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Le Traité de Paris du 30. Mars étudié dans ses causes et ses effets par le Correspondant diplomatique du Constitutionnel

« Qui pounail calculer la dur^e do •(uerrea, le nombre dot campiç^nes qu'il faudrait faire un jour poor réparer le* malheurs qoi résulteraient de U perle de Constantinople, si l’amoitr d’nn lirhe repos cl des délires de la grande ville remportait snr tes conseils d'une sa^e prévoyance? Nous laisserions i nos neveui un ion,q héritage de guerres et do malheurs. l>a tiare ^rerque relevée el lri<.mplianlr depuis la Baltique jusqu'à ta Uédilerranée, on t'errait de nos jours nos provinces attaquées par une nnéc de fanatiques el de barbares i et si dans celte Inlte Irop tardive l'Europe civilisée venait à périr, mitre coupable indifférence eacilerait justement les plaintes de la postérité, cl serait un titre d'opprobre dans l'bisloire. <

{Afetutge fif Xnpolrou Z'' au uuat, du 29 janrirr 1801. )

Si l’on veut apprécier avec une complète exactitude la position que la France occupe aujourd’hui en Europe, il est essentiel de se rappeler quelle était cette position au moment où la (|uestion d’Orient prit naissance, et alors que la cour de Russie couvrait encore du voile du mystère l’objet véritable de la mission du prince Mcnschikoff. Un coup d'u'il jeté en arrière nous fera donc mieux apercevoir toute la distance qui sépare le point de

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avec liberté et avec réflexion ce qu’il y a trente-sept ans l’Kurope entière avait renversé par la force des armes, au milieu des désastres de la patrie, le peuple venge noblement scs revers, sans faire de victimes, sans menacer aucune indépendance, sans troubler la paix du monde. ”

A la fermeté de ce langage, la Russie comprit incontinent de quel poids la voix de la France impériale allait peser bientôt dans la balance des conseils de l’Europe. Elle vit dans le rétablissement de la dynastie napoléonienne un obstacle insurinotitable à celte domination universelle à laquelle elle se croyait jusque-là providentiellement appelée. On sait de quelles réserves elle (!ut soin d’entourer la reconnaissance de l’empire français. Alieux inspirées, les deux grandes puissances allemandes surent résister avec énergie aux suggestions de la cour de l’étersbourg, qui voulait les entraîner à suivre son exemple. Néanmoins le renouvellement de la sainte alliance entravait la liberté de leurs inouvemcnls dans leurs rapports avec le gouvernement de Napoléon III; ce lien inopportun empêchait surtout r.Aulriclie de s’abandonner aux sincères et profondes .sympathies que, depuis l’avéneinent de son Jeune et chevaleresque empereur, elle avait témoignées hautement et en toute occasion au digne successeur de Napoléon I".

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Le gouvernement anglais, on ne saurait le nier, avait mis un grand empresscmeut à reconnaître l'empire français; mais on sait ce qu'il en coûta au cabinet Derby-Disraéli. Le langage de certains hommes d'Etat, et surtout les invectives violentes auxquelles la presse périodique de Londres donnait chaque malin un libre cours , faisaient assez voir qu'une partie considérable du peuple anglais gardait encore rancune à Louis-Napoléon d'avoir, dans l'alfaire Pacifico, forcé le cabinet de Saint-James à respecter ceux que la France couvrait de sa protection. Pour la première fois depuis des années le lion britannique s'était arrête devant l'énergique volonté de la France. Il en était resté de l'autre cûté du détroit un vif ressentiment qui ne se traduisait pas seulement par des diatribes incessantes, par des attaques passionnées dans la presse et au sein du parlement, mais qui se faisait jour jusque dans les régions officielles. On se souvient que, sous l'empire de ces regrettables piéoccupalions, deux membres du cabinet Aberdeen , l'un dans un banquet, l’autre dans une réunion électorale, s'oublièrent jusqu’à éclater eu amères récriminations contre l'empereur des Français.

Les Etats secondaires, s’apercevant de la froideur qui régnait entre le gouvernement de Napoléon III et les grandes puissances, ne mettaient pas non

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plus beaucoup d’empressement à nouer des relations intimes avec lui. Les journaux belges, sardes, espagnols n'appréciaient qu’avec malveillance la nouvelle situation laite à la France par son empereur. La Suisse et la Belgique devenaient des foyers d’agitation où les ennemis les plus acharnés de Napoléon III forgeaient impunément des armes contre lui. Enfin, la situation d’alors pouvait se résumer par un seul mot ; l’isolement. Le nouvel empire français n’avait pas d’ennemis déclarés, mais il n’avait pas non plus d’amis sur lesquels il pût compter.

