‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 31 sur 98 · De Thon, lir. XXII, 1740, t. lU, p · texte numérisé non relu

De Thon, lir. XXII, 1740, t. lU, p

se sépara de lui et signifia au cardinal de Tournon qu'il lui retirait son appui. Guise et Ferrare ne savaient comment le ramener, faute d'intermédiaire. Le hasard leur en fournit Toccasion. L'un des conclavistes de Louis de Guise, le comte Théophile Galcagnini, tomba malade et fut remplacé par le capitaine Âdrian Baglione, ancien dief de bande, ami de Charles Garafa.

Baglione devint le commensal de son ancien compagnon d'armes et le pressa en faveur du parti français. À la même époque, un messager de Philippe II, Pompée de Touteville, apporta au vice-roi de Naples l'ordre d'investir le prince Marc-Aurèle Golonna du duché de Paliano.

Gette décision complétait la dépossession de la maison Garafa. Le cardinal résolut de se venger. Malheureusement Guise et Ferrare, repris de zèle en faveur de la candidature d'Hercule de Gonzague, refusèrent d'entamer de nouvelles démarches avant l'arrivée de la réponse de Philippe II. Garafa, que l'attente ne refroidissait pas, accepta cet ajournement avec patience.

Pendant ces négociations étaient arrivés plusieurs courriers d'Espagne, porteurs de dépèches, dont on ignorait le sens. Yai^as feignait de n'avoir pas reçu d'instructions. Très bien informé des intrigues qui se nouaient à l'intérieur du conclave, il savait que Garafa et les

cardinaux français n'attendaient que la récusation de Philippe II pour substituer un prélat français à Hercule de Gonzague. Il cherchait à gagner du temps dans Tespoir que de nouveaux incidents détacheraient le mobile et ardent Garafa de ses alliés.

Après une attente de cinquante-deux jours, Gonzague, las de tenir le sacré collège en suspens, retira publiquement sa candidature. La réponse de Philippe II fut aussitôt remise au conclave. Elle portait c que le roy catholique eût désiré et désiroit, pour infiniz respectz qu'il altéguoit, la grandeur dud. seigneur cardinal; mais, puisqu'il ne s'estoit rien peu faire du conmiencement, il pensoit bien que de soymesme il se seroit conformé à la volunté de Dieu et à prendre patience pour ceste fois, ainsi que encores de sa part il l'exhortoit d'ainsi le faire. >

Le désintéressement d'Hercule de Gonzague rendait la liberté aux cardinaux de Guise et de Ferrare. Ils pressèrent Garafa de tenir ses promesses ; mais, avant de se livrer au parti français, Garafa, se disant engagé par ses déclarations précédentes, voulut épuiser les chances de Pie de Garpi. Il consulta les cardinaux de Santa Fior, de Trente, Farnèse et ses autres amis.

L'enquête prouva que Garpi, repoussé avec ensemble par le parti français, n'avait aucune

chance. Garafa lui déclara luî-mème c que Dieu n'avoit voulu luy faire tant de bien qu'avec son moyen il fust pape. > Rien ne Fempèchait d'agir en faveur des Français. Tous les obstacles étaient levés. Cependant Louis de Guise remarqua qu'il c différoit de jour à aultre à en venir à la résolution. >

Tandis que Charles Carafa hésitait à remplir ses promesses, arriva à Rome le marquis de Montobel, ambassadeur de Guidobalde de la Rovère, duc d'Urbin. Le marquis avait mission de faire triompher la candidature d'Hercule de Gonzague ; mais, apprenant que ce prélat avait été repoussé par Philippe II, il se rattacha à celle du cardinal de Ferrare. L'intervention de ce prince étranger était heureuse pour la France. Carafa, sollicité par Montobel, voulut consulter encore une fois le duc de Paliano et lui envoya l'évéque de Cesano. Yargas députa en même temps au duc Leonardo di Gardine, un des complices de l'assassinat de la duchesse ; et le cardinal de Guise, un autre gentilhomme. Les trois messagers se rencontrèrent à la porte de Rome et cheminèrent ensemble. Le duc les reçut tous les trois et ne leur fit aucune réponse formelle ; il leur dit qu'il s'en rapportait à son frère .

Le succès de la France paraissait assuré.

