‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 3 sur 98 · Papiers d'Estai de GranveUe, t. V, p · texte numérisé non relu

Papiers d'Estai de GranveUe, t. V, p

Cette lettre a d'autant plus d'autorité qu'elle est datée d'AmieDS et écrite sous les yeux du roi. Il ne parait pas que le connétable et le maréchal Saint-André en aient tenu grand compte, ils sacrifiaient tout à la paix, à leur désir de revoir la cour et d'y reprendre leur influence. Le cardinal de Lorraine et les secrétaires du roi montraient plus de fermeté. Les liommes de guerre se faisaient les avocats de la paix et les hommes de robe les avocats de la guerre.

Les ambassadeurs espagnols prirent un autre avantage. La guerre se poursuivait contre la France par une coalition composée de l'Espagne, de l'Angleterre et de la Savoie ; la France n'avait pour allié que le roi de Navarre. Le duc d'Albe fit entrer aux conférences les députés anglais ; le connétable ne sut pas faire admettre les députés béarnais. L'iniquité était flagrante; si le duc de Savoie avait été injustement dépouillé du Piémont pendant la guerre, la maison d'Albret avait perdu la Navarre espagnole. Antoine de Bourbon, devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'Albret, protesta, mais il fut mollement soutenu par les gens du roi de France*. Le cardinal de Lorraine dit confiden-

1. Jeanne d'Albret ayait écrit deux lettres, l'une au roi, l'autre au connétable, pour les prier de soutenir les réclamations de la maison d'Albret aux conférences de Cateau-Cambrésis. Nous les ayons publiées dans Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. I, p. 419 et 420.

tiellement au duc d'Albe c qu'ils ne pourroyent délaisser de parler du royaulme de Navarre, mais que Ion n'y persisteroit ^ > Sur cet aveu, les ambassadeurs espagnols daignèrent faire montre d'équité. Quand on annonça à Gercamp l'arrivée des plénipotentiaires de la maison d'Albret, le duc d'Albe fut le premier à proposer à la conférence de les recevoir solennellement. Le \% novembre, Nicolas Dangu, évèque de Mende, et Jean-Jacques de Mesmes, représentants du roi de Navarre, entrèrent en séance sous la présidence de la duchesse de Lorraine. De Mesmes prononça une longue harangue, parfaitement en règle avec les principes de la dialectique du xvi"" siècle, qui prenait la question à l'origine de la maison d'Âlbret^. Les ambassadeurs espagnols répondirent que, tenant depuis longtemps la contestation de la Navarre pour résolue au profit de leur maître, ils ne lui avaient pas demandé d'instructions spéciales^. Antoine de Bourbon se retira alors en Béarn et envahit sans déclaration de guerre,

1. Lettre des plénipotentiaires espagnols à Philippe II, da 17 octobre 1558 {Papiers d* Estât de Granvelle, t. V, p. 261).

2. Le discours de de Mesmes est imprimé dans les Mémoires pour l'hisioUre de Navarre et de Flandre, par Galland, in-fol., 1648, preuves, p. 72, et par Dumont, Corps diplomatique, t. IX, p. 23.

3. Traité de paix fait à Chasteau-CambrésiSy in-4% 1632, p. 64. Le mémoire de de Mesmes est dans le volume, p. 171.

à la tète d'un corps de partisans, la Navarre espagnole. Cette expédition, mal combinée et mal conduite, échoua misérablement ^

Le roi d'Espagne profita habilement des fautes de ses adversaires. Au moment de l'ouverture des pourparlers, l'épuisement de ses finances et de ses armements ne lui permettait pas de continuer la guerre. La flotte turque ravageait l'île de Minorque ; les Marocains avaient détruit l'armée espagnole d'Afrique ; la réforme se propageait en Espagne; l'empereur Charles-Quint, dont les conseils et la sagesse étaient encore une force, venait de mourir au monastère de Yuste (21 septembre 1558). Dans les Pays-Bas, le feu des guerres reUgieuses couvait sous un calme apparent. En Angleterre, l'époux de Marie Tudor^ rencontrait tant d'aversion chez le parti anglican que la haine traditionnelle de la France en était presque oubliée. Telle était sa détresse qu'il écrivait à Granvelle : t Je dois vous dire qu'il m'est de toute impossibilité de soutenir la guerre ; j'ai déjà dépensé un million deux cent mille ducats que j'ai tirés d'Espagne, il y a deux ou trois mois, par le moyen des banquiers, et j'ai besoin d'un autre million d'ici au mois de

1. Cette campagne, connue sous le nom de Guerre mouillée^ a été racontée avec détails dans Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. I, p. 303.

Page 1