Papkn d'Ssiai de GrandvMle, t. V, p
des bourgeois et du peuple. La ville de Londres ne jouissait pas alors de ce calme apparent qui permet au moindre constable de discipliner la foule. Une populace immense, mal dégrossie de son ancienne barbarie, chaque soir grisée de gin, régnait en maltresse par les rues. La ville était divisée en quartiers, pourvus chacun de barrières et de privil^es exorbitants. Ici Tautorité de la reine, là celle du lord-maire n'étaient pas reconnues. Ces divisions étaient favorables aux séditions populaires. L'un de ces mouvements fut dirigé contre les otages. Un jour^, pendant le règne de François IP, devant Thôtel occupé par le marquis de Nesle, un jeune tondeur se précipita sans provocation sur un des officiers du marquis, Taccabla de coups de vergette et le foula aux pieds. L'officier mit l'épée à la main, mais il fut désarmé par son adversaire, frappé à la tête, et n'eut que la force de se réfugier couvert de sang derrière la porte de l'hôtel de son maître. Le tondeur, arrêté au milieu du tumulte par un constable de passage, fut relâché le soir même. Il revint dans sa boutique et
1. Relation copiée par Gaignières oa par son secrétaire (F. fr., Tol. 20646, f. 180). La pièce est peut-être un rapport de Tarnbasaadeur adressé au roi.
2. La pièce ne porte d'antre date que celle du mois d'août, sans indication d'année ; mais le texte prouTe qu'elle appartient au règne de François II. L'indication que nous trouTons plus loin, le dimanche 6 août, prouve qne ces faits sont de 1559.
ameuta ses voisins. Dès ce jour, les gens du marquis de Nesle furent victimes de la populace de Londres. Bafoués par les plus modérés, attaqués par les violents, ils ne pouvaient aller et venir dans la rue sans courir des dangers.
Le dimanche 6 août, les rixes prirent de plus graves proportions. Les pages, provoqués par les habitants du quartier, ripostèrent aux insultes. La querelle s'échauffa et des coups furent échangés. Le maître d'hôtel du marquis fut obligé de tirer l'épée pour sa sûreté et blessa involontairement le valet d'un s. Watson. Le tumulte augmenta à la faveur de la nuit. Le marquis de Nesle revenait de souper à l'ambassade de France. La foule l'insulta comme un simple page. Un honmie, vêtu d'une robe fourrée, dit le chroniqueur, donna un signal à la porte de la maison de Watson et lança contre le cortège du marquis des hommes armés, dont quatre hallebardiers. Plusieurs gentilshommes furent grièvement blessés. Le reste se retira dans l'hôtel et barricada les portes. Pendant toute la nuit, l'hôtel de Nesles fut assiégé par une foule de plus de 2,000 personnes. Au lever du jour, le 7 août, la foule s'accrût. Les uns étaient armés de pertuisanes, les autres de bâtons ; d'autres enfin, plus redoutables, traînaient des soliveaux en forme de bélier pour enfoncer les portes. Le marquis de Nesle parut à
une fenêtre et essaya de parlementer. Les oonstables demandèrent la livraison des coupables. Le marquis répondit quMl n'y avait point de coupables dans sa maison, que ses gens avaient été Tobjet d'une agression injuste et s'étaient bornés à des actes de défense. Il offrit aux gens de justice une caution de dix mille écus et demanda une enquête régulière.
