CHAPITRE TT
L'IONISATION A L'ACONITINE
L'ionisation à l’aconitine dans les dermatoses a été essayée après les travaux du P' Barré de Strasbourg et ceux de Lehmann et Juster sur l'emploi de ce mode d'ionisation dans le traitement des différentes névralgies (faciale, sciatique). Considérant les névrodermites où prurits circonscrits avee lichénification comme des paresthésies liées à des troubles du système nerveux sensitif, on est naturellement amené à appliquer à ces lésions l’ionisalion à l’aconitine qui avait si bien réussi dans le traitement des irritations des nerfs sensitifs.
Cette ionisation a été appliquée dans le. traitement des prurits circonscrits de la région périnéale : prurit anal, prurit vulvaire et dans le traitement des prurits des autres parties du corps : cou, membre. |
La technique de l'ionisation à l’aconitine ne diffère en
-rien de la technique générale : on emploie pour le traitement la solution d’azotate d'aconitine au titre sui-
vant :
Azotate d’aconitine : 10 centigrammes.
Eau distillée : 250 cm“.
On imbibe de cette solution l’électrode positive : lion aconitine étant un cathion et on recouvre l’électrode d’une plaque d’étain reliée au pôle positif.
L'électrode négative imbibée d’eau ordinaire doit être placée le plus près possible de la région à traiter : dans le prurit vulvaire sur la cuisse, dans les névrodermites de la nuque sur le cou.
La conduite du traitement pour l’ionisation à l’aconitine est assez délicate car l’aconitine est un médicament excessivement toxique pour lequel certains sujets présentent une idiosyncrasie particulière : on débutera done en commençant par des doses assez faibles d’aconitine : quelques gouttes sur l’électrode positive et une intensité assez faible, de plus on ne fera au début qu’une séance tous les deux jours. |
Si la première séance n'a pas provoqué de réactions violentes, on pourra continuer le traitement en aug-
mentant progressivement les doses de solution d’aconitine : (on emploie en règle générale deux cuillerées à café à deux cuillerées à soupe) et l'intensité du courant qui finira par atteindre progressivement quinze à vingt milliampères. Cette progression sera très douce car Vapplication provoque une sensation de chaleur augmentant avec la concentration de la solution d’ aconi- tine et avec l'intensité du courant.
La durée de la séance ira de vingt à trente minutes - et le traitement comportera dix, vingt et même trente
Ke 80 = séances selon l'importance des lésions et les réactions du malade.
L'ionisation à l'aconitine est donc d’un maniement assez délicat, d'autant que la séance d'application laisse après elle une sensation de cuisson, de chaleur et même de brûlure qui persiste de trois à cinq heures après la séance. Il est donc d’une bonne précaution de prévenir les malades de ces phénomènes pour qu'ils ne croient pas que le traitement loin de guérir leurs lésions les a aggeravées. % :
D'autres fois les malades soumis au traitement accusent des troubles spéciaux : anesthésie presque complète de la plaque de névrodermite qui leur paraît comme morte et apparition au pourtour d’une sensation de démangeaison, de cuisson : ce sont là des troubles qui s'expliquent fort bien par le mode d'action de l’azotate d’aconitine sur les -corpuscules tactiles de la peau et sur les terminaisons des nerfs sensitifs. :
Enfin au cours de la séance d’ionisation par Faconitine, l’azotate d’aconitine peut être introduit dans l’organisme par suite du transport électrolytique du médicament et donne lieu au tableau de l'intoxication par l’aconitine : tel le cas qui s’est produit au laboratoire d’électroradiologie du service de notre maître : M. le D' Louste et qui montre que ce traitement doit être prudent et ne s'applique qu’à de petites surfaces. \
De plus pour éviter les accidents d'intoxication il est nécessaire de faire avant l’application un examen soigneux de la région à traiter, pour dépister les excoriations qui pourraient faciliter l'introduction de ce médi-
cament dans l'organisme. Dans le cas où il existerait une ou plusieurs ‘excoriations on les isolerait en interposant entre elles et l'électrode active une feuille de gutta-percha. | L'ionisation à l’aconitine a été également employée par nous dans le traitement d'un eezéma où elle n’a donné que des résultats relatifs, diminution évidente du prurit, mais elle n’a pas empêché l'apparition de nouvelles vésicules prurigineuses, au contraire l’ionisation iodurée a donné dans ce même cas de bons résultats. Enfin avant de passer à l'étude des observations de traitement des prurits par l'ionisation à l’aconitine nous relaterons pour montrer la valeur de ce traitement une expérience pratiquée dans Île service de notre maitre M. le D' Louste.
“IFs’agissait d’un malade préséntant trois placards de névrodermites : sur un placard le plus prurigineux fut placée une électrode positive imbibée de la solution d'azotate d’aconitine, sur un autre placard une autre électrode imbibée d’une solution de brom hydrate de cicutine à 0 gr. 20 cgr. %, et sur le troisième placard fut placée l’électrode négative imbibée avec une solution d'iodure de potassium à un 7% - Après une série de huit séances d’ionisation les résultats furent les suivants : la première plaque.traitée par l’aconitine était presque disparue tant pour le pruril que pour la lichénification, la deuxième plaque traitée par la cicutine avait vu le prurit diminuer mais la lichénification persister enfin. la troisième plaque traitée par l’iodure de potassium n’était nullement modifiée. On
RE D eee
fit ensuite sur la troisième plaque quatre séances de galvanisation simple en appliquant l’électrode positive qui amenèrent une diminution légère mais nette du prurit.