Hippolyte d'Esté et François de Tournon réu-

nissaient la majorité des suffrages. Certains prélats préféraient le cardinal de Ferrare à cause de sa qualité de prince italien et de ses alliances avec la maison Famèse, d'autres Tarchevéque de Lyon. Les deux candidats luttaient entre eux de générosité. Deux fois le cardinal italien proposa de se retirer pour assurer le succès de son rival. Charles Carafa clôtura le débat en optant pour le premier. Le même jour Taccord fut scellé. Il fallait presser la solution pour prévenir les menées de Yargas, d'autant que, des prélats les plus dévoués, Tun, le cardinal de Saint-Georges, touchait à sa dernière heure, l'autre, le cardinal d'Imola, allait quitter le conclave. Louis de Guise ne s'était réservé que le temps de prévenir ses amis. L'élection devait avoir lieu dans la soirée. Malheureusement Carafa perdit la journée dans une conmiission instituée pour une réforme du règlement. Au sortir de la séance, le bruit de la candidature d'Hippolyte d'Esté était public au conclave.

D'Esté, interrogé par ses collègues, se défendit de toute prétention. Carafa reçut de ses amis le reproche d'avoir participé à cette manœuvre sans les consulter. Reoman, du parti français, se montrait un des plus mécontents. Le soir même, à la chapelle, Carafa conseilla à Louis de Guise d'enlever le vote par un coup d'audace à l'aide des indécis. Guise refusa de prendre

cette responsabilité dans TespéraDoe que Garafa, le lendemain, retrouverait son ascendant sur les créatures de son oncle. Le lendemain, Charles Garafa essuya de c nouvelles rebuffades » et ne put ramener ses amis. La candidature du cardinal de Ferrare avait échoué.

Hippolyte d'Esté proposa alors François de Tournon ^ . Garafa trouva plusieurs de ses amis disposés à Faccepter ; d'autres le repoussaient comme étranger. Un de ses partisans, le cardinal Savelli, prônait ses qualités, tout en regrettant Hippolyte d'Esté. Le cardinal Farnèse, du parti espagnol, auquel Savelli avait confié ses réserves, les révéla à Gharles Garafa. Le susceptible neveu de Paul IV crut comprendre que les amis de Tournon ne le soutenaient que par feinte et travaillaient en réalité pour Hippolyte d'Esté. Graignant d'être dupe, il abandonna avec éclat la cause du prélat français. En vain Louis de Guise et H. d'Esté s'efforcèrent de lui expliquer les paroles de Savelli ; en vain le cardinal Sermonetti témoigna de ses bonnes intentions; Garafa, piqué dans son amour-propre, refusa de se rendre.

Sa défection enlevait toute chance à François de Tournon, qui retira sa candidature.

1. Pendant son séjour à RomCf le cardinal de Tonraon derint grand partisan des Jésuites. Voyez la lettre de recommandation en fareur de la compagnie de Jésus qu'il adressa & la reine le 13 février 1559 (1560) (Orig., f. fr., roi. 6626, f. 8).

L'infatigable Louis de Guise ourdit alors une trame nouvelle ; il proposa le cardinal Reoman, un des amis de Charles Garafa. Les cardinaux du Bellay, Grispi et d'autres repoussèrent le nouveau prétendant et obligèrent Louis de Guise à Tabandonner lui-même. Le conclave paraissait plus éloigné de sa conclusion que le jour de sa réunion. Ferrare et Guise, reconnaissant qu'il était impossible de l'emporter sans l'appui des prélats créés par Paul IV, circonvenaient Charles Carafa et feignaient de prendre ses conseils. Un matin, Carafa les prévint qu'il soutiendrait, malgré l'opposition de Philippe U, le cardinal de Mantoue. Sa proposition acceptée, Carafa avertit ses amis. Le succès était assuré quand, au moment d'entrer en chapelle, il souleva lui-même des obstacles inattendus. Farnèse travaillait secrètement cet esprit mobile. Il le détermina à repousser Hercule de Gonzague conune ami de la France, parce que le cardinal de Trente avait dit que la bonne foi du neveu de Paul IV lui inspirait des doutes. Le neveu de Paul IV donnait ainsi raison au soupçon. Carafa souleva de nouveau les prétentions de Pie de Carpi. Le parti français vota avec tant d'union contre ce nouveau candidat qu'il obtint moins de yoeux pour son inclusion que pour son exclusion. Deux prélats italiens, Vitelli et Galdi, possesseurs de grands bénéfices en Espagne,

montrèrent dans ce vote un dévouement sincère à la France. Malgré les menaces des agents de Philippe II , ils demeurèrent fidèles aux promesses qu'ils avaient faites à Louis de Guise. L'échec de Pie de Garpi détacha complètement Gharles Garafa du parti français. Mécontent de son impuissance, incapable d'obéir à une discipline quelconque, susceptible et sans suite, il n'avait apporté au conclave que le trouble et le désordre.

