‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 5 sur 98 · Traité de paix fait à Chasteau-Cambrésis^ p · texte numérisé non relu

Traité de paix fait à Chasteau-Cambrésis^ p

début des conférences, il avait sollicité la main de la princesse Claude, seconde fille de Henri II, déjà promise au duc de Lorraine. Le connétable lui offrit Marguerite de France, fille de François P' et sœur de Henri H, alors âgée de trente-cinq ans. Le duc l'accepta avec empressement * . Dès ce jour, il considéra ses intérêts coomie séparés de ceux de Philippe U, et, malgré de nouveaux succès en Piémont, il n'éleva pas ses demandes^.

La ligne des fix)ntières du Nord souleva un plus long débat. Le connétable, qui, depuis sa première jeunesse, avait guerroyé en Picardie et en Champagne, connaissait les moindres villes et prétendait au rôle d'arbitre. Les autres plénipotentiaires français remarquèrent qu'il les soutenait faiblement et que, dans les points douteux, il capitulait sans discussion. Il conférait souvent seul avec le duc d'Albe, avec la duchesse de Lorraine, et portait en séance des concessions toutes faites. Le cardinal de Lorraine se plaignit de la condescendance de son collègue

1. Les négociations dn mariage de Marguerite de France sont postérieures au 15 octobre 1558, car une lettre de cette princesse à Charles de Gossé-Brissac, de cette date, l'encourage à faire la guerre au duc de Savoie (Orig., f. fr., toU 20451, f. 74).

2. Traité de paix fait à Chatieau-CambrësU, p. 26 et 36. Une lettre du D' Wootton à lord Cecil, datée de Bruxelles et du 9 janvier 1558 (1559), parie avec détails de la modération du duc de Savoie (Calendar of State papers, fareign serieSy 1559, p. 83).

pour les ambitions espagnoles et en informa le duc de Guise. Sur cette dénonciation, le parti des princes lorrains, rivaux des Montmorency, donna libre cours à ses calomnies.

On apprit bientôt dans l'entourage du roi que le duc de Savoie insinuait que le chiffire de la rançon du connétable pourrait être abaissé à la fin de la guerre S et enfin que le roi d'Espagne l'avait fixé à cent mille écus en cas de paix et à deux cent mille en cas de reprise des hostilités^. Malgré les recommandations, ces conditions s'étaient ébruitées. Une lettre autographe du roi à Montmorency porte en post-scriptum : f Beauregard et Roquancourt m'ont dist à ce matin que Meru ^ leur avoit dict que vous estiés à ranson à sant mille escus au cas que la pays se fist, et, sy elle ne se fayt, à deux sens myle^. > Les ennemis de Montmorency l'accusèrent d'avoir sacrifié les intérêts du roi et de la France au désir de recouvrer sa liberté. Ces reproches étaient mal

1. Bibl. nat., f. fr., vol. 3139, f. 40. Lettre autographe du cardinal de Châtillon au connétable, datée du 30 novembre 1558.

2. Relations des ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 409, dans la Collection des documents inédits.

3. Le roi écrit Têtu, C'était le surnom familier de Charles de Montmorency, seigneur de Meru, un des fils du connétable. 11 s'était rendu à Bruxelles auprès de son père ; mais nous voyons par deux lettres, une du dauphin François, l'autre du cardinal de Châtillon, qu'il allait et venait de France à Bruxelles (F. fr., vol. 3139, f. 34 et 49).

