III. Tractions rythmées de la langue et résurrection
IV. Retour à la respiration artificielle dans le bain chaud, et perte du terrain gagné avec affaiblissement marqué des mouvements respiratoires.
V. Nouvelles tractions et rétablissement définitif de la respiration. »
Nous ajoutons également ici, dans son résumé très succinct, un autre cas de rappel de la respiration et de la vie, chez un nouveau-né en état asphyxique et de mort apparente.
Ce cas nous a été communiqué par M. le docteur CoNVERS (de Saint-Etienne), en ces termes :
« J'ai l'honneur de vous informer que j'ai employé, avec succès, votre procédé des tractions rythmées de langue chez un enfant né en état d'asphyxie et de mort apparente. Voici, en quelques mots, le cas dont il s'agit :
Obs. LI. — Femme primipare, inertie utérine, présentation du sommet en occipito-sacrée.
Application des forceps amenant un enfant du sexe masculin en état de mort apparente.
Tractions rythmées de la langue, prolongées pendant un quart d'heure.
Ce ne fut qu'au bout de ce temps que l'enfant eut une inspiration.
Tout en continuant les tractions, j'ai alors employé les autres moyens : flagellation, frictions, bain chaud, et peu à peu les mouvements respiratoires sont devenus réguliers ; la circulation s'est rétablie.
a L'enfant était sauvé. »
Voici encore un fait, que nous tenons de l'obligeance de M. le docteur Ph. Ledoux (de Pagney, Jura), qui rentre dans la catégorie des cas extrêmes, où l'efficacité du procédé se montre dans toute sa puissance, et où une grande part doit être faite à la persistance et à la ténacité de celui qui l'applique avec confiance.
« Bien que pas mal de nouveau-nés, en état complet d'asphyxie, aient été rappelés à la vie par l'emploi de votre méthode des tractions rythmées de la langue, j'ai l'honneur de vous envoyer l'observation suivante^ qui ne me paraît pas sans intérêt.
Obs. LU. — Le 15 de ce mois (décembre 1893), à huit heures du soir, je fus appelé à sept kilomètres de ma résidence, auprès d'une dame qui, à quatre heures, avait ressenti les premières douleurs de l'enfantement.
Le début de celles-ci avait été marqué par la rupture de la poche des eaux et l'apparition d'une main de l'enfant en dehors de la vulve.
Aussitôt arrivé, je me mis en devoir de pratiquer la version.
J'avais à faire à une présentation du plan latéral gauche, en seconde position.
Les manœuvres furent rendues particulièrement difficiles par les contractions énergiques et très rapprochées de la matrice, l'absence du liquide anxniotique, l'élévation des pieds, qui se trouvaient tout au fond de l'organe, un certain degré de déflexion de la tête, le long de laquelle les bras s'étaient redressés.
Toutefois, au bout d'un quart d'heure, l'accouchement était terminé : la mère se portait bien, mais l'enfant très mal. En état de MORT apparente, il avait les téguments décolorés et tachetés, par places, de plaques ecchymotiques, surtout à la face ; les chairs flasques, un bras cassé, et point du tout de respiration. Je le crus mort sans rémission.
Cependant je voulus tenter de votre moyen. Pour cela je fis maintenir l'enfant par un aide, dans un seau d'eau tiède ; puis, avec mes pinces à pansement, je saisis sa langue et j'exerce sur elle une traction toutes les quatre secondes à peu près. Au bout de douze minutes, il n'y avait encore
aucun signe de retour à la vie ; pas l'ombre de réflexe respiratoire.
Je continuai mon exercice. Bien m'en prit, car quelques minutes plus tard un râle guttural se faisait entendre, puis un autre à un intervalle assez éloigné, quarante à cinquante secondes, et ainsi de suite, mais toujours en se rapprochant, jusqu'à ce qu'un véritable vagissement vînt annoncer l'établissement définitif de la respiration avec toutes ses conséquences.