Le lendemain 8 août, les troubles continuèrent. Des inconnus, déguisés sous un costume particulier, peut-être des gens de guerre, explorèrent les environs de l'hôtel comme s'ils allaient l'assiéger. Une troupe de gens armés prit position à quelque distance des portes. La foule était aussi menaçante, mais plus silencieuse que la veille, et semblait attendre un signal. Le marquis de Nesle se résigna alors à une démarche par laquelle il aurait dû inaugurer sa défense : il demanda à la reine des juges pour ses gens et pour lui. Trois semaines se passèrent. Pendant ce temps, le lord-maire recueillit des témoignages, et les Français, for^ tifiés dans l'hûtel du marquis, veillèrent jour et nuit sous les armes. Enfin, le dimanche 27 août, le comte de Bedford et le grand trésorier d'Angleterre, accompagnés de l'ambassadeur de France et du comte de Gandale, visitèrent le marquis. Ils interrogèrent tous ses serviteurs et les confrontèrent avec le s. Watson. Là s'arrêta
Tenquète. Le 30, le s. de Nesie demanda que rinstruction judiciaire fût poursuivie. Les officiers de la reine lui répondirent par une fin de non -recevoir. Quelques jours après, au moment d'expédier des objets précieux en France, Nesle obtint mainlevée des plaintes déposées contre lui. Ainsi se termina une affaire qui pendant plusieurs semaines avait mis en péril la vie d'un des otages français et la paix des deux nations. Les otages continuèrent à vivre à Londres, toujours mal vus du peuple, mais bien traités à la cour. Plus tard, le marquis de Nesle, le comte de Caudale et le marquis de Trans obtinrent Tautorisation de rentrer en France et furent remplacés par Artus de Yaudrey, s. de Mouy, par le s. de Palaiseau, de la maison de HarviDe, et par le s. de la Ferté-Fresnay*.
Le traité de Gateau-Gambrésis stipulait qu'au bout de huit ans la ville de Calais serait restituée à l'Angleterre, à moins que les agressions du gouvernement anglais contre l'Ecosse ou les côtes de France ne déliassent le roi de ses engagements. Les députés de Henri II avaient eu l'habileté d'imposer cette clause, dont le roi était seul juge. La question étant ainsi posée, Calais
1. Ils étaient encore à Londres pendant (e siège du HaTre et adressèrent une requête À la reine, le 26 août 1563, pour être autorisés à quitter le quartier de la Tour de Londres, où sévissait U peste (La Perrière, U XVI* siècle et les ValoU, p. 160).
semblait irrévocablement perdu pour TAngleterre et le souverain le plus chimérique ne pouvait espérer de le recouvrer jamais, si ce n'estpar la force des armes. Assiéger Calais, le reprendre de haute lutte, Elisabeth ne pouvait le tenter ; elle n'avait encore ni marine ni armée. Mais elle pouvait attendre les occasions, fomenter des troubles, créer des ennemis à la France et, suivant les circonstances, intervenir dans les guerres futures ou vendre son appui. Stevenson, dans la préface des CcUendars ofstate papers, formule ainsi cette politique : Un État agité intérieurement n'est pas disposé à tenir tête à ses voisins. Ce principe a été la règle d'Elisabeth, et, légué par elle à ses successeurs comme le secret de la grandeur de l'Angleterre, a inspiré jusqu'à nos jours les divers gouvernements qui se sont succédé au Foreign office.
Les progrès de la réforme en France donnaient à Elisabeth l'occasion d'appliquer la maxime. Depuis la mort de Henri II, les deux partis religieux étaient en présence, dans cette attitude de défi qui présage les grands combats. Les catholiques, dirigés par le duc de Guise, étaient les plus nombreux. Les réformés, nominalement menés par le roi de Navarre et effectivement par l'amiral de Coligny, rachetaient l'infériorité du nombre par l'énergie et l'audace. Aussitôt que la lutte devint inuninente,
Elisabeth tâcha de renforcer la faction des séditieux. Sans doute, si la cour eût embrassé la réfonne, la politique anglaise eût trouvé des subterfuges pour secourir les catholiques opprimés.
Le 1 8 juillet 1 559, William Gecil conseille à Elisabeth d'entrer en accords avec le roi de Navarre * , que Throckmorton recommande comme le rival du duc de Guise ^. Le lendemain la reine d'Angleterre écrit au prince une lettre où, sous la phraséologie oflficielle, perce une proposition d'alliance inspirée par la similitude des croyances religieuses^. Le messager arriva vers le 97 juillet. Antoine de Bourbon n'était pas encore à la cour. L'ambassadeur d'Angleterre, qui connaissait sa vanité, expédia aussitôt le secrétaire Killegrew au-devant de lui pour lui faire croire que le message lui était exclusivement destiné^. Killegrew rencontra le