‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 10 sur 98 · F. fr., Toi. 3139, f. 74. Lettre originale · texte numérisé non relu

F. fr., Toi. 3139, f. 74. Lettre originale

S avril, les plénipotentiaires signèrent la paix entre TAngleterre et la France^, et, le 3, la paix entre la France et FEspagne^.

La cour apprit alors les conditions du traité de Gateau-Cambrésis^. La France rendait Mariembourg, Thionville, Damvillers, Montmédy, en échange de Saint-Quentin, de Ham, du Gatelet et de Thérouanne ; elle gardait Calais ; elle rendait sans compensation Bovigny et Bouillon à l'évèque de Liège, tandis que Philippe II conservait Hesdin. En Italie, la France évacuait le Montferrat, le Milanais, la Corse, Montalcino, Sienne, la Savoie, la Bresse, le Bugey, le Pié-

1. Après la sigoatore da traité, le roi envoya en Angleterre le maréchal de Vieillevilie et François de Montmorency. Le dauphin et Marie Stuart écrlTirent à cette occasion nne lettre de salutation à la reine Elisabeth (Copie datée du 12 mai ; coll. Morean, Yol. 717, f. 267. — Autre copie; coll. Brecquigny, Toi. 93, f. 267).

2. Le roi envoya à Bruxelles, auprès de Philippe H, le cardinal de Lorraine (Lettre de Sébastien de l'Aubespine au roi et au connétable, du 13 mai; orig., f. fr., toI. 6614, f. 8 et 10), et Henri de Montmorency -Damyille (Lettre du même au conné- Uble, du 19 mai; orig., f. fr., vol. 6614, f. 34}.

3. La plupart des correspondances entre le roi et ses plénipoteoliaires pendant les négociations de Catean-Cambrésis ont été imprimées dans un volume in-4% publié à Paris en 1632 chez Camusat et attribué à de Mesmes, Traité de paix fait à ChiuteaU'Cambrésis, que nous avons souvent cité. est encore beaucoup de lettres inédites sur ces négociations, notamment dans le f. fr., vol. 3153, 3253, 5139, 15839, 18062, 18744, 23628, coll. Dupuy, vol. 177, et ailleurs. On frappa une médaille qui représentait deux mains jointes avec cet exergue : Regum con^ coréUa, 1559. Cette médaille, qui est fort rare, est dessinée dans le vol. 4921, f. 11, du fonds firançais.

mont, excepté les places de Turin, Ghieri, Pignerol, CUvasso et Villeneuve d'Asti, qu'elle ne conservait qu'en gage ^ •

Le traité de Gâteau -Gambrésis fut mal accueilli en France. Les Guises condamnaient surtout la restitution de ces villes que la guerre n'avait pu enlever à nos armes : c Sire, disait le duc de Guise au roi, quand vous ne feriez que perdre durant trente ans, si ne scauriez-vous perdre ce que vous voulez donner en un coup. Mettezmoy dans la pire ville de celles que vous voulez rendre, je la conserveray plus glorieusement sur la bresche que je ne ferois jamais parmy une paix si désadvantageuse que celle que vous voulez faire. Vous avez, Sire, assez d'autres serviteurs qui en feront autant que moy et deçà et delà les monts ^. »

Presque tous les contemporains partagent ces regrets. Biaise de Honluc écrit dans ses Commentaires : € La paix se feit au grand malheur du roy principalement et de tout son royaulme, car ceste paix fust cause de la rendition de tous les païs et conquestes qu'avoient faict les roys François et Henry, qui n'estoient pas si petites

1. A la dernière séance des négociations, les ambassadeurs du roi de France ayaient été forcés de faire de nouTelles concessions en Piémont (Lettre de Henri II au duc de Nerers, du 26 mars; orig., f. fr., vol. 3130, f. 104).

2. Mémoires de Boyvin du ViHars, Ut. X, édit. du Panthéon UUéraire, p. 846.

qu'on ne les estimast autant que la tierce partie du royaulme de France. J'ay leu dans un livre escript en espaignol que le roy avoit rendu cent quatre vingt dix huit terres de préside, qui s'entend forteresses^, t

Le maréchal de Vieille ville seul, le plus sage des conseillers de Henri II, approuvait les conditions de la paix. Chaîné de porter au roi l'instrument original du traité, il révéla aux courtisans que l'armée de Metz conmiençait à se désorganiser, que l'armée espagnole, au contraire, se renforçait tous les jours, que les Pays- Bas, l'Allemagne des bords du Rhin et la Livonie dépêchaient des troupes à Philippe II dans l'espoir de livrer une grande bataille, comme celle de Saint-Quentin, sous les murs de Paris ^.

Aussitôt après la signature du traité de Gateau- Cambrésis, le roi quitta Villers-Cotterets , en Valois, et rentra à Paris au château des Tournelles^. Le lendemain, il convoqua les présidents du Parlement et de la Cour des comptes, les prévôts et les échevins de la ville, leur annonça la paix et commanda au Parlement de se trans-

1. OommeaUUres de Biaise de MonluCy édit de la Société de rhist. de France, t. II, p. 318.

2. Mémoires sur VieilleviUe, par Vincent Carloix, liy. VII, chap. xzu.

3. Le 8 ayril 1559, on célébra à Paris, en présence du roi, une procession d'actions de grAces en Thonneur de la paix (Gérémonial de l'Hôtel de ViUe; f. fr., roi. 18528, f. 8).