Les tractions de la langue ont seules amené ce résultat. Je ne saurais, en effet, qu'attribuer une action pernicieuse à une immersion de quelques secondes dans de l'eau très froide, apportée, par erreur, au début, en place de l'eau tiède demandée. La pâleur des téguments indiquait une asphyxie rapide par compression du cordon, et, dans ce cas, le froid devait certainement être nuisible.
Aujourd'hui, le petit ressuscité est merveilleusement portant ; et, sans témérité, je crois devoir vous rapporter tout l'honneur de cette résurrection. »
M. le docteur Bégour (de Lille-Fives), médecin de la Société centrale de médecine du Nord, m'a fait également parvenir, après l'avoir insérée dans le Bulletin médical du Nord, l'observation suivante :
Obs. LUI. — « Une sage- femme me fait appeler, le 10 novembre 1893, pour une femme à terme atteinte d'éclampsie; primipare, taille au-dessous de la moyenne, 20 ans, très grasse et infiltrée à la
face, aux mains, à l'abdomen avec engorgement notable des grandes et petites lèvres, et œdème généralisé aux cuisses et aux jambes; on n'a pu me donner de l'urine.
L'enfant lâche son méconium, le cœur bat au niveau de l'ombilic à droite, présentation du siège, dilatation à peu près complète; col mou, dilatable.
Le cas étant pressant^ vu les accès éclamptiques, j'introduis le doigt dans le pli de l'aine droite dé l'enfant et j'amène la fesse à la vulve. Les pieds sont dégagés, le tronc suit, puis les bras; la tète descend dans l'excavation^ je la fais basculer en introduisant le doigt dans la bouche de l'enfant, le menton s'abaisse.
Le cordon, flasque, ne bat plus, plusieurs inspirations de l'enfant m'indiquent que la situation est critique pour lui; n'ayant pas de forceps, et pris au dépourvu, j'essaie de dégager la tête par la pression sur les épaules et l'abaissement forcé du menton, ce qui exige bien cinq ou six minutes (difficile d'évaluer le temps); l'enfant est décoloré, flasque, enfin, après un dernier effort, la tète franchit la vulve que je m'apprêtais à inciser.
Le cœur de l'enfant trémule faiblement, il ne donne pas d'autre signe de vie.
J'avais au préalable fait préparer un bain tiède, je l'y plonge aussitôt en ordonnant des affusions fraîches sur l'occiput, pendant que je tirais la langue de Venfant d'une façon rythmée à peu près de la vitesse du pouls d'un adulte, j'ai opéré ainsi pendant 10 minutes avec l'index et le pouce, en tenant la langue tantôt par les faces supéroinférieures, tantôt par les bords latéraux.
Au bout d'^ ce temps le cœur s'est accéléré, une légère inspiration est survenue, je n'ai cessé les tractions que lorsque les battements du cœur me semblaient assez soutenus et réguliers de même que l'inspiration et l'expiration; la coloration des tissus s'est accentuée peu à peu, et j'ai abandonné l'enfant entre les mains de la garde lorsqu'il a crié largement.
J'ai pu me convaincre que la traction rythmée de la langue est le moyen le plus rapide, le plus sûr et le plus efficace pour ramener à la vie l'enfant, qui naît dans des conditions les plus désavantageuses, chez une primipare éclamptique, infiltrée, et avec présentation du siège.
Le moyen préconisé par M. Laborde trouvera maintes fois son application dans tous les états asphyxiques. »
Mon honoré confrère, M . le docteur Barre, de Toulon-Mourillon, me transmettait à son tour, le 24 décembre dernier, la brève mais très éloquente relation ci-après :
« La reconnaissance me fait un devoir de vous transmettre l'observation suivante :
Obs.LIV. — « 9 décembre 1893. — Primipare, âgée de 20 ans environ, en travail depuis 36 heures : présentation de la face.
