Orig., f. fr., vol. 6614, f
soit enceinte et que les privautés d'elle et dud. écuyer soient plus grandes que oncques, voire qu'elle va souvent en la chambre de luy , qui loge en cour, et, quand il n'y est, elle luy fait des finesses par dedans le lit avec des joncs, afin qu'il se picque en se couchant ^ » La faveur de Dudley, malgré de nombreuses éclipses, dura presque autant que sa vie et ne fîit interrompue ni par ses crimes ni par ses trahisons, tandis que la prude Angleterre continuait à chanter les éloges de la reine vierge.
Telle était la princesse que le fanatisme antiromain du peuple anglais avait chargée du gouvernement. Si elle restait indifférente à tout blâme sur sa vie privée, en revanche elle était animée du plus pur patriotisme. Son premier acte fut d'accorder sa confiance à William Gecil, ancien secrétaire d'État sous le duc de Somerset, jurisconsulte qui n'avait encore exercé que des fonctions secondaires, mais qui avait donné la mesure de sa sagesse. Bien conseillée par ce ministre, soumise à ses avis, la reine, pendant la durée de son règne, lui resta fidèle et ne cessa de le soutenir contre ses rivaux, même contre Leicester. Cecil, esprit étroit mais solide, tra-
1. Lettre de Chantonay à la duchesse de Paimei da 15 avril 1560 (Recueil de lettres de Chantonay conserrées anx Archiyes de Bruxelles). Chantonay renouvelle ce récit dans une lettre à Philippe II, du 22 avril 1560 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n» 55).
vailleur opiniâtre et passionné pour les devoirs de sa chaîne, conseiller sans scrupule, Gedl fut le premier de ces ministres anglais, qui, jusqu'à nos jours, ont si résolument pratiqué les maximes de la foi punique, et, pendant près de quarante ans, d'accord avec sa maltresse, fit prospérer, au prix d'injustices et même de forfaits, les destinées de l'Angleterre^.
La reine Elisabeth avait subi plutôt qu'accepté le traité de Gâteau- Gambrésis. Marie Tudor avait perdu Galais. L'affectation d'Elisabeth à le regretter cachait un reproche à l'adresse de cette soeur détestée, qui n'avait pas su préserver la plus précieuse des possessions anglaises.
A la réception du traité, une violente opposition se manifesta à Londres contre les négociateurs. Il y eut des troubles. La reine, encore mal assurée sur son trône, menacée par les catholiques, discréditée par les dires de bâtardise^ qui couraient sourdement dans le peuple^,
1. Voyez le portrait de William Gecil par don Gaeran de Espes^ ambassadeur de Philippe H en 1568 (Tenlet, t. V, p. 47).
1. Elisabeth, fille de Henri VIII et d'Anne Boleyn, éUit née du Tivant de la première femme de Henri Vin, et arait été déclarée illégitime après le supplice de sa mère.
3. Lorsque Elisabeth monta sur le trône, elle jugea prudent de notifier son avènement au pape. Paul IV répondit qu'Elisabeth devait soumettre ses droits à Texamen du saint-siège. C'était les contester en même temps que la légitimité de la naissance d'Elisabeth (Gauthier, HUtoire de Marie Stuart, t I, p. 41).
craignit que ses ennemis ralliassent les mécontents. On lui conseilla de poursuivre un procès, intenté du vivant de Marie Tudor aux capitaines anglais qui n'avaient pas su résister au duc de Guise. Le 22 avril, lord Wentworth, ancien gouverneur de Calais, les s. de Ghamberlaine et de Hurlestone, capitaines du château et des côtes, avaient été accusés de trahison. Le procès donna lieu à des débats retentissants. Le 20 décembre, lord Wentworth fut acquitté par la chambre des lords, mais ses lieutenants condamnés à diverses peines. L'honneur public était sauf; il était avéré que l'Angleterre n'avait perdu Calais que par la faute de ses officiers. Le temps passa ; l'affaire fut oubliée et l'arrêt ne fut pas exécuté. L'irritation du peuple anglais contre le traité était si générale à Londres que les otages français furent regardés comme des ennemis. Il avait été stipulé que le roi enverrait quatre seigneurs du plus haut rang. Il désigna Frédéric de Foix, comte de Caudale, Louis de Sainte- Maure, marquis de Nesle et comte de Laval, Gaston de Foix, marquis de Trans, Antoine du Prat, seigneur de Nantouillet, ancien prévôt de Paris et président au parlement, petit-fils du chancelier du Prat^. Bien traités à la cour, les otages reçurent un mauvais accueil de la part