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porter aux Àugustins, afin de laisser le palais libre pour les fêtes du mariage d'Elisabeth^. La paix fut criée à son de trompe dans les rues par Vigneron, héraut d'armes du roi*.

Le 1 5 juin, le duc d'AIbe, chargé d'épouser par procuration, au nom de Philippe II, la princesse Elisabeth de Valois, et les autres ambassadeurs espagnols arrivèrent à Paris. Le 18, le roi ratifia le traité de paix que Philippe II avait déjà confirmé le 7 avriP. Le 21 juin, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie, accompagné de cent cinquante gentilshommes velus de pourpoints de satin rouge, de chausses cramoisies et d'une casaque de velours noir brodé de passements d'or, fit une entrée solennelle. Chaque cavalier portait sur son cheval c une mallette » de velours noir fermée de boucles d'argent*.

Le duc d'Orléans, second fils du roi, plus tard

1. Mémoires sur VieUleviUe, par Vincent Carloix, Iît. VU, chap. XXIII.

2. Extrait des registres de l'Hôtel de Ville de Paris (Bibl. nat., Vo de Colbert, toI. 252, f. 189).

3. Les ratifications des deux rois sont conserrées en copie à la Bibliothèque nationale; celle de Philippe U (F. fr., toI. 3113, f. 119); celle de Henri II (F. fr., vol. 3153, f. 149). Après la mort de Henri II, au mois de décembre 1559, François II rati6a le traité (Orig. sur parchemin; coll. Moreau, toI. 739).

4. Sébastien de l'Aubespine écrit, le 23 mai, que le duc de Savoie doit partir le 10 juin de Bruxelles (Lettre au connétable; orig., f. fr., ToL 6614, f. 39). Le récit de l'entrée de ce prince est conservé dans le cérémonial de l'Hôtel de Ville de Paris (F. fr., vol. 18528, f. U).

Charles IX, le reçut aux portes de la ville et le conduisit au Louvre ^ •

Le roi avait résolu de célébrer les mariages du roi d'Espagne et du duc de Savoie par des fêtes éclatantes. Le S8 juin, après la cérémonie des fiançailles de Marguerite de France et de Philibert- Emmanuel, les tournois commencèrent. Le troisième jour, vendredi 30 juin, le roi entra en lice^. Il rompit une lance contre le duc de Savoie, puis contre François de Lorraine, duc de Guise. A la troisième passe, il fut si rudement ébranlé par le jeune Gabriel de Lorges, comte de ^Mongonmery , un des capitaines des gardes, qu'il faillit perdre les étriers. Aussitôt il conunanda à son adversaire de lui donner une revanche. En vain, les princes et les dames le supplièrent de ne pas tenter l'épreuve. Henri II, dépité d'avoir été presque désarçonné par un jeune homme de vingt-sept ans sous les yeux de la cour et de tous les ambassadeurs étrangers, jura, c foy de gentilhomme, qu'il courroit ceste

1. Vo de Colbert, toI. 140, f. 517. Extrait des registres de THÔtel de Ville de Paris. — Le contrat de mariage da duc de SaToie et de la princesse Marguerite ne fut signé que le 27 juin. Il est imprimé dans le Corps diplomatique de Damont, t. IX, p. 50. L'énumération de son trousseaa est conservée dans le f. fr., Yol. 3119, f. 55.

2. Nous avons raconté ce terrible accident d'après des documents nouveaux dans le tome I de Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, p. 320 et suiv.

lance sans plus ^ » Il n'attendit même pas pour rentrer en lice que la visière de son casque fût bouclée^. Les deux cavaliers prennent leur élan à l'extrémité de la carrière. Mongonmery touche le roi en pleine poitrine. Le bois de lance vole en éclats, relève la visière du roi, frappe le front au-dessus de Fœil droit et pénètre profondément dans la tempe gauche. Sur le premier moment, la blessure fut jugée sans danger, mais, le quatrième jour, la fièvre, les douleurs de tête se déclarèrent avec violence, et bientôt se dissipèrent les espérances de la cour. Il avait été décidé que le mariage du duc de Savoie et de Marguerite de France serait ajourné jusqu'après le rétablissement du roi^. Henri II voulut assurer avant sa mort l'exécution de ses volontés. Le huitième jour, de son lit d'agonie, il fît appeler Catherine de Médicis et lui ordonna de célébrer sans retard les noces de la princesse. Catherine obéit, et le dimanche, 9 juillet, à minuit, la messe nuptiale fut dite à la lueur des torches, dans la petite église Saint-Paul. Jamais cérémonie n'avait présenté un aspect

1. Mémoires de Tavannes^ chap. xiy. Gaspard de Tayannes, plus tard maréchal de France, était juge du camp.

2. Ces détails et ceux qui suivent sont mot à mot extraits d*une lettre de l'ambassadeur Ricasoli au duc de Florence {Négoc. de la France et de la Toscane, t. Ill^ p. 400).

3. Lettre d'Estienne Guillaume, bourgeois de Paris, à Claude Jacob (F. fr., vol. 20153, f. 87).

plus lugubre. Le roi touchait à ses derniers moments. Catherine, seule assise au bancroyal, était inondée de larmes. Le duc de Savoie et la princesse Marguerite, attentifs aux bruits du dehors, tremblaient de voir apparaître au seuil du sanctuaire le héraut chargé de proclamer la mort du roi. Enfin, la messe se termina. Le roi vivait encore. Les nouveaux époux traversèrent le palais des Tournelles et se retirèrent au logis du duc de Savoie. Henri II mourut le lendemain, 10 juillet.

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