‹ Le traitement physiologique de la mortChapitre 22 sur 54 · NOUVEAU CAS DE RAPPEL A LA VIE D'UN NOUVEAU-NÉ · texte numérisé non relu

NOUVEAU CAS DE RAPPEL A LA VIE D'UN NOUVEAU-NÉ

EN ÉTAT d'asphyxie PAR LES TRACTIONS RYTHMÉES DE LA LANGUE

à la suite de l'échec des autres moyens en usage

Le 29 septembre, je recevais de mon honorable confrère de Saint-Mandé, le docteur Gragh, la relation suivante à ajouter à celles de nos précédentes communications :

« Une observation de plus, et un succès à vous offrir.

. Obs. XXXVIII. — e. J'ai été appelé, le 12 septembre dernier, auprès d'une de mes clientes, primipare, âgée de 38 ans, boitant du côté droit, à la suite de convulsions de l'enfance.

« Madame-Dreyfuss, sage-femme à Saint-Mandé, pratiquait Taccouchement et m'avait demandé à une heure du matin : la malade effrayée se décida, à cinq heures du matin seulement, à subir l'application du forceps, qui fut faite sur une tête haute et encore mobile en O.T. G.A. L'enfant saisi

est extrait en état d'asphyxie et de mort apparente.

« Ligature du cordon. Flagellation, frictions excitantes, bain chaud, insufflation avec le tube de Ribemont sans succès.

« Nous désespérions et allions l'abandonner, lorsque je me rappelai soudain votre procédé si simple, je le mis en pratique avec la pince que je pus trouver, et à la stupéfaction de M. D..., à mon étonnement, car j'étais sceptique, l'enfant revint à la vie.

a Aussi Madame Dreyfuss a-t-elle commandé une pince à cadre spécial (voir plus loin, p. 182, la pince de Budin) pour faire à l'avenir les tractions rythmées de la langue.

« Je vous remercie personnellement, etc. »

De M. le docteur Rigabert, de Surgères, le !«'• octobre 1893 :

06s. XXXIX. — « Il y a quinze jours^ je faisais une application de forceps chez une primipare pour une présentation du sommet en occipito-sacrée.

« Malgré les efforts de la femme, la tête n'avait en aucune façon progressé^ et la sage-femme qui assistait à l'accouchement me faisait demander pour le terminer.

« Au moment de mon arrivée, la tête était, depuis quatre heures, dans la même position.

« L'application du forceps, faite rapidement, amena un enfant du sexe masculin en état de mort apparente.

« Confiant la surveillance de la délivrance à la sage-femme, je me mis en devoir d'exercer des tractions rythmées de la langue : au bout de quelques minutes, l'enfant poussait son premier cri.

(( Je n'ai pas cru devoir recourir à la flagellation et autres procédés, ayant plus de confiance dans la rapidité de votre méthode.

« Je tenais à vous signaler ce cas, d'abord comme confirmation du procédé que vous recommandez, — puis pour engager tous les praticiens à recourir à ce moyen, dans tous les cas où il est applicable. »

TROIS CAS d'asphyxie AVEC MORT APPARENTE CHEZ DES NOUVEAU-NÉS.

APPLICATION DU PROCÉDÉ DES TRACTIONS RYTHMÉES DE LA LANGUE : UN SUCCÈS ET DEUX INSUCCÈS.

M. le docteur A. Béal (de Saignes, Cantal) a eu l'obligeance, dont nous le remercions pour nous et surtout pour le service qu'il rend à la pratique par cette communication, de nous adresser.trois observations d'asphyxie de nouveau-nés, dans lesquelles il a fait l'application du procédé des Tractions rythmées de la langue, avec un succès complet dans un cas, et insuccès dans les deux autres.

Ces deux insuccès, les seuls qui soient parvenus à notre connaissance, à part celui que M. le professeur Tarnier a communiqué à l'Académie, mais qui a pu se produire, de l'aveu même de mon savant collègue et ami, à la suite d'une incomplète application du procédé, ces deux insuccès,

dis-je, sont très instructifs, comme on va le voir, et constituent, par l'interprétation qu'ils suggèrent, un enseignement précieux pour les indications et l'opportunité de l'emploi de la méthode, et une juste appréciation des résultats qu'il est permis d'en attendre.