La longue durée de l'interrègne pontifical favorisait l'agitation religieuse. Les Galvinistes se félicitaient des querelles de la cour romaine et prédisaient bien haut la dissolution de l'ancienne église. Les lenteurs, causées par la rivalité des deux rois catholiques, étaient attribuées à l'ambition individuelle des cardinaux, et prêtaient une apparence de raison aux réformateurs de toute secte qui voulaient modifier les lois ecclésiastiques. Gosme de Médicis profitait de la vacance du saint-siège pour arrondir ses états. Il s'empara, par une série de coups de main, de Pondo, château fort sur les confins de la Romagne, de Ghiaggirolo, de Gatteo, de. Sainte-Sophie, de Monte-Rotondo, de Montone.

Heureusement pour l'indépendance de ses voisins, une conjuration redoutable, organisée par un des magistrats de Florence, Piccio Puccî, fit diversion à ses projets de conquête.

AU commencement de décembre, Philippe II proposa au roi de France une intervention commune auprès des cardinaux ^ , et envoya à Rome don Francisco de Mendoza. La France, plus menacée dans son repos que l'Espagne, avait plus de hâte qu'elle d'en finir. Le roi adressa ' à l'ambassadeur Babou de la Bourdaisière des lettres c recommandant aux cardinaux en général, sans nommer personnes particulières, d'élire le prélat qu'ils jugeroient estre le plus convenable à une si grande dignité, par lequel Dieu en fût |

servi et son église catholique bien gouvernée. » Le roi se défendait de toute préférence. Il offrait même de favoriser le candidat du roi d'Espagne, |

€ certain que celuy que éliroit Sa Majesté seroit 1

une personne telle qu'il fault au service de Dieu, nostre seigneur, et au bien de la république chrestienne^. t

Les démarches des deux rois influèrent sur les incertitudes du sacré collège. Cependant quelques intrigues signalèrent la (in du conclave . Les meneurs de chaque parti, comprenant qu'ils n'avaient plus rien à attendre, présentèrent leurs derniers candidats et, dans un effort désespéré, tâchèrent de faire triompher leur

1. Lettre de Philippe U an roi de France (Minute; Arcli. nat., K. 1493, n* 15).

2. Analyse de la lettre du roi de France communiquée par Philippe II À Chanlonay (Arch. nat., K. 1493, n* 24).

cause. Garafa se montrait rennemi des Français ; il luttait contre eux avec Fardeur qu'il avait apportée à les appuyer et se flattait de reconquérir ainsi la faveur du roi d'Espagne. II remit en avant le nom du cardinal Padieco. Plusieurs défections avaient réduit le parti français. Seize voeux étaient nécessaires pour l'exclusion du nouveau candidat et Louis de Guise n'était assuré que de treize. Dans la crainte d'être battu, il usa de tous ses moyens. Les cardinaux Savelliy de Pérouse, Messinetti et Galdi, quoique soumis à Philippe II par les bénéfices qu'ils possédaient en Espagne , restèrent fidèles à la France et Pacheco fut évincé. Le lendemain, le cardinal de Naples, neveu de Charles Garafa, essaya vainement de faire couronner Hercule de Gonzague. Louis de Guise et Hippolyte d'Esté présentèrent successivement les cardinaux Pisani et de Gésis. Pendant ces derniers scrutins, arrivèrent au cardinal de Guise des recommandations conditionnelles de François II et de la reine mère en faveur des cardinaux de Gésis et de Médici^. Le premier était repoussé par Garafa et Farnèse. Le second était un prélat d'une origine et d'un esprit modestes, sans ambition, dont la vie s'était écoulée loin de la politique et qui avait

1. Mémoires d'esiat de Ribier, t. II, p. 839; lettre da roi au cardinal de Ckiise.

recueilli de sa vie obscure le bénéfice de ne point avoir d'ennemis. Un de ses adversaires, le cardinal Montepulciano, Taccusait d'avoir dit qu'il autoriserait le mariage des prêtres pour désarmer l'hérésie luthérienne. Le reproche perdit de sa force quand on apprit que Montepulciano

€ pratiquoit par effeci ce qu'il blâmoit et

tenoit une Portugaise conmie sa femme propre, dont il avoit plusieurs enfans ; et en avoit eu une fille despuis qu'il estoit en conclave^. »