La sage-femme qui assistait la parturiente avait administré de l'ergot de seigle.
A mon arrivée, je trouve la mère épuisée, les bruits du cœur du fœtus à peine sensibles.
Application immédiate du forceps, amenant un enfant du sexe féminin en état de mort apparente
{asphyxie blaiiche).
Pendant que je faisais préparer un bain chaud, etc., saisissant la langue avec une pince, je pratiquai les traclions ryth7nées.
A la deuxième traction, léger frémissement; encouragé, je continue.
Deux minutes après, la jeune mère embrassait son enfant vivante.
Il est probable que le mal avait été produit par le seigle, et que sans les tractions rythmées de la langue, remède héroïque, nous n'aurions pas eu la satisfaction de ramener à la vie cette enfant, qui se porte très bien depuis. Car, je dois ajouter que le bain et V insufflation, employés alternativement, n'ont en rien impressionné le nouveau-né ; à la reprise des tractions de la langue seulement les cris se sont fait entendre et la respiration s'est rétablie. »
M. le docteur Delobel (de Noyon) nous a communiqué, de son côté, les deux très remarquables cas qui suivent :
06s. LV. — ASPHYXIE BLANCHE ET MORT APPA- RENTE CHEZ UN NOUVEAU -NÉ, A LA SUITE DE MANOEUVRES DIFFICULTUEUSES DE VERSION.
Rappel à la vie par les tractions rythmées de la langue, après échecs des autres moyens, notamment de l'insufflation bouche à bouche.
« Appelé, le 2 août dernier, à quatre heures du matin, dans un village voisin, chez une secondi-
pare (qui n'a pas eu d'enfant depuis huit ans), par une sage-femme, afin de pratiquer une version, je saisis aisément, malgré la procidence du bras gauche, un pied. Mais j'ai eu de la peine à l'amener à la vulve; ensuite j'ai dû, et j'avoue que ce n'était pas sans inquiétude, tirer avec force pour arriver à faire sortir le membre inférieur gauche .
Pour le deuxième, la chose a été facile. Mais les difficultés se renouvellent pour faire sortir le tronc et surtout les bras. Pendant que je dégage ceux-ci, l'enfant fait quelques mouvements respiratoires, et je crains qu'il ne succombe. Enfin je fais sortir la tête en mettant un doigt plié en crochet dans la bouche et en ramenant le dos de l'enfant sur le ventre de la mère.
L'enfant est pâle, inerte : il est en état d'asphyxie blanche.
La flagellation suivie d'un bain ne donne rien. Je mets la bouche sur la bouche et le nez de l'enfant, et je souffle.
Au bout de dix minutes, n'obtenant rien, je saisis la langue avec une pince hémostatique et pratique d'une main des tractions rythmées en même temps que, de l'autre, j'exerce la compression du thorax suivie de la décompression. Le père tenait la tête de son fils immobile.
Au bout de cinq minutes, c'est-à-dire vingt minutes après sa naissance, l'enfant fait une première inspiration, bientôt suivie d'autres inspirations de plus en plus rapprochées.
Je ne le quitte qu'à sept heures du matin, respirant très bien. Il est aujourd'hui très bien portant. »
Obs. LVL— ÉTAT A.SPHYXIQUE A LA SUITE D'uNE APPLICATION LABORIEUSE DE FORCEPS.
Rappel de la respiration et de la vie par les Tractions rythmées de la langue.
« Le 4 novembre dernier, nous écrivait le même docteur Delobel, à sept heures du soir, je suis appelé par la sage-femme auprès de Madame U..., primipare, en travail depuis quatre heures du soir.
Partie de Paris à une heure quinze, cette femme a perdu ses eaux en route et est arrivée chez sa mère à quatre heures.
La dilatation du col s'est faite assez rapidement, mais il n'y a eu aucun progrès dans le travail jusqu'à sept heures. La présentation est celle du siège décomplété, mode des fesses, S. L G. A. Les battements du cordon sont tombés à 100.
