‹ Le traitement de la coxalgie [electronic resource]Chapitre 48 sur 62 · I . lu Revue d'orthopédie \H'.r · texte numérisé non relu

I . lu Revue d'orthopédie \H'.r

A n'envisager même que la valeur des deux méthodes pour remédier à la seule altitude vicieuse, le redressement conserverait la supériorité. Ceci ne peut pas être sérieusement contesté. Après le redressement, le fémur forme une ligne droite; après l'ostéotomie, une ligne brisée, et dans les grands raccourcissements la coudure sera très brusque et la perte de longueur très notable.

Oui, nous dira-t-on, cette perte de longueur succède forcément à l'ostéotomie transversale ou cunéiforme, mais non pas à l'ostéotomie oblique d'Hennequin qui, par le glissement des deux fragments l'un sur L'autre, donne un allongement assez appréciable.

Je ne crois pas qu'après les vieilles déviations dont nous nous occupons ici, le bénéfice puisse être aussi grand que l'a espéré M. Henuequin : les points de contact des deux segments doivent être assez nombreux, si l'on ne veut pas courir le risque d'une non-consolidation osseuse ; et il me paraît impossible d'admettre que dans les difformités prononcées, ce bénéfice puisse être jamais égal à la perte de longueur que l'os subit de par sa coudure angulaire.

Dans le cas de notre maître, le professeur Terrier, M. Hennequin évalue à 2 centimètres l'allongement obtenu grâce à l'obliquité de l'incision.

Il est certain que chez ceux de nos coxalgiques où le fémur était fléchi à angle droit sur le bassin, la perle de longueur provenant de la coudure de l'os après l'ostéotomie serait bien supérieure à ce chiffre de 2 centimètres.

Et c'est malheureusement dans ces cas de déviations très accusées où cet allongement compensateur devrait être le plus considérable, qu'il le sera le moins, les deux segments ne pouvant pas, dans ce cas, glisser l'un sur l'autre sans que l'on s'expose à la non-consolidation.

Or, une pscudarlhrose qui surviendrait dans ces conditions laisserait une impotence très notable du membre : le segment supérieur ne pourrait pas transmettre au fragment inférieur le poids du corps, la correspondance n'existant plus entre les deux segments.

Mais si nous rappelons que l'on obtient en outre par le redressement une correction définitive de plus de moitié de la luxation du fémur, nous avons démontré que l'ostéotomie ne peut pas lui être comparée au point de vue de la correct ion du raccourcissement du membre.

Mais le résultat fonctionnel que laisse la section de ['os sera-t-il du moins supérieur à celui qu'on peut attendre du redressement? On l'a soutenu, en .lisant (pic l'ostéotomie permettait (lc donner au membre une forte abduction el

entraînait de ce fait une notable inclinaison du bassin.

Je répondrai tout d'abord par ce fait d'observation. Ceux de mes malades chez qui s'est produite la rupture de l'os clans la région soustrochantérienne marchent beaucoup moins bien que les autres.

En second lieu, je ferai remarquer que si le segment inférieur du membre se trouve dans une forte abduction, tandis que le segment supérieur est placé en adduction marquée, il y aura, par suite de cette couclure, une perte de longueur assez notable.

Enfin, puisque lorsqu'on nous parle surtout d'inclinaison compensatrice du bassin, qui va se produire à la suite de l'ostéotomie, il faudrait nous entendre une bonne fois sur le secours qu'il en faut attendre; elle ne peut exister qu'au prix d'une déviation secondaire de la colonne vertébrale, et lorsque cetLe inclinaison doit compenser un raccourcissement de plus de 2 centimètres, elle se traduira par une déviation visible.