L'élection du cardinal de Médici fut assurée par l'empressement de Garafa à adopter sa candidature. Le bouillant cardinal calcula qu'en soutenant un prélat sans influence personnelle, il portait sur le trône pontifical une de ses créar tures, dont l'appui l'aiderait un jour à faire face à l'orage qui grondait sourdement contre sa maison, et que par surcroît il satisferait à la fois la France et l'Espagne. Trois jours lui suffirent, trois jours de propagande acharnée, pour ramener la plupart des cardinaux qui avaient éparpillé leurs voix sur d'autres prétendants. Le jour de Noël, il envoie son neveu, le cardinal de Naples, annoncer à Médici son élection prochaine. Le scrutin était fixé au S6 décembre. Pendant la nuit, Garafa, redoutant les défections, parcourt les cellules, traîne les prélats en

1. Mémoires d'ettat de Ribier, t. II, p. 837; lettre de TéTéqae d'Angoaléme aa card. de Lorraine.

chapelle, s*écrie qu'il ne faut pas ajourner au lendemain le triomphe du sauveur de TÉglise.

Chacun répond à cet appel avec empressement, les partisans de Médici par conviction, ses adversaires par émulation de courtisan. Le sacré collège réuni, Garafa propose d'acclamer le nouveau pape. L'assemblée tombe à ses pieds et Médici reçoit l'adoration traditionnelle avant que les opposants aient pu se concerter. Tandis que les conclavistes , suivant l'usage, se partagent les dépouilles de l'élu, Garafa, pour regagner sa popularité à Rome, le supplie de pardonner à ses sujets les violences commises après la mort de Paul lY. Le pontife hésite et se rend enfin en stipulant qu'il n'accorde l'amnistie qu'aux instances de Charles Carafa^. L'habile frère du duc de Paliano pouvait se croire victorieux de ses ennemis. Il avait fait nommer un pape, imposé son ascendant au sacré collège, sauvé la fortune de sa maison, restauré son crédit auprès du peuple de la ville éternelle^.

t. BromatOy SUnia di Paolo IV, li?. XII, pasftim. 2. Joachim da Bellay, présent à Rome au moment du conclave, présente de la noble assemblée un tableau piquant. Nous avons déjà remarqué que Joachim était le frère du cardinal du Bellay et se trouvait en situation de recueillir de justes informations.

Il fait bon voir, Pascal, un conclave serré.

Et l'une chambre à l'autre également voisine D'antichambre servir, de salle et de cuisine, Sn un petit recoin de dix pieds en carré.

Le nouvedu pontife se nommait Jean-Àngelo Hédici et appartenait à une famille de petite noblesse qui prétendait se rattacher à la maison de Médicis. Il était frère du marquis de Marignan, le plus célèbre des capitaines italiens au service du roi d'Espagne, l'adversaire de Biaise de Monluc au siège de Sienne. Il prit le nom de Pie IV et fut couronné le jour des Rois.

Les cardinaux de Guise et de Ferrare n'avouèrent pas qu'ils avaient été battus et célébrèrent l'avènement du nouveau pape comme le triomphe de l'influence française. Dans le mémoire qui nous a servi de guide, le narrateur applaudit à l'élection « dont led. Pie IV peult bien avoir d'autant plus d'obligation à Sa Majesté et à lad. royne, sa mère, que, qui l'eust voulu empescher, l'on eust aussi bien trouvé contre luy que contre Garpi plus de vœux pour l'exclusion qu'il n'en eust pu avoir pour l'inclusion, quelque faveur qu'eussent entreprins de luy donner les dictz cardinaulx Garaffe et Farnèse avec toute

Il fait bon Toir aatoar le palais emmaré, Et briguer là dedans cette troupe divine, L'un par ambition, l'autre par bonne minei Et par dépit de l'un être l'antre adoré.

Il fait bon voir dehors toute la ville en armes» Crier Le Pape est fait, donner de faux alarmes. Saccager un palais. Mais plus que tout cela, Fait bon Toir qui de l'un, qui de l'autre se vante. Qui met pour cestui-ci, qui met pour cestui-là, Et pour moins d'un écu dix cardinaux en vente.

la part contraire. » Cinq jours après, le 1 ®' janvier 1560, Jehan Bertrand, archevêque de Sens, écrit de Rome à la reine : < Seulement je vous avertiray. Madame, que vous seule estes cause qu'il est pape, et de sa promotion, qui me faict croire que les affaires du roy et de ses subjects et vostres s'en porteront mieux ^ »