Nous faisons une application de forceps; le siège est amené très lentement à la vulve, pendant les douleurs. De plus, il y a une étroitesse remarquable de la vulve (au point que nous l'avons déchirée en introduisant doucement la main recouverte de vaseline).
Il nous faut dix minutes pour amener le siège à la vulve, dégager les membres inférieurs, puis les supérieurs, et enfin la tête.
Les battements du cordon n'existent plus ; mais je perçois encore ceux du cœur.
Je fais l'insufflation bouche à bouche durant cinq minutes, je n'obtiens que deux mouvements respiratoires.
Je saisis alors la langue avec une pince hémostatique, et j'exerce d'une main des tractions rythmées de la langue/ tandis qu'avec l'autre je fais la compression suivie de la décompression du thorax.
Les mouvements respiratoires s'établissent presque aussitôt; bientôt l'enfant se met à crier, et je le considère hors de danger.
Il est neuf heures quand je quitte la mère et l'enfant bien portants.
L'insufflation aurait-elle été suffisante? Sans douter absolument de son effet en cette circonstance, je trouve que le procédé des tractions rythmées de la langue agit d'une façon bien plus rapide. »
Un honorable confrère du Tarn, M. le docteur Milhau (de Labastide-Rovairoux), nous adressait, le 17 novembre, l'observation ci-après, en ces termes :
« Encore un succès de rappel à la vie par votre méthode, les tractions rythmées de la langue.
Obs. LVII. — « Une de mes clientes de la campagne accoucha, il y a un an environ, d'un bel enfant que tous les moyens connus alors, et mis en usage par la sage-femme qui ^assistait, ne purent réussir à rappeler à la vie : respiration de bouche à bouche, immersion dans Feau chaude, etc.
a Cette femme, sur le point d'accoucher de nouveau, me fît prévenir, il y a quelques jours, de me transporter sans retard auprès d'elle, dès qu'elle me ferait appeler, désirant que j'assiste à sa déli-
vrance pour donner mes soins au nouveau-né, s'il y avait lieu.
« A l'appel de ma cliente, j'enfourchai mon cheval, et, comme j'arrivais, l'enfant était né il y avait un instant, en état de mort apparente.
« Les femmes présentes avaient lié et coupé le cordon, avaient fouetté l'enfant avec la main, et l'avaient frictionné avec de l'eau-de-vie.
« J'étendis l'enfant sur une table, fis des aspersions d'eau fraîche, la respiration de bouche à bouche, la respiration artificielle ; je présentai Tenfant devant le feu, puis à l'air extérieur. Je n'obtins aucun résultat.
« C'est alors que j'eus recours aux tractions rythmées de la langue.
« Au bout de trois à quatre minutes survint une inspiration ; deuxième inspiration une minute après seulement. Les inspirations se rapprochèrent et l'enfant fut sauvé.
« J'ai cru utile de vous signaler ce fait, qui m'a édifié sur votre procédé que j'appelle souverain. »
Presque en même temps que les précédentes, je recevais de M. le docteur C. Pagaud (de Sillans, Isère), la suivante :
Ayant suivi attentivement les différents articles de la Tribune médicale relatifs aux tractions rythmées de la langue, j'étais décidé à m'en servir le cas échéant.
Obs, LVIII. — « Le 28 décembre 1893, je fus appelé, vers neuf heures du matin, dans un village distant d'environ sept kilomètres, auprès d'une primipare de 22 ans, sans aucune déformation pelvienne.
Le travail durait depuis la veille dans l'aprèsmidi ; vers neuf ou dix heures du soir, la poche des eaux s'était rompue.
A mon arrivée, le col est dilaté et même lacéré par le petit travail d'une sage-femme d'antan : Douleurs continues, sans résultat.
A l'auscultation, on ne perçoit aucun bruit fœtal. Présentation 0. 1. D. P., application de forceps, durée : dix à quinze minutes environ.
