‹ Le traitement de la coxalgieChapitre 38 sur 51 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

Des coxalgies soignées par nous depuis près de deux ans.

1 Coxalgies non suppurées 97

(Avec ou sans attitude vicieuse.)

a) Guéries ou eu voie de guérison sans

complication actuelle 92

b) Passées à la suppuration A

(Abcès fermé.)

o) Terminée par la mort 1

(Méningite.)

2' Coxalgies suppurées 49

(Abcès fermé.)

a) Guéries 45

Par résorption de l'abcès 7

Par les injections de naphtol. . . 26 Par les injections de glycérine

iodoformée 2

Par l'extirpation radicale 10

h) Devenues fistuleuses A

3° Coxalgies fislulcuses 33

a) Guéries 18

(Sous l'influence des pansements antiseptiques aidés de petites interventions.)

b) Dans lesquelles la fistule ou les fis-

tules ne sont pas encore fermées. . 10

c) Terminée par la mort 1

(A la suite d'accidents urémiques.)

d) Réséquées A

De ces quatre malades réséqués :

2 sont guéris; 1 suppure encore:

1 est mort de méningite.

k° Coxalgie* guéries avec des difformités. . . . QA

a) Redressés 16

Dont 15 bons résultats (voir le chapitre précédent), et 1 mort par méningite au troisième mois. (Je rappelle que je ne parle ici que des seuls malades que j'ai redressés depuis près de

2 ans.)

b) Non encore redressés 8

En résumé, 203 coxalgies, mais seulement 186 coxalgiques (certains malades figurant dans deux groupes),

dont 182 guéris ou en voie de guérison ; et k morts, 3 de méningite, 1 d'urémie.

Dans ce chapitre se trouve exposée la statistique complète des coxalgies que nous avons soignées depuis près de deux ans dans nos hôpitaux de Berck ou dans la ville.

Ce n'est que depuis près de deux ans en effet que nous avons remplacé l'extension continue par l'immobilisation absolue dans le traitement de la coxalgie non suppurée.

C'est à peu près à cette même date que nous avons commencé à adopter pour la majeure partie des abcès fermés de la coxalgie le traitement parles ponctions et les injections de naphtol camphré à la place de l'extirpation radicale.

En outre, tandis que jusqu'alors nous avons réséqué plus de moitié des coxalgies listuleuses qui se présentaient à nous, depuis cette date, nous avons écarté la résection autant que possible, traitant par les méthodes conservatrices aidées de petites interventions les formes avancées de la maladie, et réservant la résection pour les malades dont la vie était immédiatement en danger et ne pouvait être sauvée que par cette opération.

Enfin , c'est également depuis ce moment que nous appliquons à toutes les déviations et à toutes les difformités que laisse après elle la coxalgie, le traitement par la méthode du redressement forcé dont la technique a été modifiée par nous de manière à rendre l'application de cette méthode possible et efficace dans tous les cas groupés sous le diagnostic « d'ankyloses vicieuses de la hanche consécutives à la coxal-

gie vraie ».

Il importe de faire connaître le mode de recrutement de nos malades.

Lorsque Cazin, en 1876, est venu apporter à la tribune de la Société de chirurgie la statistique des coxalgies suppurées qu'il avait traitées à Berck, Lannelongue prit la parole pour faire remarquer que les heureux résultats de Cazin trouvaient leur explication dans ce chapitre du règlement qui commandait de n'envoyer à Berck que les enfants susceptibles de guérir, les autres, les très malades, restant à Paris....

Cette remarque est peut-être fondée en ce qui regarde les coxalgiques soignés à l'hôpital administratif, mais n'est pas exacte pour ce qui concerne l'hôpital Rothschild, l'hôpital Cazin- Perrochaud et les autres établissements hospitaliers dont nous avons la direction chirurgicale. Là ont été reçus depuis ces dernières années, sans hésitation, les coxalgies les plus graves et les plus avancées dans leur évolution. Je puis même ajouter que c'est surtout les formes les plus sérieuses que l'on nous y conduit, les autres enfants étant soignés tant bien que mal dans leur famille, à Paris ou en province ou à l'étranger. Les coxalgiques sont venus assez nombreux des pays voisins; nous avons encore en ce moment à l'hôpital Cazin- Perrochaud des enfants venus de Suisse et d'Espagne.... L'on conçoit que ce ne sont pas

les coxalgies bénignes, faciles à guérir, que Ton envoie de ces pays à Berck.