L'élection du nouveau pape satisfaisait médiocrement les deux rois de France et d'Espagne, mais ils firent bonne contenance vis^vis du nouvel élu. Le 28 janvier, Philippe II charge son ambassadeur en France, Ghantonay, de communiquer son contentement au roi^

Quelles que fussent les préférences secrètes du pontife, il était décidé à garder la neutralité entre les deux grands souverains qui soutenaient le saint-siège. U fut bientôt mis en demeure de se prononcer. Le licencié Vargas, en arrivant à Rome, prétendait obtenir la préséance sur l'ambassadeur français. U venait de Venise, où il avait essayé de prendre le pas sur François de Noailles, évèque de Dax^. Ses démarches

1. Négociations sous François II, p. 208. — Voyez anssi la lettre du cardinal d'Armagnac à la reine, du 28 décembre 1559 (Orig., f. fr., vol. 2812, f. 11), et celle de La Bonrdaisière au roi, du 2 janvier 1560 (Copie, f. ftr., vol. 3102, f. 73).

2. Lettre de Philippe II à Chantonay en date du 28 janvier 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 32).

3. Cette affaire est racontée dans une lettre de François de Noailles, évéque de Dax, du 3 juillet 1558 (Mémoires de Ribier, t. II, p. 742).

avaient été repoussées par le Cionseil de la séré* nissime république^, mais il se flattait d'être plus heureux auprès du saint-siège. Pendant l'interrègne pontifical, il n'eut point d'occasions de se manifester. La cour romaine était en deuil et aucune fête officielle ne mettait les deux ambassadeurs en présence. Le couronnement du pape, célébré le 6 janvier 1560, laissait la question indécise. L'évèque d'Àngouléme, en sa qualité d'ecclésiastique, avait une place marquée dans le cortège pontifical, Vargas dans les rangs des laïques. L'Espagnol attendit les cérémonies civiles. Le pape devait donner un festin aux cardinaux et aux ambassadeurs étrangers.

Quelques jours auparavant, Vargas présenta sa requête au pape. Pie lY, fort indécis, aurait voulu se réserver le temps d'étudier les droits des parties. Il chargea l'évèque de Viterbe de dire à Babou de la Bourdaisière qu'il conseillait aux deux ambassadeurs de ne point paraître au festin. Babou accueillit fort mal le dédinatoire. Sur l'avis de Louis de Guise, il refusa de s'abstenir c pour ne pas acquiescer à un seul doubte sur les droits du roy. » c En vain, » dit-il dans une autre lettre, < le pape me proposa de me donner à dhier en particulier tant que je voudrois. Il me conseilla de feindre d'estre malade,

1. Lettre de La Bourdaisière au roi, du 25 septembre 1559 (Copie; Ve de Colberl, ?ol. 343, f. 355).

mais je luy respondis que, quand je le serois à bon escient, attendu la rumeur qui avoit esté desjà de cecy, je me ferois porter au festin, duquel plus tost que m'abstenir, j'aymerois mieux jeusner tout le reste de Tannée. » La Bourdaisière invita le pape à consulter l'ambassadeur de Venise sur les précédents. On l'envoya chercher. Pendant que le représentant de la sérénissime république attendait son tour d'audience, l'évêque d'Angoulème s'efforça de le prévenir en sa faveur. Il aurait voulu connaître le résultat de la conférence; l'heure tardive l'obligea à quitter le Vatican. En sortant, un secrétaire lui confia que le pape avait agité au Conseil de n'inviter aucun ambassadeur. Le jour du festin arriva. La Bourdaisière ignorait la décision du pape. Les cardinaux français avaient été avertis et étaient décidés à quitter la table si le pape privait l'ambassadeur de France de son rang.

La cour entra dans la salle du festin. L'Espagnol était absent ; il avait quitté le cortège pontifical à la porte du Vatican ^ .

Vargas ne se tint pas pour battu. L'année suivante, à l'occasion de l'anniversaire de l'élection pontificale, il renouvela ses réclamations. La Bourdaisière et les cardinaux français montrèrent la même résistance. Vargas, pour ne pas

1. Lettre de La Bourdaisière aa roi, du 12 janvier 1560 (Copie; Vc de Colbert, yoI. 343, f. 375).

éprouver un échec, s'absenta le jour du banquet. Cependant, quelques années plus tard, de nouvelles intrigues firent perdre à la France ses anciens droits. La correspondance de Charles IX et de Henri III avec leurs ambassadeurs à Rome est pleine des revendications du roi de France^. Enfin la préséance fut reconquise sous le règne de Henri IV par le marquis de Pisani.

