‹ Le Trafic des StupéfiantsChapitre 2 sur 40 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

L’ Opium

Ce n’est pas en Chine qu'est né le pavot à opium. Beaucoup ide personnes croient que l’habitude de fumer l’opium est aussi vieille que l’antique civilisation chinoise, qu’elle à pris naissance dans ce pays et qu’elle y règne depuis des milliers d’années. Rien n’est plus inexact. L'usage de l’opium comme stupéfiant est un vice occidental, c’est à ‘une date toute récente qu’il à été importé en Chine boù il s’est répandu avec une rapidité effrayante.

Les origines du pavot sont discutées ; d’après les uns on en trouverait les premières traces en Asie Mineure, d’après les autres ce serait en Perse qu’il aurait été d’abord connu. Les premiers livres où l’on parle du pavot sont d’avant notre ère. Dioscoride et Pline dans leur histoire naturelle, l’étudient en détail et indiquent ses usages médicaux.

Mais jusqu’au VIe siècle il n’est employé qu’en médecine. Ce sont les Arabes qui privés d’alcool par Mahomet prirent l’habitude de manger le suc du pavot et dans leur marche conquérante À travers le monde ils répandirent ce vice. Est-ce que les Persans ont emprunté cette habitude aux Arabes,

ou l’avaient-ils déjà? C’est un point qui n’est pas encore éclairci.

En tous cas, en Chine l’usage de l’opium comme excitant n’a pénétré que fort tard. Nous trouvons la première mention du pavot au début du VIIIe siècle dans le traité de botanique de Chen Tsang. Au XVe siècle on s’occupe dans plusieurs livres du suc extrait de la tête du pavot et on le considère comme un remède efficace contre les dysenteries. Ce n’est qu’au XVIe siècle que se répandit, apporté par les Arabes, l’usage de manger l’opium comme excitant ; et c'est seulement à la fin du XVIIIe siècle qu’on prit l’habitude de le fumer. Que ce soient les Espagnols qui introduisant le tabac en Chine aient appris aux Chinois à le fumer mélangé à de l’opium ou que ceux-ci aient emprunté cette habitude aux Javanais débarqués dans l’île de Formose, le fait n’a pas d'importance. Mais ce qui en a plus, c’est que l’usage de l’opium à fumer se répandit avec rapidité atteignant toutes les classes de la société. Le terrain il est vrai était propice, d’abord l’usage de l’opium en pâte était très répandu, ensuite le genre de vie mené par les Chinois de toutes les classes leur font sentir le besoin impérieux d’un excitant: Le pauvre coolie à qui pour un maigre salaire on impose un travail exténaunt, trouve sa consolation dans une pipe d’opium. Il oublie sa fatigue, trompe sa faim et s’évade pour quelques heures de son existence misérable. Le riche Chinois à la vie la plus triste que l’on puisse imaginer, il n’a aucun but, ignore tout des innocents plaisirs de société et c’est seulement dans l’opium qu'il trouve un dérivatif à son éternel ennui.

De lbonne heure le gouvernement se rendit compte du Manger que constituait cette habitude pour lie peuple chinois. Dès 1729 l'Empereur Yung Cheng par ‘un édit interdit de fumer de l’opium, mais son ordre n’est pas respecté et le commerce ne cesse de s’accroître. En 1773 l’importation de l’opium hindou devient le monopole de la Compagnie des Indes Orientales (et en 1780 elle s’élève à près de 250.000 kilogrammes. Un nouvel édit en 1796 renouvelle l’interdiction faite en 1729 et menace de mort tous les contrevenants, il n’est pas plus respecté que le précédent et l'importation d’opium ne cesse d'augmenter. La Chine effrayée de cette marée montante que ses édits sont impuissants à arrêter, détruit en 1838, 2.000 caisses d’opium hindou ; une guerre s’ensuivit. Nous étudierons plus loin les causes, les péripéties et les effets de cette expédition militaire connue sous le nom de Guerre de l’Opium. Le traité de Nanking qui la termina permit pratiquement l'importation de l’opium en Chine. Aussi les chiffres d'importation augmentent rapidement.

