflorées par ce rythme. C'est à toutes choses que préte7id mon amoureuse mobilité. J'ai la fièvre vivante; la terre, toute la terre tressaille en moi, et tous les siècles. J'ai la fureur de tout aimer!
Vous donc, sonneurs de cistres, de sonnettes et de tambourins, aulètes et harpeurs, joueurs de corne et de psaltérions, silence en vérité pour ce qu'il me reste à crier du fond de mes entrailles!
J'ai droit à tout, Hérode, puisque je danse, et je veux de toi le don le plus insoupçonné. Cest l'impossible amant que je réclame, et de l'aimer par delà tout amour et d'assouvir ma luxure de vierge dans la tiédeur de son sang sauvage.
Pour consommer une harmonie qui soit égale à l'univers et à l'éternité des temps, je requiers ce qu'ils recèlent de plus rare, la forme la plus différente de la mienne; je choisis de combler l'abîme le plus vaste. Héritière
de tout par ta promesse, je demande ceci par exemple :