INTOXICATIONS
Parmi les poisons, le plomb elle mercure déterminent' plutôt des névrites motrices et trophiques que des névralgies. Cependant Trousseau regardait les névralgies saturnines comme fréquentes.
1“ Hydrargyrisme. — Dans V hydrargyrisme professionnel, et surtout chez les mineurs d’Idria, les névralgies faciale et sciatique ont été fréquemment observées par Hermann. Elles semblent au contraire très rares dans l’hydrargyrisme thérapeutique.
2“ Oxyde de carbone. — L'oxyde de carbone est une cause très fréquente de névralgies, surtout sus-orbitaire et intercostale. On devra se défier des causes d’intoxication, même légères et chroniques. Les asphyxies aiguës déterminent des névrites tenaces et graves, frappant surtout les nerfs des membres avec troubles trophiques particulièi’ement accentués.
3® Tabac. — Le tabac joue un rôle assez fréquent dans les névralgies du trijumeau, mais plus encore dans les névrites du nerf cubital. Huchard a montré que la névralgie faciale liée à cette cause était souvent congestive et accompagnée d’une vive rougeur de la face.
4® Alcoolisme. — Mais entre toutes les névrites toxiques, celles de Valcoolisme occupent le premier rang. Elles s’accompagnent souvent de douleurs atroces et spéciales dans les membres inférieurs : hyperalgésie de la plante des pieds, sensations de morsures dans les mollets, de raboltement, d’écrasement des’jambes. Les paralysies motrices ordinairement bilatérales occupent surtout le territoire du sciatique poplité externe. Les troubles vasomoteurs donnent aux membres une teinte violacée s’accentuant surtout en cas de position déclive. En dehors de ces formes typiques, l’alcoolisme même atténué intervient souvent chez les névralgiques et, dans leur hygiène générale, l’abstention complète d’alcool est Plicque. — Névralgies et névrites. 2
un facteur des plus importants. « Il ne faut pas perdre de vue, écrit le professeur Raymond, que nombre de gens du monde, s’alcoolisent chez eux, dans les cercles et ailleurs à leur insu ; qu’il ne manque pas de dames usant et abusant des vins généreux : porto, malaga^ champagne, sans compter les liqueurs, à table, en visite, en soirée, chez le pâtissier; que beaucoup d’hommes d’affaires habitués à boire sec, comme on dit, sont de plus entraînés à l’usage des apéritifs, en raison même de leurs occupations. Les personnes de ces diverses catégories (et d’autres que j’oublie) trouvent cela tellement naturel qu’elles se gardent bien d’en parler au médecin consulté par elles. C’est à ce dernier qu’il appartient de dresser le bilan de cet alcoolisme de bonne compagnie, de cet alcoolisme des gens qui ne s’enivrent jamais, cequi ne les empêche pas de contracter des polynévrites imputables à un manque de sobriété. »
5“ Arsenicisme. — V arsenicisme constitue une dernière cause, assez rare, mais néanmoins importante à connaître, de névralgies ou de névrites. Qu’il s’agisse d’empoisonnements criminels ou accidentels, d’intoxications d’origine professionnelle, thérapeutique ou alimentaire ÿ les accidents douloureux tiennent presque toujours dans la symptomatologie une place précoce et prépondérante. La céphalée, les fourmillements, les crampes, une cuisson atroce, une sensation de broiement très pénible dans les articulations du pied, des crises fulgurantes ont été particulièrement notées par G. Brouardel (1). Mais on peut trouver les points douloureux à la pz'ession, classiques dans les névralgies. On peut même voir les points apophysaires auxquels Trousseau accordait tant de valeur diagnostique. Ici, comme dans tout diagnostic étiologique, l’interprétation dépend avant tout d’une enquête minutieuse. Celle-ci, dans certains cas, offre des difficultés réelles (vins frelatés d’IIyères,
(I) Georges Dhouaiidel. — L’Arsenicisme. Paris, 1897.