Voyons, d'abord, la relation des faits, telle qu'elle nous a été textuellement transmise par notre honoré confrère :

Obs. XL. — « Le 18 avril 1893, je fus appelé auprès d'une femme en couches, dont l'enfant se présentait par le siège (extrémité pelvienne décomplétée).

La parturiente, âgée de 28 ans, primipare, était épuisée par un travail qui se prolongeait depuis la veille, et il ne se produisait presque aucun effort d'expulsion. La poche des eaux étant rompue depuis longtemps, et les fesses engagées, je me décidai immédiatement à faire une application de forceps sur le siège, que j'amenai facilement hors de la vulve. La résistance du périnée étant assez grande, j'éprouvai quelque difficulté à terminer l'accouchement et à dégager la tête.

Je reçus un enfant bien conformé, mais inerte et eyanosé. Le sang qui s'écoula, après la section du cordon, était noirâtre.

Sans m'attarder aux moyens généralement indiqués, je saisis aussitôt la langue de Venfant sur laquelle j'exerce des tractions rythmées, pendant que je fais exécuter des pressions thoraciques vigoureuses.

Après cinq minutes, environ, de ces manœuvres, il se produit une inspiration assez forte, et je m'aperçois que les pommettes commencent à se colorer.

Peu à peu les mouvements respiratoires se succèdent avec plus de régularité, la circulation se rétablit et l'enfant ne tarde pas à crier. Un quart d'heure ne s'éiait pas écoulé que déjà je pouvais le considérer comme complètement hors de danger.

Il a vécu trois semaines environ, mais je n'ai pas eu connaissance de la maladie à laquelle il a succombé n'ayant pas été appelé à lui donner mes soins. »

Nous n'ajouterons aucun commentaire, dont il ce passe, du reste, à ce cas suivi d'un succès très net; nous ferons remarquer seulement — et cette remarque a, comme on va le voir, une particulière importance — que l'accouchement, malgré ses quelques difficultés, n'a pas duré plus de cinq minutes.

Obs. XLI. — « Primipare, âgée de 23 ans. Le travail commence le 25 avril au soir.

J'arrive auprès d'elle vers minuit, et je constate une présentation de la face. N'ayant pu la convertir en présentation du sommet, et l'engagement n'ayant pas lieu, e parviens à repousser la tête et à faire la version qui me permit d'amener un enfant vigoureux ; mais dans le même état que celui qui a fait l'objet de la première observation. Toutefois on percevait par intervalle les battements du cœur.

Les tractions rythmées de la langue exercées sans relâche amenèrent, au bout de quelques minutes, une inspiration assez profonde avec légère coloration de la face. Cette manœuvre est continuée pendant que je fais pratiquer des pressions abdomino-thoraciques par la sage-femme qui m'assiste. Au bout "d'un certain temps , j'obtiens une nouvelle inspiration, mais moins forte que la première. Le faciès ne change pas sensiblement. Le cœur bat environ toutes les minutes, mais le nombre et l'amplitude des mouvements ont diminué. Mon insistance à continuer les tractions rythmées me permet d'assister à une troisième inspiration, à peine perceptible.

Malgré l'immersion dans l'eau chaude et la flagellation associées aux tractions rythmées, le cœur cessait bientôt de battre et, au bout de trente-cinq minutes de

tentatives, j'étais obligé de renoncer à ramener cet enfant à la vie. »

La particularité qu'27 importe de relever, dans ce fait, et sur laquelle nous aurons à insister tout à l'heure, c'est la durée de l'extraction du fœtus qui a été d'au moins dix minutes. Il est aussi à noter qu'un certain nombre de respirations — quoique inefficaces — se sont produites grâce à l'emploi persistant des tractions linguales.

Obs. XLII. — « Demandé le 8 mai 1893 par une sage-femme qui assistait une femme de 36 ans, primipare, je constate une présentation de l'épaule.

La dilatation étant complète, je romps les membranes et fais la version. Je dégage facilement les jambes et le tronc; mais il m'est impossible d'obtenir la sortie de la tête, malgré tous les moyens usités en pareil cas. Voyant mes efforts infructueux, je confie l'enfant à la sage-femme et me mets le plus rapidement possible à même de faire une application de forceps sur la base du crâne. J'arrive assez facilement à terminer l'accouchement.

Mais pendant ces diverses manœuvres, qui ont duré plus de dix minutes, l'arrêt des fonctions circulatoires déterminé par la compression du cordon ne m'a permis de recevoir qu'un enfant inanimé.

