ACTE DEUXIÈME
LA COMTESSE
Eh ! non, pas les diamants... cette lettre de ton mari... la seule qu'il t'ait adressée avant ton mariage... et que tu gardes...
MADELEINE, alhiiit prciulro son nécessaire sur le guéridon.
Certes... je la garde... car cette lettre, à elle seule, suffirait pour tenir ma colère éveillée en me prouvant que je n'ai jamais été aimée par celui qui l'a écrite...
LA COMTESSE
Par exemple !
MADELEINE
Lisez vous-même, mon petit oncle. Lisez... et jugez.
Elle lui donne la lettre.
lUCHARDIX *.
Je veux bien. (Lisant.) « Mademoiselle, je suis forcé de quitter Paris pendant deux jours... «
MADELEINE
Beau début, n'est-ce pas, pour une lettre d'amour!... Comment donc s'y serait-il pris pour dire la même chose à son notaire?
HtCHARDIN.
« Madame votre mère me permet de vous écrire... »
MADELEINE
Quel style passionné! madame votre mère me permet... Est-ce qu'il aurait eu besoin de permission s'il m'avait aimée !...
UICIIARDIN.
Le fait est que moi, si j'aimais !... « J'en profite pour vous faii'c savoir que je suis bien triste d'être loin de vous. »
MADELEINE
Comme cela peint bien la douleur... bien triste... il n'a même pas songé à mettre désolé... bien triste! il me semble que je le vois se promenant, fort tranquille, dans les rues de Mchm. (A Richardin.) H était à Melun !
* Madeleine, Rieliardin, la cuiiitesse.
RI CHARDIN, indigné.
Il était àMeliin... « Et que je serai bien heureux le jour où je vous reverrai. »
MADELEINE, reprenant la lettre.
Pour cette dernière phrase, n'en parlons pas.
RICIIAHDIN,
C'est d'un plat !...
MADELEINE
Un homme qui écrit une pareille lettre n'aime pas...
RICHARDIN
Il est incapable d'aimer.
MADELEINE
N'est-ce pas, mon oncle?...
RICHARDIN,'
Mais... si vous ne vous aimez pas... Pourquoi ne restez-vous pas ici?...
MADELEINE
Rester ici !
RICHARDIN
Oui, je ne vois aucun inconvénient quant à moi...
MADELEINE
Parce qu'en restant ici je continuerais à avoir sous les yeux le spectacle de leur amour.
RICHARDIN
Ah ! si ce n'est que...
LA COMTESSE, lias.
Mais... taisez-vous donc !
lil CHARDIN, bas.
Pourquoi me laircV
Parce qu'en la voyant si heureuse (Taimer... l'envie me vieiidi'ait pcut-èlri' de suivre son cxeiiiidc... de piinbuiiier.