Cette situation, qui pour tout autre gouvernement aurait pu être une cause de faiblesse, devint, grâce ù la perspicacité et à la fermeté de Napoléon III, un puissant élément de force. Le nouvel empereur sut se soustraire à la tentation de rendre à l’Europe méfiance pour méfiance; il ne chercha point les régies de sa conduite ni les principes de sa politique dans les souvenirs ou les traditions du passé; et de même qu’au lieu d’imiter les fautes de la coalition parlementaire à l’intérieur, il s’était appliqué à les tourner à son profit, de même il sut se garder do retourner contre la coalition diplomatique du dehors les armes quelle employait contre lui. La France pèse d’un trop grand poids en Europe pour que tous les yeux ne se fixassent pas sur son gouverne-

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ment siUM que des compHciitions vieiulraionl à surifir; elle ^lait trop forte par elle-môme pour ne pas attendre sans appréhension le inoinent de prendre un parti; et l’isolement qui semblait lui (Mer tout point d'appui au dehors ralfranehissait aussi de toute obligation. Libre ainsi de tout engagement , l’empire français , dans le choix de scs alliances, n’avait désormais à consulter que ses propres intérêts.

L’histoire nous montre que, depuis un siècle, trois systèmes principaux d’alliance ont tour à tour prévalu dans la politique française. De ces trois systèmes, le plus ancien est celui de l’alliance entre la France et l’Autriche; il exprime la pensée dominante du règne de l’immortelle Marie-Thérèse. Dans une dépêche de 1808 *, datée de Varsovie et adressée au duc de Bassano, alors chargé de la direction des affaires extérieures. Napoléon I", à son tour, recommande à son ministre l’alliance avec l’Autriche comme la plus naturelle pour la France, surtout à cause de la communauté des croyances religieuses. Le génie de l’empereur avait dès lors compris la puissance formidable que la Russie exercerait un jour en FiUrope au moyen des idées reli-

• Nous avons éié assez heureux pour voir l’orlyinal de ce doeument important, qui est eonservé aux arebives des ufl'aires clraii* gères de France.

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gieuscs. A la liaic «{rpcque, on ne pouvait opposer avec succès que la tiare romaine ; l'alliance de l’Autrichc et de la France catholiques était donc indispensable.

L’alliance avec la Russie fut le but con.slant de la Restauration. S'il est vrai que la cour de Pétersbour,q, pour entretenir le «{ouvernement du roi Charles X dans ces dispositions, lui avait promis la rive gauche du Rhin , il n’est pas moins certain qu’elle se réservait en échange la possession de Constantinople. Les runestes conséquences de la bataille de \avarin auraient suffi pour empêcher la France impériale de suivre la même voie que la Restauration , quand même les dispositions de feu le czar \icolas I"' à l’égard du nouvel empire français auraient été plus amicales. Par cette divination qui se manifeste surtout chez les grands hommes lorsqu’ils approchent du tombeau, l’autocrate de toutes les Russies avait iiislinctivement prévu que le jour où il s’aventurerait sur la roule de Constantinople, il trouverait dans Xapoléon III un obstacle infranchissable.

Honoré sur son lit de mort de la visite de Louis- Philippe, le prince de Talleyrand ne crut pouvoir mieux en témoigner sa reconnaissance au roi qu’en lui léguant le conseil de rester toujours fidèle à l’alliance anglaise. Il n’a fallu pourtant que les mariages espagnols pour mettre fin à une alliance

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ù laquelle le gouvernement de juillet avait tant sacriüé.

C’est que toute alliance, pour être solide et durable, doit reposer sur une utilité réciproque. L’économie politique qui, de nos jours, a modifié les conditions essentielles de la vie intérieure des peuples, n’a pas tardé à réagir également sur leur vie ^ extérieure. L’influence des intérêts matériels dans les rapports internationaux a fini par devenir si décisive, que devant elle s’ell’ace déjà partout le système des alliances de principes. La communauté et la solidarité des intérêts forment désormais la base fondamentale des alliances.

C’est sur ce terrain que le gouvernement de Napoléon III, dont tous les actes portent l’empreinte du véritable esprit de notre époque, résolut de rétablir celles de la France, tout en gardant une attitude expectante jusqu’au jour où l’occasion s’offrirait naturellement de s’unir à quelqu’un. Cette occasion ne se fit pas longtemps attendre.

Fidèle à son programme de Bordeaux, au moment de ceindre la couronne impériale, le prince président avait, le 19 novembre 1852, ordonné une réduction de trente mille hommes sur l’effectif de l’armée active de France. Tandis que l’Europe entière accueillait cette mesure comme un gage précieux des sentiments pacifiques du nouvel empe-

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