Congrès d'assistance de 1880, t, II, p
iements, relativement à l'assistance des aliénés, qui devient de plus en plus coûteuse. La construction et l'organisation dispendieuses de certaines prisons ou dépôts de mendicité ont déjà scandalisé un rapporteur du budget : il n'est pas douteux que les Conseils généraux ne soient aussi bientôt frappés des dépenses excessives nécessitées par la construction d'asiles destinés à des malades qui pourraient être efficacement assistés à moins de frais.
On tend actuellement à admettre le principe de l'obligation de l'assistance, s'étendant non seulement aux malades et aux indigents valides, mais encore aux vicieux. L'obligation de l'assistance, ainsi comprise, a nécessairement pour effet de s'opposer à la sélection naturelle dans l'espèce : elle serait antisociale et inhumaine si elle ne constituait pas pour la société un moyen indirect de défense. C'est pour prévenir la misère, la cause de toutes les plaies sociales, qu'on doit aider les défaillants, instruire les ignorants et amender les vicieux. En pratiquant l'assistance dans la plus large acception du mot, la société travaille pour sa propre sécurité ; mais elle ne peut atteindre son but si elle fait,
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sans condition, à ceux qu'elle secourt, un sort tel qu'ils ne puissent désirer l'améliorer parleur propre industrie. L'assistance publique doit avoir pour devise : « Tout le nécessaire, rien que le nécessaire. »
Le système familial peut donner aux aliénés inoffensifs et incurables « tout le nécessaire », et il leur donne en plus clés avantages moraux qu'ils ne peuvent trouver dans l'asile. Pour s'assurer qu'ils ont tout le nécessaire, on ne rencontrera aucun obstacle spécial : le contrôle du système familial, appliqué aux aliénés, ne présente pas plus de difficultés que lorsqu'il s'applique aux enfants assistés, et souvent il pourrait être exercé à peu de frais par les mêmes personnes. Les heureux effets de l'amélioration du service d'inspection des enfants assistés dans ces dernières années montrent bien ce qu'on peut attendre d'une organisation analogue.
Si le patronage familial s'applique surtout aux aliénés incurables et in offensifs, ce n'est pas seulement à cette catégorie de malades qu'il convient : dans certaines circonstances, il peut être utilisé comme moyen de traitement, et même se montrer supérieur à l'asile. En outre,
il peut encore rendre des services dans l'assistance d'un autre groupe de malheureux tout à fait dignes d'intérêt," et sur lesquels l'attention a été rappelée dans ces derniers temps : ce sont les aliénés qui sortent guéris des asiles1.
Lorsqu'un aliéné sort guéri d'un asile, ou soidisant tel, car on sait avec quelles réserves il faut accueillir le mot de guérison, il se heurte à des difficultés nombreuses. Même lorsqu'il a une famille, et lorsque, ce qui n'a pas toujours lieu, cette famille le reçoit à bras ouverts, la défiance l'entoure de toutes parts, il trouve difficilement un emploi. Or, l'inaction, lorsque ce n'est pas la rechute dans quelque vice ancien ou l'initiation à quelque vice nouveau ou au crime, c'est souvent au moins pour l'indigent la misère et la détresse. Le vice, la misère, les tourments qui ont joué un rôle si important dans l'apparition des premiers troubles de l'esprit, sont encore plus efficaces à provoquer la rechute. L'aliéné guéri, qui ne trouve pas de travail à sa sortie de l'asile, v rentrera fatale-
1. Ch. Féré, Le patronage familial des aliénés et le patronage des aliénés guéris (Rev. scientifique, 1890, t. XLVI, p. 49G.)
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ment. Le médecin, instruit par de cruelles expériences, hésite souvent à rendre la liberté à un convalescent dont la vie n'est pas assurée. Ces rechutes dues à l'abandon des malades à la sortie et à la réaction qu'elles provoquent, constituent un des facteurs importants de l'encombrement des asiles.
L'assistance, à leur sortie, des aliénés guéris, s'impose, non pas seulement au point de vue sentimental, mais au point de vue de l'utilité publique ; c'est une question de sécurité et d'économie sociale, à laquelle chacun doit s'intéresser, car chacun est exposé à rencontrer un aliéné armé par la misère.
L'initiative privée est déjà venue depuis longtemps au secours de cette catégorie d'infortunés ; plusieurs institutions locales ont été fondées en leur faveur. La première en date est due au zèle éclairé et généreux de J.-P. Falret et de l'abbé Christophe, devenu depuis évêque de Soissons1. Fondée à Paris en 1848, et reconnue d'utilité publique en 1849, elle s'applique exclusivement
1. Falret, Rapport du Comité administratif au Conseil général de l'Œuvre de patronage et asile pour les aliénés indigents sortis convalescents des asiles publics du département de la Seine, 1890.
aux femmes auxquelles elle distribue du travail à domicile, et temporairement dans un asile particulier qui reçoit une quarantaine de personnes, une centaine de personnes y reçoivent des secours chaque année. Des institutions du même genre existent dans d'autres départements.
Morel en avait fondé une à Nancy qui était déjà prospère en 1832 l. M. Leblond, directeur de l'asile de Bailleul, en a créé une dans le Nord en 1881. M. Baume, directeur de l'asile de Quimper a fait, dans le Finistère, une tentative peu fructueuse du même genre. Richard, directeur d'asile de Stephansfeld (Bas-Rhin), en avait fondé une en 1842 qui fonctionne encore aujourd'hui sous la domination allemande. L'Angleterre possède The after care association for poor and friendles female convalescent on leaving Asylum for the insane, qui s'étendra bientôt sur deux sexes2. Des sociétés analogues existent en Allemagne (Hambourg, Brandebourg), et en Autriche, en Italie (Milan), en