‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 74 sur 99 · Négociations sous François 11^ p · texte numérisé non relu

Négociations sous François 11^ p

droite le roi de Navarre, et reçut sans se lever les salutations de ses nouveaux sujets. L^ duc de rinfantado et le cardinal prononcèrent des harangues. Les deux seigneurs, bien que frères, étaient en lutte de préséance. Aussitôt après les discours, le duc gagna de vitesse le cardinal, malgré les ordres de Philippe IIS et se jeta le premier aux genoux de la reine. Elisabeth leur répondit avec bonté et releva le cardinal. Le roi de Navarre fit dresser le procès-verbal par le cardinal de Bourbon et se donna dans cet acte les titres officiels que lui avaient refusés les ministres espagnols. Son autorité, la supériorité de son rang auprès de leur souveraine intimidaient le duc et le cardinal. Le prince déclara qu'il n'obéissait qu'à ses propres convenances en s'arrétant aux limites de la Navarre espagnole. Cette réserve imprévue les laissa sans parole, c Buen es, > dit le duc de llnfantado. Après la signature du procès-verbal , le duc reprit l'avantage. Au moment où il s'approchait pour saluer le prince, Antoine l'accola familièrement sur Tépaule, marque de faveur que l'étiquette ne permettait qu'à un roi. L'orgueilleux hidalgo riposta en accolant le prince à son tour et se hâta de se couvrir le premier. Le roi de Navarre se pencha du côté de la reine

1. lostraction de PUlippe II aa cardinal de Meodoza (Copie en espagnol; Arch. nat., K. 1643, n* 31).

pour se dispenser de se couvrir, mais sa déconvenue ne put échapper aux regards des courtisans^

La cérémonie des présentations fit défiler aux pieds du trône les nombreux gentilshommes qui depuis la veille encombraient les salles du monastère. Tous, après avoir été nommés, furent admis à baiser la main de la reine. L'empressement devint si grand que les barrières se rompirent. Les moindres pages se frayaient un passage au milieu des seigneurs. Les filles d'honneur furent refoulées. Le roi de Navarre fut obligé d'appeler ses propres serviteurs au secours de la princesse. Aussitôt que chacun eut repris son rang, Elisabeth donna congé au roi de Navarre et l'embrassa en lui faisant ses adieux. Cette familiarité souleva les murmures des grands d'Espagne, mais la fille de France s'excusa de le traiter en prince du sang, dernier tribut rendu aux coutumes de son pays natal. La séparation, la solennité de la cérémonie avaient ému la jeune princesse. Au moment où Antoine de Bourbon la saluait pour la dernière fois, elle éclata en larmes. Le cardinal de Men-

1. Chronique anonyme (F. fr., t. 4815, f. 12). — Relation de Lhuillier [Négociations sous François Uy p. 181). Jacques LhuUlier, abbé commendataire d'Épernay, était aecrélaire de la reiae mère. Plus tard la reine d'Espagne demanda pour lui une charge de gentilhomme servant (Lettre autogr. d'Elisabeth à la duchesse de Guise; f. fr., roi. 3238, f. 3).

doza lui dit sévèrement : c Oblivisce populum tuum et domum patris tui. » Elisabeth essuya ses yeux, donna sa main droite au cardinal, sa main gauche au duc de Tlnfantado et monta dans sa litière aux acclamations de ses nouveaux sujets*.

Les mémoires du temps nous permettent de suivre par étape la princesse jusqu'au jour, tant désiré par Catherine de Médicis, où elle devint reine d'Espagne. Les fêtes, les cérémonies de sa réception dans chaque ville ont été enregis^ trées par les Dangeau de la suite avec une abondance de détails qui ouvre un coin de voile sur les mœurs de cette race si puissante au xvi^ siècle. On lira avec intérêt ces récits, qui permettent de comparer notre temps, agité sans grandeur, avec le siècle troublé mais majestueux de Philippe II.

Le cortège de la reine se mit en route au son des trompettes et des tambourins. Le temps se montrait chaque jour plus rude. La neige couvrait les velours et les brocarts d'or des livrées. A leur arrivée à TÉpinal, où la reine devait coucher, les galants seigneurs offrirent aux filles

1. Palma Cayet, Chronologie novenairêy édit. da Panth. UU.j p. 176. — Le 9 juin 1560, Elisabeth écrivît au roi de Nararre ane jolie lettre de remerciement pour les soins et les égards qo'il lui avait montrés pendant le voyage. Nous avons publié cette lettre dans les pièces justtficaUves du tome II d'Antoine de Bourbon et Jeanne d'Atbret.

d'honneur des vivres, des confitures et c des licts. > Lie dimanche 7 janvier, Elisabeth arriva aux portes de Pampelune. Philippe II avait ordonné de lui rendre les mêmes honneurs qu'à Charles-Quint. Le duc d*Âlbuquerque, vice-roi de la Navarre, était alors gravement malade à Tolède; son fils, Gabriel de la Cueva, par ordre du roi, s'était rendu dans la capitale du gouvernement de son père^ La ville avait fait élever des arcs de triomphe revêtus de devises et d'inscriptions d'une telle fadeur que Lansac s'excuse de ne pas en avoir pris copie. Deux mille hommes de pied bordaient la route, sillonnée en tout sens par des masques, des cavaliers, des toréadors, des danseurs et des danseuses coiffées de velours à la mode de la Biscaye. Les officiers de justice avec leurs masses d'argent, les jurats de la ville, vêtus de longues robes de velours noir à parements d'or, le comte de Lerin, connétable de Navarre, Gabriel de la Cueva présentèrent les clefs de la ville à la reine et prononcèrent des harangues. Les bourgeois et les dames, montés sur des genêts ou sur des mules couvertes de sonnettes, lui offrirent un poêle de drap d'or frisé, de la valeur de 300 écus, que le secrétaire Lhuillier trouva mesquin. Elisabeth, vêtue d'une robe de velours

1. IiutracUon de Philippe II an cardinal de Uendoza et au duc de llofaatado (Arch. nat, K. 1643| n* 31).

noir passementé d'argent et coiffée d'une petite toque espagnole, était assise dans une litière ouverte, escortée par le cardinal de Mendoza à droite et p^r le duc de Tlnfantado à gauche.

Une troupe de petits enfants, travestis en gens d'armes, entouraient sa litière et tiraient des salves d'arquebuserie. Les murailles étaient ornées de dessins. allégoriques, de banderoles de feuillage pendues aux fenêtres, d'écussons portant les armoiries de France et d'Espagne et les initiales de Philippe et d'Elisabeth entrelacées par des Amours.

Le 1 janvier, la reine coucha à Larraga, le 1 1 à Olitte, le 1 SI à Gapparosa, le 13 à Yaltiera. Le 14, elle fit son entrée à Tudela, une des principales villes de la Navarre. Les mêmes fêtes, les mêmes acclamations l'y attendaient. Des masques, déguisés en pèlerins de Saint- Jacques et couverts de sonnettes, jouèrent une comédie entremêlée de danses, où les sept péchés capitaux et les sept vertus correspondantes luttaient pour faire et défaire un homme. Après souper, la reine dut assister à un tournoi aux flambeaux, spectacle sinistre qui lui rappela sans doute les souvenirs de la barrière Saint-Antoine^, et le lendemain à une fête plus joyeuse, un combat naval à coups d'oranges^.

1. Sept mois à peine s'étaient écoulés depais la mort de Henri II an toarnoi de la porte Saint-Antoine.

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