LA NÉVRALGIE PLANTAIRE
La névralgie plantaire est, de toutes les névralgies du membre inférieur, la plus douloureuse et la plus mal connue. Elle semble parfois liée à la station debout prolongée. Arm. Després ( I ) expliquait sa fréquence chez les sergents de ville par une sorte de contusion chronique du talon. Elle est souvent associée à une malformation du pied ; elle constitue surtout une forme du pied plat valgus, douloureux, et est en ce cas uniquement justiciable d’un traitement orthopédique et de chaussures spéciales. Üujardin-Beaumetz a rapporté des faits nettement imputables au rhumatisme ou à la goutte et très améliorés tant parles badigeonnages iodés que par les pédiluves sulfureux. La faradisation très éne'rgique, faite surtout au niveau des points douloureux à la pression (points d’appui du pied), a souvent réussi à Duchenne. Il procédait par fustigation sur la peau préalablement bien asséchée à la poudre de riz. Le stypage, les pulvérisations de chlorure de méthyle soulagent très bien, mais l’érythème déterminé gêne souvent la marche pendant plusieurs jours. Il en est de même d’un procédé de Richerand plutôt renouvelé des bandes de chauffeurs, que vraiment médical, et consistant à chauffer la plante des pieds devant un feu très vif. Le procédé de Magendie, l’incision transversale et profonde de toute la plante du pied n’est qu’un souve-
(l)A. Després. — La chiruraie journalière, io édition, 1894,
nir historique. Mais la gravité de l’opération proposée montre bien l’intensité atteinte et l’impotence fonctionnelle absolue déterminée par certaines névralgies plantaires.
d. — LA NÉVRALGIE DE MORTON.
Une autre névralgie du pied occupant le métatarse antérieur et surtout le 4® orteil est souvent décrite sous le nom de névraUjie de Morton. Elle est très fréquente chez la femme et paraît résulter de causes multiples ; chaussures trop serrées, conformation spéciale du pied, neurasthénie. Les douleurs sont souvent atroces. Parfois même au moment des crises paroxystiques, le pied est pris de mouvements convulsifs pouvant gagner tout le membre avec tendances syncopales. Le repos calme les douleurs. La marche continue malgré la souffrance, la continuation du port de chaussures trop serrées finissent au contraire par influencer très fâcheusement le nervosisme général.
Les douches locales, la faradisation au pinceau, le repos, le traitement général de la neurasthénie et de l’arthritisme ont en réalité moins d’importance que des chaussures bien faites et soigneusement choisies. Le massage, l’iodure à l’intérieur et en pommade iodurée ont très bien réussi dans un cas de Montalto. L’opération proposée par Morton (résection des têtes articulaires douloureuses) sera d’une indication bien exceptionnelle.
A côté de ces névralgies localisées, rien n’est fréquent comme les polynévrites diffuses, mal limitées, des membres inférieurs. Celles-ci sont souvent consécutives à une infection (fièvre typhoïde, diphtérie, streptococcie). Elles sont souvent aussi d’origine toxique (toxines intes-
tinales, arsenic, ergot de seigle, oxyde de carbone, alcool et surtout essences). Les polynévrites alcooliques provoquées par l’eau de mélisse ou le vulnéraire sont très fréquentes chez la femme, les polynévrites absinthiques trèsfréquentes chezl’homme. Le rôle de la grossesse et de l’accouchement est complexe, lié tantôt aux auto-intoxications gravidiques, tantôt aux infections puerpérales. Les bains prolongés, le régime lacté donnent, dans le premier cas, une grande amélioration. Parfois, comme l’a montré Demelin, derrière la polynévrite apparente, se cache en réalité une lésion purement mécanique : le relâchement des articulations pelviennes : symphyse sacro-iliaque et surtout symphyse pubienne. Ce relâchement peut persister même après l’accouchement. Une sensation de fatigue spéciale, de véritable écartellement du bassin quand la malade se met debout appelle parfois l’attention sur le diagnostic exact. Mais souvent le chevauchement des symphyses ne produit que des douleurs vagues et à distance. Il n’est constaté qu’en le cherchant par la palpation et par le toucher direct. Le port d’une ceinture spéciale maintenant et serrant bien les crêtes iliaques et les grands trochanters donne, soit pendant la grossesse, soit après l’accouchement, un soulagement immédiat. On doit enfin distinguer des polynévrites vraies les névralgies souvent observées après l’accouchement, surtout en cas de tête fœtale volumineuse ou d’application de forceps. Ces névralgies sont dues exclusivement à la compression mécanique et sont en général passagères. L’apparition précoce de l’engourdissement aussitôt après la fin du travail est caractéristique. Le début de la douleur en cas de polynévrite puerpérale (comme en cas de phlébite) est beaucoup plus tardif.
La valeur du courant continu dans ces polynévrites diffuses du membre inférieur est remarquable. Appliqué modérément (3 à i milliampères pendant quelques minutes et sans secousses), il peut être sans inconvé-
70 NÉVHALGIES ET NÉVRITES DES DIVERS NERFS.
nient conseillé dès le début. Plus tard, son emploi persévérant vient à bout des névrites en apparence les plus anciennes et les plus graves. Tant qu’il persiste une trace de contractilité galvanique (et celle-ci, en cas de réaction de dégénérescence, est très longue à disparaître au pôle positif), la guérison peut être obtenue. Bien des paralysies regardées à tort comme des cas de tabes, de paraplégies et dépendant en réalité d’une polynévrite diffuse peuvent être ainsi guéries par le courant galvanique. — Le massage, les exercices gymnastiques ont une grande valeur pour prévenir les difformités par rétraction. La rééducation des mouvements par la méthode de P’rænkel contribue beaucoup à rétablir la sûreté de la marche. Souvent la difficulté persistante de la marche est due aux troubles de sensibilité plantaire plus encore qu’à la faiblesse des muscles. Des chaussures à semelles extrêmement minces, permettant bien de sentirle contact du sol, facilitent alors beaucoup l’équilibre. Mais tous ces moyens ne sont que des adjuvants d’une importance secondaire à côté de l’emploi régulier et opiniâtre du courant continu. Pour donner une idée de la persévérance nécessaire, il suffit de mentionner la pratique conseillée par Erb : six mois d’électrisation, trois mois de repos, en employant des traitements divers, trois mois nouveaux d’électrisation. Mais cette persévérance thérapeutique d’une année viendra souvent à bout de paraplégies très graves, en apparence absolument définitives.