ACTE TROISIÈME
Une autre personne?... Qui donc? mon Dieu! qui donc?
SOPHIE
J' vais te l' dire... parce qu'y faut enfin, qu' tu saclies...
JEANNE
Cette familiarité...
SOPHIE
Eli ben, quoi?... J' peux bien te tutoyer, puisque t'es ma fille !
JEANNE, reculant vers la gauche.
Votre fille!... moi?
SOPHIE, s'avançant.
Pourquoi donc pas?... Sans moi, on t'inscrivait à la mairie : Née de parents inconnus!... Ton père t'avait refusé son nom!... Il est vrai de dire qu'il s'est ravisé depuis !... Mais moi... j'ai pas reculé... je t'ai donné 1' mien!... Tu ne t'appelles donj pas Jeanne Dubourg... tu t'appelles Jeanne Marchai, fille de Sophie Marchai, ici présente! (Tendant les bras.) Tu vois bien qu' tu peux m'embrasser 1 JEANNE, reculant toujoui's et se trouvant près de la chaise,
Sophie Marchai!... vous?
SOPHIE
Eh bien, oui! moi !
JEANNE, avec un cri.
Ah! c'est donc pour cela que mon père m'a toujours dit que ma mère était morte!
Elle tombe assise.
SOPHIE, s'avançant.
Et tu l'as cru?
94 LE TKAIN M" (î
JEANNE, la tête baissée; les yeux dans le vague. Oui !
soPHriL.
Mais il t'a parlé de moi?
•JEANNE, dans la même attitude.
Jamais !
SOPHIE
Alors, comment se fait-il que tu semblés me connaître?
JEANNE
Vous voulez le savoir?
sopiiib;.
Dame.. . oui!
JEANNE, relevant la lùte et la regardant. Eh bien,... un jour... le hasard me fit découvrir une lettre...
SOPHIK.
Une lettre?... Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à ça?
JEANNE
Cette lettre était du directeur de la prison de Glêrmont!
SOPHIE, remontant au-dessus du fauteuil.
Ah! Et qu'est-ce qu'elle disait... cette lettre?
Elle retraçait la vie de Sophie ^Marclial!
SOPHIE
T'as dû voir, alors, que j'ai beaucoup souiïert de l'injustice des hommes.
JEANNE
J'ai vu que vous avez été condamnée à cinq ans de réclusion!
ACTli TROISIÈME 95
SOPHIE, s'avançant et perdant patience.
Et puis après? C'est pas ça qui m'empêche d'avoir des droits sur toi ! Que tu le veuilles ou que tu n'ie veuilles pas, j'suis ta mère!
JEANNE, se levant et passant au numéro 2. Non, non!
SOPHIE (i).
Tu me renies?
JEANNE
Je ne vous connais pas!
SOPHIE, marchant sur Jeanne qui recule vers la droite.
Aht prends garde! Tant qu'ton père a vécu, j'ai dû courber la tète... il avait la fortune... c'esl-à-dire la force!... Mais, à présent, je r'prends mes droits! J't'ai retrouvée... Tu m'appartiens et tu m'obéiras!.,. (Jeanne éclate ensanglots.) Tes jérémiades ne m'touchent guère!... Ah! tu ne m'connais pas?... Tu m'connaîtras, ma fille... Tu aimes un homme dont tu es aimée!... Tu vois que j'sais tout, pas vrai!... y s'appelle M. de Mériel!... Eh! benl C'n'est pas celui-là qui sera ton mari! T'appartiendras àc'lui qu't'as si dédaigneusement r'poussé tantôt 1
Jamais!
Je l'veux!
Non! non!
SOPHIE
JEANNE
SOPHIE, lui prenant violemment les poignets et la jetant devant elle.
Tu céderas!
-96 LE TRAIN iN" 6
JEANNE
Ah! vous me torturez! vous me blessez!... Vous ne pouvez pas être ina mère!
SOPHIE
J'ai mes papiers, ma p'tite!
JEANNE
A moi ! A l'aide !
SOPHIE
N'orie pas!... Et r'tiens bien mes paroles!... J'veux qu'tu m'obéisses, entends-tu '^.. J' le veux. fLa relevant Jjrutaiemeni.) Allons r'iève-toi! ... et ne geins plus!... Elle la jette violemment sui" le canapé. JEANNE, tombant accablée.
Seigneur! prenez pitié de moi!
SOPHIE, remontant un peu. J'te laisse!... Réiléchis! c'soir, j'veux qu'tu m'dises : oui! Et n'rherche pas à m'échapper... tu n'y parviendrais pas!... On n'te laissera pas sortir d'I'hôtel!... (Jeanne se lève, suppliante.) A c' soir, ma p'tite!... (Elle se dirige vers la porte du deuxième plan de droite. Arrivée à la porte, elle se retourne et voit le l'egard suppliant de Jeanne.) A c'soir!
Elle sort.
SŒNK VI JEANNE, puis MALVINA.
JEANNE
Ma mère!... Elle!... Cette femme!... oh! non! non!