Cette expérience montre donc parfaitement les excellents résultats obtenus par l’ionisation à l’aconitine dans le traitement des dermatoses. : Les observations qui font suite montrent encore mieux les résultats dans les divers Cas que nous avons pu observer.
OBSERVATIONS (Traitement par l'aconitiné)
Obs. I. — Prurit vulvaire datant de 3 ans traité par la radiothérapie et les rayons ultra-violets sans résultat. Lonothérapie à l'aconitine. (Guérison complète après neuf applications.
Mme D..., 40 ans, employée, vient consulter le 31 juillet 1922 pour un prurit vulvaire ; elle est mise au traitement radiothérapique : 6 applications ne donnent aucun résultatelle est mise alors au traitement par les rayons ultra-violets.
Elle en reçoit neuf séances en 1924.
Dix neuf séances en 1925.
Le 27 octobre 1925 : l'examen de la malade ne montre aucune amélioration il s’agit d’un prurigo avec lichénification des deux aines et des grandes lèvres, réemontant maintenant à trois ans et demi.
On note également quelques papules de prurigo sur les deux coudes, papules datant de quatre ans et n'ayant jamais cessé.
Devant l’insuccès des thérapeutiques précédentes on décide de recourir à l'ionothérapie à l’aconitine.
En mettant le pôle + aux cuisses.
le pôle — aux coudes, Marry : 3
Ep) (esse
el en inversant l’ordre des pôles après quinze minutes, l’application durant trente minutes en tout.
La première application a lieu le 27 octobre 1925 ; dès la première application la malade dit n'avoir plus de démangeaisons, on refait en octobre des applications le 29, le 31.
En novembre les 3-5-7-12-18-20-23. |
Le 1% janvier : la malade est examinée le prurit vulvaire a disparu, l'amélioration est venue progressivement dès la troisième séance.
Après la dernière séance le prurit existait encore un peu et huit jours après sans autre traitement et AT gressivement le, prurit a disparu.
Aux coudes : amélioration, le prurit est beaucoup moins fort, mais le coude est resté squameux.
Le prurit vulvaire datait de trois ans et était conséculif à une bartholinite droite.
Obs. II. — Prurit vulvaire, vaginal et des lèvres datant de un mois : onze séances d’ionisation à l’aconitine ,disparution du pruri, quérison persistante.
Mme P.... : 36 ans, ménagère, vient consulter le 23 mai 1925 pour un prurit vulvaire et ER datant de un mois. -
A déjà présenté il y a dix ans une crise de prurit génital ayant duré dix-huit mois.
Hystérectomie il y a huit mois pour salpingite’
On met là malade au traitement JON NérAnIaue par l’aconitine.
Une cuillerée à soupe de la solution sur l’électrodée.
nn.
pie à l’aconiline, Guérison.
RO Er
Intensité du courant : dix milliampères.
Durée de l'application : trenté minutes.
En mai 25, applications le 27-28-29-30.
Eu juin 25, applications le 2-3-4-5-6-7-8-9.
Le 9 juin : guérison du prurit depuis cinq à six jours, l'examen local montre une vulve moins rouge.
À ce moment la malade accuse une sensation de brûlure par crises qui dure une heure à deux heures, qui siège au clitoris, Surtout marquée au moment de la miction. ;
Le 9 janvier 1926 : la malade revient : elle est restée complètement guérie.
Obs. III. — Pruril vulvaire traité par la radio-thérapie sans résultat, puis par la haute fréquence. Ionothéra-
Mme L...…., S. p.,58 ans, vient consulter le 1* juillet 1925 pour un prurit vulvaire. Radiothérapie : légère amélioration. Haute fréquence : 22 séances sans risultat.
Le 23 janvier 1926, la malade est soumise au traite- -
ment ionothérapique à l’aconitine
On place le pôle + à la vulve.
le pôle — aux cuisses.
En janvier 26, applications le 23-26-27-28-29-30.
En 30 janvier, le prurit a presque complètement disparu, amélioration progressive, on Continue le traitement.
Applications :
En février, 2-5-10-11-12-13-15-16-17-18-19-23-24-25-26-
PRE as
En mars, 2-4-5-6-9-13-16-17-19-20-23-25-27-30. - En avril le 3-6-8-10-13-16-17-22-24-26-27-28-29. Eu mai le 6-8-11-14-15. A cette date guérison com-.
plète qui s’est maintenue.
Obs. IV. — Pruril vulvaire datant de deux mois. 1onothérapie à l’aconitine. Amélioration.
Mme A... 08 ans, blanchisseuse, vient consulter le 20 octobre 1925 pour un prurit vulvaire des grandes lèvres et surtout des petites lèvres ét débordant sur les cuisses qui serait apparu deux mois auparavant.
L'examen local montre des lésions de lichénification, les lésions auraient débuté par du prurit, la ma- Jade ayant présenté des pertes jaunâtres quatre mois auparavant.
On la met au traitement ionothérapique par le aconitine avec une solution forte.
Le pôle + est placé sur les lèvres.
Le pôle — est placé sur les cuisses.
Intensité du courant : dix milliampères.
Durée de l application : trente minutes.
En octobre 25, applications le 20-22-26-29.
En novembre 25, applications le 6-9-12-16-19-23-27.
En décembre 25, applications le 8S-11-14-18-21-24-28- 31. Re |
En janvier 26, applications le 4-5.
Dès le milieu de décembre le prurit a été amélioré. Cette amélioration a continué avec le traitement, et la malade a eu progressivement de moins en moins de