En somme, c'est la substitution d'une difformité à une autre, et je crois avec Malgaigne « qu'il y a le plus grand intérêt à s'opposer à des courbures vertébrales qui déplacent et compriment les viscères et peuvent définitivement déformer le tronc tout entier et le bassin. Pour

cela, ajoute-t-il, il faut se décider à laisser

— Anna. Merfer. Hôpital Cazin-Perrochaud. Raccourcissement de 22 centimètres datant do sept nus, et consécutif à une coxalgie suppurée (on retrouve la trace de5 fistules).

subsister la déviation du membre inférieur et le soutenir dans sa nouvelle position. »

Il ne faut demander, à mon avis, à celte incli-

naison compensatrice que de corriger de petits raccourcissements de 2 à 2 centimètres et demi. C'est parfois le même chirurgien qui, pour éviter le port d'une chaussure orthopédique chez les malades dont je parle, laisse se produire une déviation rachidienne et qui, mis en présence d'une scoliose, n'hésite pas, pour remédier à une inclinaison vertébrale à peine dessinée, à

Fig. 38. — La même. A été opérée il y a trois mois. Esl encore au repos. Cette figure représente son état après l'enlèvement du premier appareil. On a appliqué le deuxième appareil immédiatement après.

faire porter à l'enfant, si l'un des membres inférieurs est plus court quel'aulre de 1 centimètre, un soulier à talon surélevé.

Du reste, cette légère abduction devant amener une inclinaison légère du bassin, la seule que l'on doive rechercher et conserver, on peut la donner au membre après le redressement forcé. Les mouvements de latéralité étaient si développés à la fin de la séance opératoire, chez nos malades, que l'on pouvait facilement porter le fémur dans une abduction de

TRAITEMENT DES DÉVIATIONS. 073 près de 90", même dans les cas où la Iuxalion iliaque n'avait été que partiellement corrigée.

L'on ne peut donc pas raisonner sur les attitudes subordonnées à ces luxations d'après ce

!' . Si;'

Pi„ 40. — La môme, vue de face.

qui se passe dans le cas de luxations traumatiques. Ne savons-nous pas que la rotation externe du membre, par exemple, a été presque

aussi fréquemment observée que la rotation interne chez nos malades?

•ig. il. — Lucie M.... Hôpital Cazin-Perrochaud. Opérée pour

"" raccourcisse ni. de 22 centimètres datant de cinq ans,

consécutif è une coxalgie droite suppurée (la malade avaii '•" temPs "M mal ,1c. Pott lombaire). Celte figure re-

présente cette jeune fille deux ans el demi après l'opération

Notre maître et ami M. Hennequin escompte les mouvements que l'on pourra développer, après l'ostéotomie, clans la hanche « ankylosée », mouvements qui doivent améliorer les fonctions du membre.

Mais cette mobilité relative de l'articulation n'est-elle pas beaucoup plus facile à obtenir après le redressement? Et si on l'assurait après l'ostéotomie à l'aide de quelques manœuvres légères, c'est que cette hanche n'était vraiment pas ankylosée avant l'intervention chirurgicale, et que son redressement n'était dès lors pas impossible, comme on le disait.

Ainsi donc, au point de vue de l'état fonctionnel du membre, après les deux opérations, le redressement forcé conserve encore sa supériorité sur l'ostéotomie.

Que conclure de tout cela, sinon que les difformités avec de grands raccourcissements laissés par la coxalgie sont justiciables du redressement forcé, et que cette méthode thérapeutique est, de toutes celles qu'on a proposées pour remédier à ces difformités, la plus inoffensive et la plus efficace1.

1. Tout récemment, j'ai recouru chez deux coxalgiques, guéris avec des luxations iliaques très hautes, à une nouvelle méthode.

Ouvrant la région de la hanche par l'incision qui me sert pour la résection, je suis allé creuser au niveau de l'ancienne cavité colyloïde, presque entièrement comblée, une cavité nou-

ve\\e d es profonde; et abaissant ensuite la tête fémorale luxée je l'ai réduite dans cette cavité.

Os deux opérations m'ont donné les résultats immédiats parfaits qu'on pouvait souhaiter; c'est-à-dire que la réduction de la tète à sa place normale est bien assurée, et la direction du membre devenue par suite absolument correcte.

Chez le premier malade, la plaie opératoire a guéri par première intention. Le deuxième est opéré depuis six jours seulement, et n'a pas encore été pansé, n'ayant pas de fièvre.

La correction se maintiendra-l-clle ? Je l'espère. Mais le deuxième malade se trouve dans des conditions bien meilleures que le premier; parce que chez le premier la tète fémorale était réduite à un petit appendice, tandis qu'elle avait conservé chez le deuxième une forme et un volume presque

normaux....

Page 1