‹ Le traité de BerlinChapitre 6 sur 53 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

maintenant présenter à votre pays comme un coup porté à l'alliance des trois empereurs, comme une barrière opposée à la Russie I Si le cabinet anglais qui a transigé plus que tout autre, avant et encore après tout autre , accapare pour lui tout le succès remporté à Berlin, que devient ce succès ? que devient la conciliation des tendances rivales? où en est la paix européenne ? Elle est à la surface , mais elle ne peut être dans les esprits; le Traité est signé, et la guerre est à nos portes.

N'en, ni la critique frondeuse ni la critique élogieuse n'est ici en place; ni Tune ni l'autre ne peut s'imposer au Traité de Berlin, qui ne peut avoir de valeur en dehors de celle que ses auteurs ont voulu lui donner, valeur de transaction, valeur de conciliation. La peur n'est pas la meilleure des conseillères, et qui transige afflige : le Traité vient confirmer ces adages de la

sagesse populaire, car fl a tous les défauts de ses qUa-

Jités. Ehl je le sais bien, je crois même en pouvoir juger mieux que beaucoup d'autres , mais je me console de ses défauts au seul souvenir des brillantes qualités du Traité de Paris, Logique dans son ensemble, d'un enchaînement régulier dans ses parties, vrai chef-d'œuvre de l'art diplomatique; l'intégrité de la

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Turquie y conséquence de la guerre victorieuse; son indépendance, application logique de son admission au concert européen ; la non-intervention dans son administration intérieure, corollaire de son indépendance : malheureusement cette admirable déduction s'appliquait à une Turquie imaginaire, et n'a servi qu'à favoriser les vices de l'administration turque et le kief de la diplomatie occidentale. Â la séance où le Congrès de Paris prononçait l'admission de la Tur(^ie au concert européen, M. Brunnow, deuxième plénipotentiaire russe, soufflait aux oreilles d' Aali Pacha, son voisin de table, ces mots : a Maintenant que vous en êtes, vous jugerez du charivari. » Le même jour, un publiciste russe télégraphiait à Saint-Pétersbourg : « Les alliés de la Turquie applaudissent au Hatti'Houmaïoun et s'en contentent : victoire! revanche de Sébastopol, l'Empire ottoman est condamné. )>

La diplomatie russe voyait au loin, son recueillement était facile; Âali Pacha craignait d'ouvrir les yeux, et la diplomatie occidentale dormait. Elle ne dormait pas toute; car, à défaut des ambassadeurs , les consuls veillaient; leur vigilance se manifeste à chaque page des rapports déposés au Parlement ; les Consuls anglais veillaient, sonnaient l'alarme sur les

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dangers de cette désaffection générale, de cette désagrégation de l'Empire; mais la haute diplomatie dormait et se remettait à dormir de plus belle après chaque secousse, après Damas comme après Crète; elle dormait encore quand la Sublime Porte décrétait des mois de quarante jours, fondait une nouvelle religion catholique, torturait les protestants et interdisait la vente de la Sainte Bible. A cette période avancée d'incubation de la crise orientale , un sous-secrétaire d'État de la Reine apprenait à la Chambre des Communes, sur la foi d'un rapport de Sir Henri EUiot , que \e Hatti'Houmaïoun est en exécution, et que les Chrétiens ont tort de se plaindre ^ La diplomatie occidentale adorait son sommçil, et quand un écrivain lui criait : Caveant consules! Yanghin var! Au feu! elle le traitait d'intrus, pis encore, d'incendiaire. Et quand, tout récemment encore, cet écrivain invoquait à l'appui de ses assertions le témoignage des Blue- Books et celui des consuls de la Reine, un ambassadeur de Sa Majesté Britannique le stupéfiait avec cette réplique : « Les Consuls ne savent pas ce qu'ils disent. » La diplomatie occidentale dormait, et elle prétendait endormir à son instar les insurgés de Bosnie

> Lord Enfield, séance du 5 août 1872.

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