Tous les coxalgiques, quelque gravement atteints qu'ils fussent, ont été admis à l'exception de deux; et pour ceux-là, le refus d'admission a été motivé non par la forme de la coxalgie, mais par la coexistence d'une lésion pulmonaire au troisième degré ; car les lésions pulmonaires avancées sont une contre-indication au séjour de Berck.

C'est pour les raisons que nous venons d'exposer que les coxalgies suppurées et fistuleuses entrent, pour une proportion très grande dans notre statistique : ces coxalgiques étant arrivés à Berck à la période de l'abcès et de la fistule.

Nous avons divisé nos malades en quatre groupes :

Le premier groupe comprend les coxalgies non suppurées, au nombre de 97.

Le deuxième, les coxalgies suppurées avec abcès fermé, au nombre de 49.

Le troisième, les coxalgies flstuleuses, au nombre de 33.

Le quatrième, enfin, les coxalgiques « guéris », avec des difformités : redressés déjà ou à redresser prochainement, au nombre de 24.

1° Coxalgies NON SUPPUREES : 97.

a) Avec attitude vicieuse : 82.

b) Sans attitude vicieuse : 15.

Les premières ont été traitées par le redressement fait en une seule séance, sous le chloroforme; et la contention a été faite par l'appareil plâtré.

Les autres ont été immobilisées, soit dans un appareil plâtré (7), soit dans une gouttière Bonnet (6); ces derniers étaient des enfants de la ville pour qui les parents m'ont demandé de conserver le traitement par la gouttière, déjà institué; il en est même deux chez qui j'ai conservé l'extension continue appliquée par d'autres chirurgiens ; ceux-ci m'en ayant fait la demande et ces deux cas très bénins me paraissant susceptibles de guérir par l'immobilisation relative que procure l'extension continue bien faite et bien surveillée.

Sur ces 97 enfants, il en est 62 qui sont déjà guéris et remis sur pied et les autres encore couchés, mais sans complication à l'heure actuelle. Chez 4 d'entre eux s'est produit, malgré l'immobilisation, un abcès; mais chez 3 de ces malades existaient déjà au moment de l'application de l'appareil, un empâtement fongueux considérable ou des douleurs aiguës, intolérables...,

si bien que je serais tenté de dire que chez ces 3 enfants l'abcès était déjà en voie de formation et que l'immobilisation a été impuissante à le faire avorter....

Mais loin de moi la pensée de vouloir forcer les résultats, et j'accorde que chez k coxalgiques sur 97 nous n'avons pas pu empêcher la suppuration de se produire.

Tl en est un cinquième que nous avons perdu de méningite trois mois après le redressement suivi de l'immobilisation dans l'appareil plâtré. Et cependant le redressement avait été très facile et très court et le malade s'était bien trouvé de l'application de l'appareil.

Personne, ce nie semble, n'est en droit d'affirmer que l'éclosion de cette méningite est imputable aux manœuvres du redressement, bien que certains auteurs aient voulu attribuer au redressement une influence fâcheuse à ce point de vue. Par contre, n'y a-t-il pas 81 de ces enfants chez qui le redressement s'est fait sans qu'on ait pu remarquer dans les mois suivants le plus petit incident? Et ne sait-on pas, d'autre part, que la méningite peut éclater spontanément, sans cause occasionnelle, chez tous les coxalgiques?

Quant au résultat orthopédique, il est parfait au point de vue de la forme et de la longueur du membre; il ne pouvait en être autrement

avec l'emploi d'un appareil plâtré mis en bonne position et bien construit.

Les enfants qui marchent déjà conservent sans doute de la raideur de la hanche; mais cette raideur se concilie avec quelques mouvements, et chez certains de ces enfants la boiterie n'est pas appréciable.

Nous ne faisons du reste à peu près rien pour développer les mouvements de la hanche enraidie — et nous avons donné au cours de cet ouvrage la raison de notre conduite. Rappelons que cette réserve est l'une des conditions qui permettent d'éviter presque toujours les rechutes.

Cependant, malgré toules nos précautions, nous avons observé cette rechute chez deux de nos malades. Mais dès qu'ils ont accusé quelques douleurs — c'est par des douleurs à caractère névralgique que s'est traduite la rechute chez tous les deux — nous les avons presque immédiatement (dès le surlendemain) soumis de nouveau à un traitement très rigoureux. Il n'est pas survenu d'abcès ni chez l'un ni chez l'autre de ces deux malades.