La tête, sortie, laisse passer un peu de méconium. Issue de l'enfant, ligature du cordon.
L'enfant est cyanose, quelques claques sur les fesses et sur les joues n'amènent pas de respiration.
Je prends une pince hémostatique dans ma trousse et je commence les tractions de la langue.
Au bout de cinq minutes Tenfant pousse un soupir; je continue, et au bout de huit à dix minutes, en totalité, l'enfant se ranime, la cyanose a disparu, et une évacuation intestinale me décide à cesser les tractions.
Comme disent les autres confrères, le procédé de la langue a fort intrigué l'assistance, et changé le rire naïf de la sage-femme en une exclamation. »
Après avoir reproduit les cas observés à l'hôpital Trousseau et relatés par M. le docteur Moizard (V. p. 44), le Concours médical, dans son numéro du 23 décembre dernier, y ajoutait, de la part de M. le docteur P. Hu- GDENiN (de Paris), l'observation suivante en faveur de refficacité du procédé :
UN NOUVEAU CAS D'aSPHYXIE DES NOUVEAU-NÉS Guéri par les Tractions rythmées de la langue.
Obs. LIX.— « Il y a quelques jours, à la suite d'un accouchement très laborieux en présentation du siège, les eaux étant écoulées depuis vingt-quatre heures, le fœtus ayant expulsé une grande quantité de méconium, les battements du cœur ayant cessé d'être perceptibles, l'enfant fut extrait par le forceps et considéré comme mort par la sagefemme et les personnes présentes.
Les tractions rythmées de la langue furent pratiquées immédiatement, avant même que le cordon fût sectionné ; puis on frictionna l'enfant, on Tenveloppa de serviettes chaudes, et on le sépara du placenta maternel, tandis que les tractions étaient continuées avec patience.
Au bout d'un quart d'heure, on sentit nettement les battements du cœur et l'enfant fit un effort d'inspiration.
Dix minutes encore s'écoulèrent, pendant lesquelles l'enfant fit plusieurs mouvements respiratoires ; la gorge fut nettoyée avec un tampon d'ouate hydrophile, et Tenfant revint définitivement à la vie. Il est actuellement en bonne santé.
Voilà une résurrection que n'auraient certes pas faite nos pères avec le tube laryngien et même avec la respiration artificielle. »
Enfin — car nous devons nous résigner à clore ici la liste de ces faits qui se multiplient maintenant, journellement, nous recevons, au moment de mettre sous presse, de notre confrère et ami, le docteur Delineau (de Pari'^), communication des faits très remarquables suivants, qu'il a également présentés à la Société des Médecins Praticiens (séance du 9 février 1894), dont deux se réfèrent à l'asphyxie des nouveau-nés et ressortissent à ce chapitre, et l'autre a été relaté plus haut à l'article Asphyxies toxiques (p. 35) :
« Je me fais un plaisir, dit le docteur Delineau, de vous adresser les observations suivantes que j'ai déjà communiquées à la Société des Médecins Praticiens, le 9 février. Je tiens à vous reporter la plus grande part de la satisfaction professionnelle que m'a donnée la mise en œuvre de votre procédé dans ces cas.
Obs, LX. — ENFANT NOUVEAU -NÉ EN ÉTAT d'asphyxie et de mort APPARENTE APRÈS
l'emploi des moyens en usage.
Rappel à la vie par les tractions rythmées et persistantes de la langue.
Le 9 mai 1893, je fus appelé, au milieu de la nuit, par Mme C..., sage-femme, avenue Parmentier, chez Mme B..., sa cliente.
Quand j'arrivai, la sage-femme me dit : « Je vous fait appeler, M. le docteur, pour Mme B...qui vient d'accoucher d'un enfant mort après trente-huit heures de travail. Cette femme perd beaucoup de sang. Le cordon s'étant rompu, je ne puis retirer seule le délivre. »
Je me mis donc en demeure d'extraire le placenta. L'opération fut rapidement terminée et je pus arrêter l'hémorrhagie.