Les tractions rythmées de la langue, pratiquées immédiatement, comme dans les observations précédentes, et prolongées pendant plus d'une demi-heure, ont été sans effet, et je n'ai pu, à aucun moment, saisir un indice quelconque qui ait pu m'autoriser à conserver quelque espoir de ranimer ce nouveau-né. »

C'est, en effet, l'impression immédiate que laisse la lecture de ce fait, dans lequel, après les manœuvres qui ont dû être réalisées pour l'extraction du fœtus et la durée relative de ces manœu-

vres, l'on se trouvait fatalement en présence de conditions d'insuccès de tout procédé, quel qu'il soit.

L'auteur de ces trois observations les résume ainsi lui-même dans les conclusions suivantes :

« J'ai employé votre procédé de la langue chez trois enfants nouveau-nés asphyxiés, dont l'accouchement avait eu lieu par le siège :

Dans le premier cas où raccouchement a pu se faire dans moins de cinq minutes, j'ai ranimé l'enfant au bout de quinze minutes environ.

Dans le deuxième cas, la durée de l'accouchement après lô dégagement des pieds ayant duré près de dix minutes, l'enfant n'a pu être ramené à la vie, bien que j'aie obtenu trois inspirations dont l'intensité, il est vrai, allait en décroissant.

Dans le troisième cas, où j'ai été obligé de faire tous les préparatifs d'une application de forceps, alors que le corps de l'enfant était déjà amené au dehors, il s'est écoulé au moins un quart d'heure dans l'exécution de ces diverses opérations ; aussi le procédé n'a rien donné. »

Ce résumé topique et très clair — comme, du reste, l'exposé des faits — facilite singulièrement l'interprétation rationnelle des résultats, au point de vue de l'application opportune et efficace du procédé dont il s'agit.

Il est évident que, comme nous nous sommes déjà appliqué à le montrer, le procédé de la langue, quelle que soit sa puissance pour le rappel du réflexe respiratoire (et cette puissance, j'ose l'affirmer aujourd'hui, avec des preuves suffisantes à l'appui, n'a pas d'égale dans les autres procédés), a besoin de rencontrer, pour réussir, les possibilités organiques et fonctionnelles qui sont la con-

dition sine quâ, non de la survie et du rappel du fonctionnement de l'organe, dans l'espèce, du rappel de la fonction respiratoire, momentanément suspendue. Il y a, à cet égard, une limite fonctionnelle, qui constitue, pour ainsi dire, le nœud de la solution ou de la possibilité, et qui résulte du fait même des insuccès, tels que ceux qui viennent d'être produits plus haut : c'est pourquoi, je le répète, ces insuccès sont, en euxmêmes, fort instructifs. Il ne nous paraît pas douteux, en effet, que la condition essentielle de l'impossibilité de réussir, en ces cas, a été la longueur relative de l'accouchement, et surtout de l'extraction du fœtus, résultant, d'ailleurs, de la position anormale intra-utérine : présentation vi-cieuse dans les trois cas, nécessité de manœuvrer plus ou moins diffîcultueuses pour l'extraction, et longueur, pour le moins, de dix minutes dans un cas, de quinze minutes dans l'autre, et seulement de cinq minutes dans le premier.

Or, tandis que dans le premier cas, où il ne s'est pas écoulé plus de cinq minutes, le résultat des Tractions rythmées de la langue a été immédiatement favorable, dans le deuxième cas (durée double de dix minutes), malgré la provocation de quelques respirations, mais de plus en plus éloignées et décroissantes, la tentative est finalement demeurée impuissante ; et dans le troisième cas (durée triple, de plus de quinze minutes), l'impossibilité, et partant l'insuccès, se sont manifestés d'emblée, sans la moindre apparence de revivescence fonctionnelle.