Peu de temps après Tavènement de Pie IV s'éleva un nouveau conflit entre les deux rois. Le pape s'était hâté d'envoyer l'évêque de Terracine à Philippe II et n'accrédita que plus tard l'évêque de Viterbe auprès de François II. La cour de France l'accusa d'être plus empressé auprès du roi catholique que du roi très chrétien. Pie IV fut obligé de donner à La Bourdaisière des explications qui dissipèrent les malentendus^.

Le cardinal Carafa paya cher ses tergiversations au conclave. L'élection de Pie IV, qui était son œuvre, lui fit perdre l'appui du roi de France sans lui assurer la protection du roi d'Espagne. Assuré de l'impunité par l'avènement de l'une de ses créatures, Charles Carafa reprit

1. Voyez notamment la correspondance de Henri lU a^ec Dabin de la Rocheposay (Ve de Colbert, toI. 345).

2. Lettre de La Bourdaisière au roi, du 24 mars 1560 (Copie; Vc de Colberl, toI. 343, f. 427).

le cours de ses intrigues, commit de nouveaux excès, complota avec Yargas, livra ou vendit aux petits princes d'Italie les secrets de la politique du saint-siège. Les plaintes des victimes du cardinal et du duc de Paliano s'accumulaient secrètement dans le cabinet de Pie lY. Un incident de peu d'importance fit éclater sa colère. Les Garafa poursuivaient de leur haine le prince Golonna, que Philippe II avait élevé à la dignité de duc de Paliano. Au mois de mars 1 560, le cardinal l'accusa de tentative d'assassinat, suborna des témoins et demanda vengeance au pape. L'affaire donna lieu à une enquête et les Garafa furent convaincus d'imposture et de calomnie. C'en était fait de leur pouvoir après cette défaite. Leurs innombrables ennemis revinrent à la charge, et, dans l'espace de quelques jours, un flot de dénonciations, la plupart justifiées par des preuves, inonda le conseil secret du saint-père. Le crédit des deux frères, sourdement miné par la réprobation de tout un peuple, s'écroula subitement. Le 7 juin \ 560, Charles Garafa, encore confiant dans son audace et dans son éneipe, assistait à un consistoire au Vatican avec son neveu, le cardinal de Naples. c Lesd. cardinaux estoient avec leurs grandes chappes au consistoire, attendans le pape, quand le s. Gabrio, capitaine des gardes de Sa Sainteté, leur dit (aux deux Garafa) qu'il avoit diai^

de \ew' faire compaignie aud. Gastel (château Saint-Ange), où il les convoia par le petit corridor qui y va du palais Saiot-Pieire. > A la même heure , le gouverneur de Rome , avec quelques cfaevau-Iégers, emprisonna le duc de Pallano et ses principaux complices^.

Le procès fut mené avec acharnement. Un procureur fiscal, Alexandre Pallantieri, que le cardinal avait autrefois jeté au cachot, fut chaîné de l'instruction. Pallantieri saisit les {Japiers des Garafa, compulsa leur correspondance, suscita des témoins à charge et dressa un acte d'accusation formidable, où le vrai et

cardinal Jehan Bertrand, l'autre par le cardinal de la Gueva, au sein de la commission^.

Le duc de Paliano était acoisé des meurtres de Marcello Gapece, son neveu, et de la duchesse, crimes de notoriété publique, que le coupable avoua dès les premiers interrogatoires , et de graves excès de pouvoir, c sans compter infinis torts et injustices faits à plusieurs personnes et semblablement plusieurs violences et forcemens^. » Il se défendit mal, montra devant la torture la pusillanimité d'un criminel vulgaire et rejeta lâchement sur son frère l'instigation de ses forfaits. Résigné à toutes les faiblesses pour sauver sa vie, il implorait l'appui de la France, Deux fois son secrétaire, Sylvio, vint supplier l'ambassadeur du roi c d'embrasser la défense de son maistre comme chevalier de l'ordre. » Babou de la Bourdaisière accueillit froidement ces prières. A la première, il refusa de prendre l'initiative d'une démarche qui pouvait déplaire au pape; à la seconde, il demanda des ordres au roi*.

Le dossier du cardinal était plus chargé.

Outre sa vie débauchée, il était accusé de cinq assassinats, d'hérésie, de simonie dans le choix

1. Lettre de Baboa de la Bourdaisière da 16 jain, dtée plos haut.

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