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Pendant toute cette période si les Chinois sont les grands fumeurs d’opium, l’Inde en est la grande productrice. Mais peu à peu dans la Chine la culture du

LES STUPÉFIANTS RE Pr

pavot allait se développer, couvrant rapidement des provinces entières. En 1906, au moment où allait apparaître l’édit de l’Impératrice douairière interdisant toute culture d’opium, la production atteignait 35.000 tonnes et couvrait 1.700.000 hectares. L’Inde restait en arrière avec une production de 5.000 tonnes et la Turquie produisait à peine 600 tonnes. Simultanément à cette augmentation de production, l’usage de l’opium gagnait tous les pays d’'Extrême-Orient et faisait son apparition en Europe et en Amérique.

$ IL — Culture du Pavot et production de 1’Opium brut

Le pavot à opium dont le nom scientifique lest { papaver somniferum » appartient à la famille des papavéracés. C’est une plante aux feuilles d’un vert sombre formée d’une dizaine de rameaux se ramifiant au bas de la plante et terminés par une fleur en forme de cloche qui contient une capsule de la grosseur d’une petite noix. Les champs de pavots à l’époque de la floraison ont un aspect magnifique ; la couleur dominante est le blanc immaculé, mais il y à des fleurs de toutes les couleurs qui resplendissent sur leur tige qui peut atteindre jusqu’à 1 m. 50 de hauteur,

Le pavot à surtout besoin d'humidité, mais il ne craint pas le froid et peut pousser dans la zone tropicale jusqu'à de très hautes altitudes. Il lui faut une terre riche, bien fumée et bien préparée. Il faudra arroser un grand nombre de fois la plante pendant la saison sèche, mais ne pas laisser l’eau stagner comme dans les rizières. Les semailles ont lieu en automne, les plantes fleurissent vers le mois d'avril. La récolte a lieu un mois après la floraison.

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J. GASTINEL. — Le Trafic des Stupéfiants.

La première récolte est celle des fleurs ; elles sont cueillies délicatement au moment où elles sont sur le point de tomber, on les chauffe à un feu doux et les pétales s’agglomèrent entre elles pour former des feuilles qui portent le nom de « leaves ». Ce sont ces « leaves » qui serviront à empaqueter les pains d’opium et qui leur donneront un arome spécial. Quelques jours après la cueillette des pétales on extrait le suc contenu dans les capsules. A l’aide d’un couteau à plusieurs tranchants on scarifie ces capsules. Au coucher du soleil les ouvriers agricoles vont de plante à plante et avec beaucoup de patience et d'adresse accomplissent cette opération délicate ; de chacune des incisions ainsi faites, s'écoule durant la nuit un suc d’abord laïiteux, puis qui, devenu brun foncé, se coagulera sur la capsule. Le matin, dès la première heure, on recueille ce suc à l’aide d’un petit grattoir. On recommence jusqu’à six ou sept fois les scarifications et chaque capsule fournit environ un demi gramme. Un hectare donne environ 20 kilos de suc. La récolte achevée on arrache les pavots; on conserve les plus belles capsules pour les graines qui serviront aux prochaines semailles. En Serbie on extrait des graines une huile utilisée ‘pour la cuisine et on se sert des plantes séchées comme combustible.

Le suc ainsi obtenu n’est pas encore de l’opium, on le dépose dans un vase en terre et au bout de quelques jours il se sépare en deux liquides de densités différentes. Le plus lourd, d’un brun très sombre, est la « passewa » qui, mélangée avec d’autres ingrédients, formera la « lewa » qui sert à coller les « leaves » autour des pains d’opium. L’autre liquide constitue vraiment l’opium. On le malaxe longuement

dans une cuve pour obtenir une matière homogène et assez consistante. On le divise en pains d'environ deux kilos qui, entourés de leaves, seront expédiés par caisses de quarante pains.

Voici quelques tableaux empruntés au livre de Paul Gide déjà cité :

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