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traitement par des injections intra-veineuses quotidiennes de 20 cc. environ d’une solution à 20 % de benzoate de soude.
Le soir même, la température tombe de 39° à 38°2.
Le 13 juillet, nouveau cliché : existence de l’image hydro-aérique déjà discutable.
Le 5 août, troisième cliché : région juxta-hilaire gauche à peu près complètement nettoyée, et plus aucune trace d'image hydro-aérique.
Le malade sort le 30 août, ne crachant plus, avec une température stabilisée aux alentours de 37°, ayant repris 5 kilos depuis le début du traitement.
Observation IV (docteur Goyet)
M. P.., 40 ans.
Entré le 31 juillet 1937, pour abcès du poumon remontant au 20 juillet.
A l'entrée, état général très touché, fétidité de l’haleine presque intolérable.
Examen pulmonaire : à droite, matité de la base, quelques râles sous-crépitants.
4 août, radioscopie et radiographie : oblique antérieure droite, sinus costo-diaphragmatique libre de la collection indépendante, liquidienne importante, haute de trois travers de doigt environ et large d’un bon travers de main.
Les signes de la radioscopie et de la radiographie indiquant notamment une ligne de niveau liquide, semblent justifier le diagnostic de suppuration pulmonaire juxta-pleurale de la base droite.
Depuis le 2 août, le malade reçoit chaque jour 20 cc. environ de la solution à 20 % de benzoate de soude.
Le 5 août, la température remonte à 39°, tombe brusquement à 37°2 après une dernière vomique de pus très, fétide. ;
7 août, radioscopie : plus trace du niveau liquide de la base droite ; cliché : nettoyage important de la base, absence de tout signe hydro-aérique et symphyse discrète du sinus costo-diaphragmatique.
L’expectoration disparaît d’une façon absolue.
Jusqu'au 20 août, date de la sortie du service, la guérison se maintient.
Le 20 septembre 1937, le malade est revu à la consultation, avec un état général excellent, sans aucun signe pathologique, ni clinique, ni radioscopique.
Les plus pessimistés de toutes les communications à la presse sur la question sont les trois observations de MM. Maurice Perrin, Pierre Briquel et Georges Castelain (Revue Médicale de Nan:y, 15 novembre 1937). Elles sont dignes d'intérêt, car elles se placent nettement en antithèse de toutes les autres. Ils en concluent toutefois qu’il se pourrait qu’ils fassent de nouyelies tentatives, dans des cas rebelles aux autres médications, mais ce ne serait q'’en dernier lieu.
Voyons les reproches qw’iis fonf au benzoate de soude :
Dans la première observation, il s'agit d’une pleurésie purulente à pneumocoque et non d’un abcès du
poumon.
On peut objecter que l'injection a peut-être été faite trop vite, que la préparation était peut-être impure et le malade pithiatique, pusillanime. La deuxième observation a été faite trois jours après la première, Goldkorn dit que ces injections doivent être quotidiennes. Le pneumocoque, enfin, est un microbe peu virulent, le malade aurait pu guérir peut-être sans benzoate et la pleurotomie était indiquée.
La seconde observation a trait à une dilatation bronchique. Dans cette affection, Goldkorn a constaté que le benzoate de soude avait peu d'action. Il est à noter que, vu l’étroitesse et la sclérose des veines du malade, les injections intraveineuses étaient difficiles. Remarquons avant tout le fait qu’elles sont douloureuses par suite des sensations de brûlures daus tout le bras. L’injection est renouvelée le surlendemain, il fallait la faire le lendemain, d’après Goldkorn. Après ces deux injections, la thérapeutique par le benzoate de soude est suspendue. L’observation est courte et incomplète. Elle ne prouve rien contre la curabilité par le benzoate de soude, sinon la douleur que provoquent les injections intraveineuses chez un malade aux veines rebelles,
Dans la troisième observation, les critiques seront du même ordre. Le malade est peut-être également pusillanime, pithiatique. Le malaise angoissant, la pâleur brusque, la douleur avec main crispée sont peut-être des phénomènes vaso-moteurs dus au ben-
zoate de soude. Il aurait été plus prudent de pousser
l'injection en 15 minutes au lieu de 5 minutes. Il a été logique de ne point recommencer. Cela prouve encore peut-être le danger imprécis du benzoate de soude, mais non son absence de pouvoir curateur dans les abcès du poumon, puisque le diagnostic fait à l’autopsie du malade décédé dix jours après l’injection (il ne faut pas dire forcément « post hoc, ergo propter hoc») fut celui de cancer ulcéré sous-pleural. Les conclusions de ces trois observations qui semblent cependant avoir été formulées avec un peu de hâte, sont néanmoins nettement défavorables à cette thérapeutique. Notons toutefois qu’il faut prendre au sérieux le refus du malade et ne le suspecter de pithiatisme qu'après avoir éliminé en connaissance de cause une hypothèse plus grave.
L'observation de M. Quenardel montre une malade traitée très précocement par le benzoate de soude, 12 jours après le début. On peut objecter qu’elle aurait pu guérir spontanément, qu’elle présenta le 29 mars un mieux sensible sans traitement et que l'amélioration après le benzoate de soude dès le 1* et le 5 avril ne serait qu’une coïncidence. Avec ce raisonnement que de coïncidences de cette sorte n’avons-nous pas vues dans les observations de Goldkorn et du docteur Cordier ! Cela paraît trop fréquent pour être vraisemblable. Plus sérieux est le fait que le dernier examen radiologique de la malade de Quenardel est fait le 22 avril, soit un mois
et 7 HE
environ après le début de la maladie, délai bien court pour affirmer une guérison complète et définitive. Les deux observations de notre thèse paraissent résumer l’action du benzoate de soude. L’une se termine par une guérison apparente suivie de mort quelques semaines après, le malade étant en convalescence, l’autre apporte une guérison sous réserve de suivre le malade davantage. Ces deux observations montrent bien la difficulté de jugement dans la thérapeutique en général des abcès du poumon. Dans le premier cas, il s’agissait d’une rémission passagère. Dans le second, on se trouve en face d’une maladie à rechutes, où l’on ne peut savoir bien au juste s’il s’agit d’une rémission actuelle de la maladie où les médicaments ne sont pour rien ou au contraire s’il s’agit bien de rémissions dues à la thérapeutique. Pour se prononcer sur un point aussi délicat, il aurait fallu suivre jour par jour, heure par heure, les malades, voir l'effet immédiat des médicaments et leur effet tardif et mettre à notre disposition toutes les sciences médicales, anatomie, physiologie, pharmacodynamie, thérapeutique et autres pour émettre un jugement. La question de l'efficacité d’une thérapeutique spéciale est d’ailleurs très souvent discutée en médecine. « Le microbe n’est rien, le terrain est tout », disait Claude Bernard. D’où il faudrait concluré que toute thérapeutique spéciale doit être considérée comme postérieure à la thérapeutique générale, le traitement du malade doit toujours précéder
et accompagner la destruction de l’agent infectieux.
LRU