4. Lettre autographe, sans date, de Henri II au connétable ; f. fr., vol. 3139, f. 18.

fondés. En montrant ses dispositions conciliantes, le connétable obéissait à des ordres impérieux dont il était seul dépositaire. Le roi Henri II lui écrivait pendant les conférences : c Mon amy , . • . je vous assure que M. de Guy se ne désire la pays, me remontrant tous les jours que j'é plus de moyan de fayre la guerre que je n'us jamès. . • Faytes se que vous pourés afin que nous ayons la pays; et ne monterés sete lestre que au maréchal Synt André et la brûlés aperès. Le dyst personnage (le duc de Guise) a dyst isy à quelquen que, tant que la guerre durera, pas ung de vous deus ne sortirés jamès de prison ; et, pour se, pansési, comme chose qui vous touche^. > Dans une autre lettre : c Pour l'année qui vient je autant ou plus de moien que je né eu setecy, et croy que Ton ne se fut pas esforcé de trouver ses moiens isy, sy se neust esté Tesperance que Ton a que vous ne serés rien^. > Henri U écrit encore au connétable, dans le style hyperbolique du temps, qu'il c subiroit volontiers la mort, laquelle j'estimerois heureuse et mouroys contant quant je veroys une bonne

1. htiiret inédiies de Dianne de PopUers, p. 155, note. Dans ane autre lettre, le roi conseille au connétable de traîner la négociation en longueur à moins que les Espagnols le laissent partir sur parole, auquel cas il faudra se montrer facile et conciliant (Autogr. s. d.; f. fr., vol. 3139, f. 20).

2. F. fr., Tol. 3139, f. 8. Lettre autographe au connétable, sans date.

pays et lonme du monde que jayme et estime le plus ^ . > Gomment un vieux courtisan aurait-il résisté à de tels encouragements?

L'Angleterre n'avait encore pris aucune part aux négociations. Les ambassadeurs de Marie Tudor n'arrivèrent à Gercamp que le 21 octobre. G'étaient Thomas Thurlby, évéque d'Ély, Thomas Howard d'EfBngham, premier gentilhomme de la Ghambre, et Nicolas Wootton, doyen d'Yorck. Ils entrèrent en séance le 24 octobre. Une grave querelle divisait la France et l'Angleterre, la possession de Galais. Le sujet avait été touché dans les réunions précédentes, mais d'un commun accord il avait été ajourné à l'arrivée des commissaires anglais. Dès l'ouverture de la conférence, les ambassadeurs de Marie Tudor, soutenus par les Espagnols^, déclarèrent que la reprise de Galais était la condition de leur acquiescement à la paix. Les Français ne se montrèrent pas moins absolus; ils refusèrent d'accepter la discussion de la clause. Ge début ne permettait aucune transaction. Les plénipotentiaires espagnols proposèrent alors à Philippe II de laisser les Anglais et les Français

1. F. fr.y Tol. 3139, f. 5. Lettre autographe au connétable, sans date.

2. L'opinion publique en Angleterre rendait Philippe II responsable de la perte de Galais. Voyez les pièces publiées dans une étude, ApurUanUentos para la historia del rey Philippe II {Mémoires de V Académie hist. de Madrid, t. VU).

en présence les uns des autres, et dans Tintervalle de renvoyer le connétable en France, c puisque, regaignant le crédit, il se pourroit opposer à ces jeunes gens, désirant le trouble, et peu à peu, par ses prudentes raisons, persuader le roy ^ > Le connétable accepta la mission. Il déclara c qu'il estoit amateur de la paix, comme Ton Tavoit toujours cogneu, et que, s'il se pouvoit veoir libre vers le roy, son maistre,

il feroit librement l'office^ > Mais il ne

donna pour le moment aucune suite à ce projet. Les séances des SI6 et S8 octobre, 7, 9, \ 3,

1 6 et 21 novembre montrèrent l'opiniâtreté des Anglais. La restitution de Calais devenait le nœud de la négociation. Les trois parties s'éloignaient chaque jour davantage d'un accommodement, quand, le 24 novembre, arriva à Gercamp un courrier d'Angleterre. On crut qu'il apportait l'ultimatum de la reine Marie Tudor, mais bientôt s'ébruita, malgré les dénégations des députés anglais, une plus grave nouvelle : la reine d'Angleterre était morte le

17 du même mois. Le 26, avant la confirmation de sa mort, le duc d'Albe et Ruy Gomez proposèrent au connétable et au cardinal de Lorraine de se réunir encore une fois et de conclure ensemble un traité en dehors des Anglais. Les

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