CHAPITRE Vil
Les aliénés ont non seulement besoin d'une surveillance constante au point de vue de leurs fonctions de nutrition et de leurs fonctions intellectuelles, mais encore desoins spéciaux. Celui qui les veille ne doit pas seulement constater les troubles dont ils sont affectés, mais il doit autant que possible concourir à y porter remède et à éviter les accidents qui peuvent en résulter.
Le moyen le plus efficace d'empêcher les malades de s'absorber dans leurs idées fausses est de tenir le plus possible leur esprit occupé; mais il faut éviter la fatigue. Aussi est-il préférable de les distraire par des travaux manuels et des exercices physiques en général. Mais le mieux est d'employer leur temps à des travaux utiles : les jeux comme le billard et les cartes, si les malades
s'y adonnent à l'exclusion d'occupations sérieuses, peuvent à la longue précipiter la déchéance mentale aussi bien que la paresse. Les travaux monotones qui se renouvellent tous les jours aux mêmes heures sont aussi d'une utilité douteuse (1). Les occupations variées, ou interrompues par quelques divertissements sont plus recommandables. La nature de ces occupations varie nécessairement suivant le sexe, l'âge, la situation antérieure. Même lorsque les malades paraissent prendre goût à leur travail, il ne faut pas les perdre de vue ; dans la solitude, ils reviennent facilement à leurs délusions, se laissent aller à de mauvaises habitudes ; la possibilité de tromper les invite à tromper. Les malades sont d'ailleurs encouragés par l'exemple; on ne peut mieux faire que de partager leurs occupations.
L'exercice en plein air est le plus recommandable pour les hommes aussi bien que pour les femmes. Les travaux de jardinage leur conviennent particulièrement. La marche à pied, les prome-
(1) W. D. Granger, How lo cave for the insane ; New- York, 1880, p. 34.