Je prescrivis un traitement et je me retirais quand j'eus l'idée de demander à voir l'enfant. Il était enveloppé dans une serviette et relégué dans un coin sur un oreiller.
Le petit être^ un garçon, était bien constitué. Il pesait 3 kilog. 1/2, — « Il est inort, » me dit la sage-femme, « je l'ai frictionné^ flagellé. J'ai essayé la respiration artificielle sans résultat. Il n'y a plus rien à faire. » Hélas ! il n'y a plus rien à faire ! répéta la grand'mère.
A la vue de cet enfant, le procédé du docteur Laborde me vint aussitôt à l'esprit. Je saisis alors la langue de Venfant avec le pouce et l'index entourés d'un linge, et je me mis à exercer des tractions rythmées, de la main droite, tenant la tête un peu élevée, de la main gauche.
La grand'mère parut exaspérée. Il lui semblait que j'allais arracher la langue de son petit-fîls et que j'allais commettre un sacrilège sur le cadavre.
Sans m'arrêter aux réflexions intempestives de la bonne dame, je priai la sage-femme de faire des pressions sur les flancs et le ventre pendant que j'attirais la langue de l'enfant. Ces tractions étaient répétées vingt-cinq fois environ par minute.
Dix minutes s'étaient écoulées sans résultat.
Il y avait là, en même temps que la sage-femme et la garde-malade, des tantes, des parentes et des voisines.
Toutes répétaient en chœur : a Mais laissez donc ce pauvre petit ange en paix. »
J'allais m'arrêter fatigué, quand je crus remarquer comme un soupçon de spasme du ventre^ en même temps qu'une certaine résistance de la
langue. Bientôt l'enfant fit un léger hoquet inspirateur, puis un second plus marqué, un soupir, un faible cri, et peu à peu il se mit à respirer et à crier vigoureusement.
Cette résurrection a stupéfait toute l'assistance qui me vouait déjà aux dieux infernaux.
Il y avait bien trois quarts d'heure que cet enfant était né, et ne respirait pas, et plus d'une demiheure qu'il était considéré comme mort et presque oublié déjà.
Aujourd'hui, suivant le cliché traditionnel, la mère et l'enfant se portent bien.
05s. LXI. — ENFANT NOUVEAU-NÉ EN ÉTAT DE MORT APPARENTE (ASPHYXIE FLASQUE).
Rappel à la vie par les tractions rythmées de la langue.
« Le 25 octobre dernier, je fus demandé d'urgence, 15, boulevard de la Chapelle, près d'une dame en couches, par le docteur Mosingue.
A mon arrivée, mon confrère m'expliqua que sa cliente était en travail depuis vingt-quatre heures : dilatation moyenne, absence de contractions utérines, poche des eaux rompues depuis dix heures, battements du cœur de l'enfant imperceptibles. Il me priait de terminer l'accouchement pendant qu'il donnerait, lui, le chloroforme.
J'appliquai le forceps et amenai un enfant asphyxié; pas de pouls, pas de respiration^ pas de mouvements, corps inerte, décoloré, flasque.
Négligeant toute autre manœuvre, je me mis
immédiatement à exercer des tractions rythmées sur la langue de l'enfant, pendant que mon confrère s'occupait de la mère.
Au bout de deux minutes, après soixante tractions environ, j'obtins un hoquet, des vagissements ; le cœur se mit à battre, la peau se colora, et l'enfant cria franchement et amplement (1). »
(1) Voir dans le Journal de la Polyclinique de Namur (n" ■) 7) et dans la Tribune médicale (numéro du 8 mars 1894) une nouvelle observation de M. le docteur Beugnies, accompagnée d'intéressantes remarques sur la durée possible de l'état de mort apparente chez le nouveau-né.