Ces faits et les conditions qu'ils représentent con-

stituent une véritable démonstration expérimentale, telle que celle que nous avons réalisée pour la submersion et la mort apparente asphyxique qui en est la suite : ces dernières expériences, répétées^ avec les variations diverses qui peuvent se rencontrer dans les noyades accidentelles, ont déterminé la véritable limite de la possibilité du rappel définitif de la respiration et de la vie, — limite marquée par l'inondation bronchique et du tissu pulmonaire, qui ne permet plus la perméabilité de celui-ci et rend l'asphyxie irrémédiable, pendant que cette dernière achève d'éteindre l'excitabilité des centres nerveux — notamment du centre bulbaire — sans laquelle le réflexe respiratoire ne peut plus s'effectuer d'une manière efficace ; car — fait curieux et qui témoigne de la puissance du procédé — même dans ces conditions extrêmes et irrémédiables, les tractions linguales rythmées ont encore le pouvoir de provoquer ce réflexe, en le forçant, pour ainsi dire, à apparaître encore une, deux ou trois fois, qui sont les dernières. C'est exactement ce qui a eu lieu dans le deuxième cas ci-dessus, où plusieurs inspirations ultimes se sont encore produites, mais trop tardives, et, conséquemment, impuissantes (1).

Il n'en faut pas moins^ toujours — et quel que soit le retard imposé par les nécessités contingentes du cas — recourir au procédé et le mettre en œuvre avec conscience et persistance, attendu que s'il échoue, pour les raisons que nous venons d'essayer d'apprécier, ce résultat négatif donne, au

(1) Voir, à ce sujet, Yves Lecoquil : L'asphyxie par submersion et son traitement. Thèse de Paris, 1893 et plus loin p. 177.

moins, la certitude de la mort, et la satisfaction complète du devoir accompli.

C'est la conduite qu'a tenue notre honoré confrère, et il ne saurait trop en être félicité, tant pour lui-même, que pour le service qu'il a rendu à la pratique^ même par ses insuccès inévitables.

Le cas ci-après, qui nous a été communiqué par M. le docteur Viaud (d'Agon, Manche), mérite d'être rapproché des précédents :

A mesure que je lis vos si intéressantes communications à l'Académie de Médecine, relatives aux tractions rythmées de la langue, je m'en veux de plus en plus de ne pas vous avoir communiqué plutôt une observation personnelle qui me paraît être, comme il est d'usage de dire maintenant, très suggestive.

Il n'est peut-être pas encore trop tard.

La voici :

Obs. XLIII. — Le 16 janvier 1893, je suis appelé par la femme L..., 23 ans, qui me déclare être enceinte de 6 mois et demi au plus. Trois jours auparavant, elle s'est fatiguée, a eu froid, tousse et se plaint de coliques.

Robuste, bien constituée ; elle a eu une fausse couche antérieure. Après interrogatoire et examen, je reconnais et annonce à la famille les premiers symptômes du travail à son début. L'accident, me semble-t-il, peut être encore évité, mais la malade ne prend pas toutes les précautions désirables et ne garde qu'imparfaitement le repos.

Le lendemain 17, accouchement qui s'opère lentement, faute de douleurs suffisantes. Présentation par le siège. Enfant bien constitué, mais très débile, pesant

1 kil. 920 comme je m'en assurai plus tard. Pas de respiration apparente, bien que je perçoive de très faibles battements du cœur.

L'enfant est vite frictionné, réchauffé et débarrassé des mucosités qui obstruent sa gorge. Respiration artificielle et insufflation bouche à bouche. L'état per siste, alarmant.

Tractions rythmées de la langue. Presque aussitôt à la région précordiale et, de chaque côté, au-dessus des clavicules, au niveau des caroiides, se montrent des battements d'abord faibles et qui s'amplifient à mesure que continue la manœuvre. La respiration est à peine appréciable et ne s'affirme bien qu'en plaçant en avant des narines une cuvette de montre.

Dès qu'on cesse les tractions, les battements précordiaux et parotidiens diminuent graduellement, et ils ne reprennent leur amplitude qu'autant qu'on les recommence et qu'on les continue.

Il en est aiusi pendant une heure trente, après quoi l'enfant finit par mourir.

Avec une personne adroite pour me seconder, j'eusse eu une couveuse, je ne sais trop si, né pour mourir, ce petit être n'eût pas vécu.

Quoi qu'il en soit, l'effet des tractions rythmées m'a émerveillé.

Il importe de remarquer que, sans être définitivement efficace, le procédé de la langue a, néanmoins, réussi à ramener et à maintenir, durant un certain temps — le temps possible en ce cas — les fonctions purement végétatives de circulation et de respiration.

Le fait suivant, qui appartient à mon collègue et ami, le docteur Sorre (de Saint-Malo), de même que les deux observations de noyés ci-dessus (p. 19), est du plus haut intérêt et mérite toute l'attention de nos confrères :

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