2° GOXALGIES SUPPURÉES (AVEC ABCÈS FERMÉ) : 49.

7 fois l'abcès a guéri par résorption.

26 ont été taris par les ponctions et les injections de naphtol camphré.

2 par les injections de glycérine iocloformée.

10 ont été traités et guéris par l'extirpation complète ;

et 4 se sont terminés, malgré tous nos efforts, par des fistules : 2 quelques jours après l'entrée du malade à l'hôpital ; 1 à la suite d'un traitement de deux mois par les injections de naphtol, 1 à la suite d'une tentative d'ablation complète.

La technique de ces injections et de ces interventions sanglantes est connue, ayant été déjà longuement exposée. Nous n'y reviendrons pas.

Quatre de ces malades ayant des attitudes vicieuses anciennes de plusieurs mois, nous avons remis la date de leur redressement jusqu'à ce que fût obtenue la guérison de l'abcès.

Nous n'avons perdu aucun des malades de cette deuxième série. — Et les résultats orthopédiques des maladies guéris sont excellents; nous en avons déjà fait mention.

3° COXALGIES FISTULEUSES : 33.

a) Dix-huit sont cicatrisées à l'heure actuelle : Onze ayant guéri sous l'influence des pansements antiseptiques et de la contention du membre ;

Sept s'étant cicatrisées à la suite d'injections de naphtol camphré (par le petit procédé que nous avons signalé) ou à la suite de petites interventions (curettages du trajet fistuleux et grattages articulaires).

b) Chez dix les fistules ne sont pas encore taries.

c) Une est morte et a succombé à des accidents urémiques. Cette enfant était venue avec un léger nuage d'albumine dans l'urine. Mais l'albumine avait disparu en même temps que la fièvre après trois mois de pansements antiseptiques; puis les accidents fébriles et l'albumine étaient réapparus. La fièvre étant tombée et la suppuration étant devenue presque nulle, je n'avais pas cru devoir la réséquer. Son état était relativement satisfaisant lorsque sont survenus des symptômes urémiques qui ont emporté cette enfant en dix jours; et je ne crois pas que la résection l'aurait mise à l'abri de cette complication.

d) Quatre ont subi la résection (je rappelle que je parle ici seulement des coxalgies que j'ai traitées depuis près de deux ans et des résections typiques que j'ai faites depuis cette date).

Voici le sort de ces quatre réséqués : Deux sont guéris.

Un suppure encore, bien que la résection date de plus d'une année.

Un était guéri de son opération lorsqu'il a clé emporté onze mois après l'intervention par une méningite.

Les résultats orthopédiques sont différents chez les deux qui marchent déjà: l'un a une jambe mal fixée et boite d'une façon très disgracieuse. L'autre a une jambe solide, et chez lui, laboiterie est peu appréciable. Ils présentent un raccourcissement de 1 centimètre et demi et 3 centimètres : mais l'on peut affirmer, étant donné leur âge, que ce raccourcissement deviendra ultérieurement bien plus considérable.

De ces enfants réséqués par moi, je veux rapprocher neuf enfants réséqués par d'autres chirurgiens que j'ai eu l'occasion de voir et de soigner depuis deux ans.

Trois sont venus avec de la dégénérescence amyloïde, déjà avancée, des viscères et sont morts.

Un a succombé à la méningite.

Et chez les cinq autres, dont deux suppurent encore tandis que les trois derniers ont vu leurs plaies se fermer ici, le résultat orthopédique est mauvais.

Deux ont des jambes assez solides, mais des raccourcissements de 7 centimètres et de 1 1 centimètres et demi, et ce raccourcissement ne fera qu'augmenter; et trois ont des jambes en fléau, non fixées suffisamment pour supporter

le poids du corps. Il n'y en a pas un chez qui le résultat soit comparable à ceux que laisse le traitement conservateur....

Sans doute, ces résultats ne représentent pas exactement la moyenne des résultats de la résection de la hanche, et ce n'est que parce que ces opérés étaient en mauvais état qu'ils sont venus à Berck. Mais l'on a vu au chapitre consacré à l'étude de la résection que cette moyenne des résultats orthopédiques laissés par celte opération est mauvaise.

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