RelaUoîii des ambassadeurs vénUiens, t. II, p
devenant de jour en jour plus rares, surtout pendant la guerre civile de 1567 et de 1568, d'Ornano ne put tenir la campagne. En vain il fit de nouveaux appels au duc de Florence^.
et dévouée à la France, Paul IV avait Tambition de rendre l'indépendance à l'Italie. Il maudissait les rivalités qui avaient ouvert les portes de la péninsule à l'ambition des rois de France et d'Espagne ; mais il était surtout l'ennemi de Ciosme de Médicis et des princes attachés à Philippe II. Son administration ne valait pas sa politique. Il avait livré la direction de sa puissance temporelle à ses deux neveux, le duc de Paliano et le cardinal Charles Garafa. Le duc n'avait fait la guerre que dans les troupes romaines. Le cardinal, ancien capitaine de gens de pied, avait servi avec honneur dans les compagnies du roi de France, notamment sous les ordres de Biaise de Monluc. Tous deux, à l'ombre de l'autorité de Paul FV, pillaient, rançonnaient, dépouillaient ses sujets et exerçaient à Rome un despotisme qui rappelle les tyrannies de l'antiquité. Le pape, circonvenu par les créatures de ses neveux, ignorait leurs crimes. Il les apprit enfin et se contenta d'exiler les coupables^.
Paul IV avait accueilli avec peu de faveur la demande d'un concile universel contenue dans le prologue du traité de Gateau-Gambrésis. Il niait la nécessité de réformer l'Ëglise et jugeait que les anciens canons suffisaient à la régle-
1. Voyez Bromato, Sioria di Paolo IV, Ravenne, 1758, 1 ToL in-4*.
mentatioD des difficultés nouvelles^; il croyait dangereux de rouvrir de grandes discussions où l'autorité souveraine du saint-siège pouvait sombrer et où la cause du libre examen serait soutenue par des évèques d'opinions incertaines. Sa violence lui faisait perdre toute mesure. Un jour, il fit appeler Odet de Selve et Louis de Saint-Gelais-Lansac, représentants de France à Rome, et les interrogea sur les alliances du roi avec les princes protestants. Peu à peu, il s'anima contre les souverains catholiques qui désertaient la cause de l'Église, et qualifia leurs ministres de c ministres du diable. > Puis il dit aux deux ambassadeurs terrifiés : t Cheminez droit l'un et l'autre, car je vous jure le Dieu éternel que, si je puis entendre que vous vous mesliez de telles menées, je vous feray voler les testes de dessus les espaules^. >
La mort de Henri II mettait en question la réunion du concile œcuménique. La fatale nouvelle resta quelques jours douteuse à Rome. Le 1 juillet, le nonce avait envoyé un courrier qui arriva dans la nuit du 17 au 18 juillet. Paul IV chargea l'évêque de Bergame de communiquer la dépêche à Philibert Babou de
1. Lettre de Sébastien de l'Aabespine aa roi, en date du !• juin 1559 (Orig., f. fr., vol. 6614, f. 25).